InterviewN1

Mathieu Chabert « Désolé de dire ça, mais Bastia mérite de monter, pas Sedan »

17/06/2020 à 18:29

Bilan de saison, ambitions pour le championnat de National et point sur l'effectif. Mathieu Chabert, coach du Sporting Club de Bastia depuis fin octobre s'est livré pour Actufoot.

Mathieu Chabert, que retiendrez-vous de cette saison (deux défaites, deux nuls en 21 matchs) ?

Cette saison, elle a été en deux parties pour moi car je n’ai pas commencé à Bastia. (Il est arrivé fin octobre en provenance de l’AS Béziers en National, ndlr) Et puis, malheureusement en raison de la crise sanitaire, on ne retiendra que la finalité qui est la montée, largement méritée d’ailleurs. Aujourd’hui, vous prenez la moyenne des points par match de toutes les équipes des championnats nationaux, c’est nous qui avons la meilleure moyenne y compris devant le Paris Saint-Germain, même si nous n’avons pas leur niveau (sourires). Arriver à gagner 17 matchs en 21 à ce niveau, ce n’est pas arrivé à beaucoup, je vous le garantie. En s’appelant le Sporting Club de Bastia, on est l’équipe à battre. Quand on se déplace, on a toujours des supporters, avec un gros engouement derrière nous, mais nos adversaires sont aussi sur-motivés même quand ils viennent jouer à Furiani. Le contexte les motive beaucoup.

S’il n’y avait qu’un match à retenir, ça serait lequel ?

Le match attendu, c’était celui à Sedan. Ça fait partie de mes deux seuls matchs nuls (10V et 2N). Je croise les doigts, je n’ai pas encore connu la défaite et j’espère que je la connaîtrai le plus tard possible. Je n’ai pas un match en particulier sincèrement. Mais si je devais en retenir un, ça serait peut-être le dernier match à domicile contre Belfort, juste après le déplacement à Sedan. C’est le match où on est passé devant Sedan. On recevait Belfort en mauvaise posture et on a mené assez rapidement, sans être extraordinaire, deux à zéro.

En deuxième mi-temps, on a les ballons pour se mettre à l’abri, on encaisse un but et puis on a senti vraiment que le public était là pour nous pousser pour tenir le résultat. On a même senti dans les tribunes, c’est quelque chose que je me souviendrai longtemps, que quand Sedan s’est mis à perdre à Sainte-Geneviève, les gens sautaient de joie. Ça nous a encore plus boosté pour maintenir cette avance et gagner ce match.

Il y a toujours des chouettes ambiances à Bastia !

Bastia, c’est le club de toute la Corse, ce n’est pas que le club de Bastia. Des gens font 4h de route pour nous voir et je vous garantie que traverser la Corse en voiture ce n’est pas un moment de plaisir mais il y a un engouement extraordinaire. Il y a un amour du maillot qui est vraiment énorme et je pense qu’il n’y a pas beaucoup de clubs en France, même en première division, avec un amour du club de ce niveau. L’institution à Bastia, elle est au dessus, et aucun joueur ne sera jamais au dessus.

Qu’est-ce qui a fait la différence avec Sedan après une belle lutte ?

Nul ne sert de courir, il faut partir à point. Malgré les dires du grand président de Sedan, ceux qui ont fini premiers au moment où le championnat s’est arrêté, malheureusement, ben c’est nous. C’est nous qui avons eu 8 points de retard et qui en avons cinq à l’arrivée. Quand on parle de mérite… Ce qui a fait la différence, c’est la régularité, la sérénité au sein du club.

On a toujours été persuadé qu’à un moment donné Sedan allait fléchir. Et le plus important, c’est que quand ils ont fléchi, on a réussi à maintenir notre tempo. Et ça leur a fait extrêmement mal au moral de voir qu’on gagnait lorsqu’ils faisaient des nuls. Plus ça allait et plus on sentait qu’ils étaient fébriles. Sincèrement, je pense que si le championnat était allé à son terme, on aurait eu bien plus que cinq points d’avance sur Sedan. Les championnats se gagnent sur les deuxièmes parties de saison et sur la régularité. Et je suis désolé de dire ça, malgré la haine que peuvent me vouer les supporters sedanais, mais c’est nous qui méritons de monter.

Le passage obligatoire devant la DNCG s’est bien passé, c’est un soulagement ?

Ce n’est pas un soulagement de bien passer devant la DNCG. Quand vous êtes droits dans vos bottes et que vous gérez parfaitement un club, ce n’est pas moi qui m’en occupe mais les dirigeants, vous n’avez pas à être particulièrement soulagé parce que vous arrivez avec beaucoup de sérénité devant la DNCG. On a été dénigré justement par Sedan, qui a fait de la calomnie, et je pèse mes mots. Aujourd’hui, notre montée et notre budget sont validés, le budget de Sedan est mis en délibéré. Avant de balayer devant la porte du voisin, il vaut mieux balayer devant sa porte. Tous les clubs qui montent ont leur masse salariale encadrée, c’est une obligation. Nous, comme ça fait deux ans de suite qu’on accède, on a deux saisons de suite la masse salariale encadrée.

Que faut-il attendre de cette saison du côté du SC Bastia ?

Les ambitions sont de bien figurer dans ce championnat, de donner beaucoup de plaisir aux gens et essayer d’être le plus haut possible. Il faut qu’on prenne rapidement les points du maintien car c’est un championnat très difficile car très homogène. C’est un championnat où il ne faut pas claironner car le contraire peut très vite arriver. C’est peut-être le championnat que je connais le mieux en tant qu’entraîneur donc je connais sa complexité. L’objectif est d’arriver le plus tôt possible à 40 points, et plus tôt on y arrivera, plus tôt on pourra regarder plus haut. J’aimerais également faire un beau parcours en Coupe de France et on pourra dire que la saison est réussie. Attendons de voir comment tout ça va se mettre en place. J’espère que le public sera autorisé à nouveau dans les stades.

« Le recrutement du Sporting Club de Bastia est terminé »

Quelles sont les particularités de ce championnat que vous connaissez bien (montée en Ligue 2 en 2018 avec Béziers) ?

Il n’y a pas d’équipe “dite faible”, toutes les équipes sont organisées et recrutent de mieux en mieux. Elles se professionnalisent un petit peu plus et plus ça va, plus on voit que c’est un championnat très très homogène, sans grosse grosse équipe, même les grosses équipes ont des difficultés. (Cette saison, des équipes comme Béziers et Orléans, reléguées de Ligue 2 ne sont pas parvenues à se maintenir, ndlr.)

C’est un championnat où il faut très patient, très costaud défensivement, il y a rarement de très gros scores mais il peut quand même être spectaculaire. Il faut chercher beaucoup d’efficacité, notamment dans les transitions, avant de chercher la beauté du jeu. C’est un championnat très exigeant physiquement où il y a des gros gabarits même plus qu’en Ligue 2. Il est très formateur, il va être compliqué mais j’ai les joueurs pour. On a fait le choix de la continuité en prenant deux renforts qui connaissent le niveau du dessus.

Certains clubs réclament une Ligue 3 professionnelle, qu’en pensez-vous ?

Le National, c’est le championnat où on a tous les inconvénients sans les avantages. C’est un championnat qui fait la France entière, où il y beaucoup de déplacements et c’est très exigeant. Il est dit amateur mais aucun joueur n’a d’emploi à côté parce que quand vous partez à l’autre bout de la France, vous partez trois jours… Si les clubs arrivaient à sortir 18M d’euros, soit 1M par club, le championnat de National serait encore plus valorisé et mis en avant.

Ça serait un beau laboratoire pour les jeunes parce que je vous garantie que les joueurs prêtés en N1, quand ils arrivent à s’imposer en National, ils arrivent directs en Ligue 2 voir Ligue 1, ils sont deux fois plus performants. Le plus bel exemple, quand j’ai commencé (en tant qu’entraîneur), c’est Nicolas Pépé qui a fait une très belle saison en prêt à Orléans puis une saison à Lille et il a fini à Arsenal. Après, on est moins médiatique mais c’est normal. C’est un championnat qui mérite d’être un peu plus reconnu et valorisé par la Ligue nationale de football.

Va-t’il y avoir beaucoup de mouvements dans l’effectif ?

On vient d’officialiser notre deuxième recrue Benjamin Santelli de Chambly (après celle de Dumè Guidi du GFC Ajaccio). On va désormais attendre un ou deux bons coups, un seul peut-être ou peut-être pas, je ne recruterai pas pour recruter. Je ne vais pas entasser les joueurs pour faire plaisir aux gens. Aujourd’hui, j’ai un effectif qui me convient parfaitement, je suis très content des joueurs que j’ai. J’ai eu les deux joueurs que je voulais, c’étaient mes deux choix numéro 1, c’est assez rare. On peut dire aujourd’hui que le recrutement du Sporting Club de Bastia est terminé.

A lire aussi : Clap de fin entre Patrick Etshimi et le SC Bastia

Quel est votre programme de reprise ?

On reprend le 29 juin par dix jours de remise en route. Ensuite, on laissera deux-trois jours aux joueurs et on enchaînera sur la préparation normale qui durera six semaines pour être prêt pour le 21 août. On aura six matchs amicaux qui seront bientôt dévoilés.

Le staff technique du SC Bastia autour de Mathieu Chabert dévoilé