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Lilian Compan (ASSE) : « Un coach doit s’inspirer des autres tout en ayant ses propres convictions »

21/03/2018 à 18:45

Formé à l’AS Cannes et passé par l’AS Saint-Étienne, le SM Caen et Montpellier, Lilian Compan est aujourd’hui entraîneur des U19 Nationaux de l’ASSE. Pour sa première expérience de coach au sein d’une structure professionnelle, l’ancien attaquant est revenu sur sa nouvelle vie d’entraîneur, débutée notamment dans le monde amateur. Entretien.

Lilian, chaque entraîneur a son « style ». Comment définiriez-vous le vôtre, et votre philosophie de jeu ?

Je suis un entraîneur plutôt porté sur l’offensive, qui laisse beaucoup de liberté et d’expression à mes joueurs. J’ai l’habitude d’utiliser des schémas offensifs. Je m’adapte en fonction des joueurs. J’ai déjà évolué dans plusieurs systèmes : en 3-4-3, en 3-5-2, en 4-3-3. Mais celui que je préfère est le 4-2-3-1. C’est ma façon de voir les choses, je préfère marquer beaucoup de buts, quitte à en prendre, plutôt que l’inverse. Certains matchs m’ont malgré tout montré qu’il fallait que je revoie ce système par moment. Avec le recul, il faudrait que je sois moins attiré vers l’avant et que je ferme le jeu par moment. Néanmoins, nous sommes dans la formation. Et dans la formation, au-delà du résultat, qui est important, nous devons former des footballeurs, donc on accorde beaucoup d’importance au jeu. Peut-être qu’à l’avenir, au niveau supérieur, je changerai mon fusil d’épaule.

Vous avez connu l’AJ Auxerre, l’AS Saint-Étienne, le SM Caen ou encore Montpellier. Comment vous servez-vous de votre expérience de joueur dans votre rôle d’entraîneur ?

Forcément, en côtoyant tous ces clubs, on a des acquis. On essaie de reproduire ce que l’on a connu, de donner des bons conseils, des bonnes consignes aux jeunes. La façon de transmettre mon expérience est importante : certains sont plus attentifs et réceptifs que d’autres. J’essaie d’inculquer l’état d’esprit qui était le mien quand j’étais joueur : cette envie de gagner, de refuser la défaite. C’était mon leitmotiv, je ne supportais pas de perdre. Le message que j’essaie de leur faire passer, c’est de tout donner du début à la fin, et certains l’intègrent plus vite que d’autres.

Pendant votre carrière de joueur, vous étiez attaquant de pointe. Avez-vous une relation particulière avec vos attaquants ?

Il y a deux ans, j’étais entraîneur des attaquants au centre de formation. À cette période-là, les joueurs n’hésitaient pas à me dire « Et si on faisait plutôt ça ? », par exemple. Ils n’hésitaient pas à engager le débat, à aller dans le sens contraire au mien. Maintenant que je suis le coach de l’équipe, on peut aussi discuter et être proche, je leur donne des conseils, il y a aussi des débats, je peux avoir davantage d’affinité avec eux parce que je leur parle plus qu’aux autres, c’est évident. Mais ma nouvelle fonction est là comme une barrière donc notre proximité est moindre comparée à celles que j’avais avec les attaquants à l’époque-là. Étant donné que c’est moi qui choisis les joueurs qui jouent, les joueurs ont tendance à dire « oui » à ce que je leur propose.

Vous avez pris votre retraite de joueur en 2012. Mais à quel moment avez-vous eu envie de devenir entraîneur ? Est-ce que vous avez senti cette fibre de coach ?

J’ai arrêté en 2012 à l’AS Cannes, je me suis lancé directement avec le club en tant que recruteur. C’était intéressant, mais le terrain me manquait. J’ai pris en charge les U17 de l’AS Cannes, c’était un test, je voulais voir comment c’était, et ça m’a plu. Ça m’a donné des idées, j’ai continué, j’ai passé les diplômes et j’ai avancé petit à petit. Les seniors de Cannes La Bocca, entraîneur des attaquants au centre de l’ASSE. Cin ans plus tard, me voilà à la tête des U19 Nationaux des Verts. J’ai pris de l’expérience, j’ai évolué et je m’éclate dans ce que je fais. J’essaie d’apporter toute mon expérience et de bons conseils aux jeunes.

Vous avez connu pas mal d’entraîneur de renom dans votre carrière (Guy Roux, Courbis, entre autres). Est-ce qu’il y a un entraîneur qui vous a donné envie d’emprunter cette voie ?

Pas un en particulier. J’ai connu de grands entraîneurs qui avaient leur personnalité. Guy Lacombe, Frédéric Antonetti, Roland Courbis, Guy roux… Tous avaient leur touche personnelle, et je pense qu’un coach doit s’inspirer des autres tout en ayant ses propres convictions et ses idées. Il y en a qui sont très proches des joueurs, certains qui sont très tactiques, d’autres dans la motivation, d’autres dans la réflexion. Aujourd’hui, j’essaie de m’inspirer de tous ceux que j’ai connus pour remettre en place ce qu’ils m’ont appris. Parmi toutes ces qualités, la qualité première que je retiens est le fonctionnement entre l’entraîneur et le joueur, la capacité de l’entraîneur à mettre en place une confiance totale entre lui et le joueur, de réussir à le faire se sublimer. C’est ce que faisait très bien Roland Courbis.

Vos premières expériences ont eu lieu dans le monde amateur à Cannes, entre l’AS Cannes et l’US Cannes La Bocca. Qu’avez-vous appris lors de ces expériences ?

Ce sont deux expériences complètement différentes. les deux ans à l’AS Cannes constituaient ma toute première expérience. C’était dans le monde amateur, malgré le centre de vie dont dispose le club. Ça m’a inculqué le besoin de résultat, parce que là-bas, le résultat primait, contrairement à l’ASSE. Obtenir de bons résultats était vital pour conserver le centre. C’est dommage par rapport à la formation, on aurait pu envoyer davantage de joueurs en équipe première. C’est d’ailleurs une fierté de voir Thibault Lorenzi et Théo Croes en équipe première aujourd’hui, ils le méritent. C’est gratifiant de les avoir eus sous mes ordres. À Cannes la Bocca, je voulais essayer les seniors. Je savais que ce serait difficile, avec très peu de moyens. C’était un choix de ma part de me mettre dans le dur, j’ai vécu une année très enrichissante, je suis me suis retrouvé avec des personnes présentes pour le plaisir avec l’envie de jouer pour un club, sans rechercher spécialement de l’argent. J’ai découvert des personnes adorables et beaucoup de choses superbes, que je ne connaissais pas auparavant, puisque j’étais dans le monde pro. On a failli se maintenir, c’était une année enrichissante, intéressante. Il nous manquait que deux ou trois points, c’est dommage, on a fait une saison plus qu’honorable.

Si c’était à refaire, referiez-vous les mêmes choix ?

Je referai mon parcours tel qu’il est. Je ne regrette pas d’avoir fait ces choix-là. Les jeunes à l’AS Cannes m’ont permis de découvrir la formation. À Cannes La Bocca m’a apporté plein de choses dont je peux me servir aujourd’hui : travailler dans le dur m’amène aujourd’hui à réfléchir deux fois plus qu’avant.

En tant qu’ancien joueur professionnel, a-t-on cette ambition naturelle de retrouver rapidement une structure professionnelle après sa carrière ? Sinon quelle était votre projet d’après carrière ?

Le fait d’avoir connu le monde amateur et le monde pro en tant qu’entraîneur me permet d’affirmer que ça n’a vraiment rien ç voir. Le monde pro, c’est beaucoup plus structuré et organisé. Les moments que j’ai vécus en amateur ont été formidables, mais les clubs sont moins bien structurés. J’ai eu la chance de connaître les deux mondes et de réaliser mes premières expériences dans des clubs qui me tiennent à cœur. Il y a mon club formateur, l’AS Cannes, où j’ai ma maison et mes amis. C’est un club que je voulais aider, que j’ai continué à suivre en tant que supporter. J’espère qu’ils retrouveront l’élite. De l’autre côté, il y a Saint-Étienne, qui m’est aussi cher. Comme je l’ai dit, à la base, j’avais essayé pour voir si cela me plaisait, et ce fut le cas. Les opportunités ont fait que j’ai démarré au niveau amateur, avec l’ambition de goûter au monde professionnel.

Après Cannes dans le monde amateur, vous retrouvez l’ASSE, où vous avez évolué entre 2002 et 2005. Comment s’est effectué votre retour au club ?

L’identité je la connais, l’historique aussi. Ils aiment faire revenir des anciens de la maison. Ça m’a fait plaisir, j’étais content de pouvoir revenir ici. Comme je l’ai dit, le club m’est cher et m’a apporté énormément en tant que joueur. J’étais en relation constante avec les dirigeants du cub depuis la fin de ma carrière. C’était écrit que je devais réintégrer le club à court ou moyen terme. J’ai fait mon expérience à Cannes pendant trois ans et à un moment donné, une opportunité s’est présentée en tant que recruteur. J’ai accepté le poste et j’ai continué à passer les diplômes. Au bout d’un an, je suis devenu entraîneur des attaquants du centre et adjoint de Laurent Battles en National 3. Et depuis cette saison, je m’occupe des U19.

En tant que joueur, en U19, vous remportez la Coupe Gambardella avec l’AS Cannes. Est-ce que cette vous sert aujourd’hui dans le discours que vous tenez à vos joueurs ?

La plupart ne sont pas censés savoir que je l’ai gagnée puisqu’ils n’étaient pas nés (rires). Dans cette compétition, le talent rentre en compte, mais pas seulement. Il y a aussi le collectif, le fait de créer des liens entre les joueurs pour former un groupe. C’est ce que j’essaie de recréer avec mes joueurs. Et pour la Gambardella, malheureusement, nous n’avons pas eu de chance au tirage, avec Lyon, Dijon, et pour finir Ajaccio. Mais nous n’avons pas de regret puisqu’Ajaccio est tombé sur Toulouse, qui est une très bonne équipe.

Vous avez connu les U19 en tant que joueur, et aujourd’hui en tant qu’entraîneur. Quelle est l’importance de cette catégorie dans le processus de formation d’un jeune qui aspire à devenir professionnel ?

On les aide à atteindre leur objectif, à savoir devenir pro. On essaie d’amener le plus de joueurs possibles en équipe première. Pour ceux qui ont la chance d’y arriver, c’est super pour eux, pour le club, et une fierté pour nous, formateurs. C’est la transition entre le football jeune et le football sénior. Nous, dans la poule Sud des U19 Nationaux, il y a énormément d’intensité et de rythme. Tout le monde peut battre tout le monde et l’impact athlétique est important. Ça permet de préparer au mieux les joueurs pour la National 3 puis pour l’équipe première. C’est la dernière étape avant le monde pro, mais à mes yeux, ce n’est pas la plus importante dans le formation. Selon moi, c’est entre les U15 et les U17 qu’ils apprennent le plus, où ils sont le plus à l’écoute. Mais surtout, c’est là où ils sont le plus modulables. Si un joueur a des lacunes à cet âge-là, on peut encore les gommer. En U19, c’est un peu tard.

Maintenant que vous êtes à la tête des U19, comment qualifieriez-vous l’ADN de la formation stéphanoise ?

On est basé sur l’aspect athlétique, c’est dans les mœurs et la mentalité du club, avec le fait d’avoir un état d’esprit irréprochable, donner le maximum sur le terrain. On est compact défensivement, et on met beaucoup de vitesse offensivement.

Quels sont les objectifs pour la fin de saison ?

Les objectifs sont réduits à pas grand-chose. En Gambardella, on s’est fait sortir à Ajaccio. En championnat, nous somme 5e, et revenir à hauteur du 4e, Monaco, me paraît compliqué. Derrière nous, Ajaccio est à 5 points. Mon souhait est de finir 5e, mais ce ne sera pas évident. Les plus âgés montent petit à petit en seniors, donc notre équipe est beaucoup plus jeune. On prépare l’année prochaine en incorporant des U17 progressivement. Finir 5e est faisable, mais si on finit 6e, ce n’est pas désastreux. Le regret, c’est d’avoir raté notre début de saison. Avec les 7 ou 8 points qu’on n’a pas su prendre, aujourd’hui, on jouerait le trio de tête. Malheureusement, c’est trop tard.

Propos recueillis par Florian Tonizzo

Crédit photo : ASSE / Visuel : Actufoot