Portrait/L1

Stéphane Moulin raconté par son fils Kévin

26/02/2021 à 17:22

Stéphane Moulin fait preuve d'une longévité exceptionnelle sur le banc du SCO d'Angers, qu'il occupe depuis 2011. Si l'entraîneur est aujourd'hui reconnu, on en sait peu sur l'homme. Son fils Kévin a accepté de nous faire quelques confidences...

Stéphane Moulin est un paradoxe dans le football moderne. Prototype de « l’entraîneur normal », il détonne pourtant en menant une carrière à la fois classique et unique. Classique car formé à l’école du SCO, il y a plus tard effectué ses gammes d’entraîneur avec l’équipe réserve de 2005 à 2011, avant d’accéder à l’équipe fanion il y a bientôt dix ans. Un parcours, des étapes et une ascension progressive au sein d’une institution, évolution plutôt courante d’une vie professionnelle. Mais Stéphane Moulin a choisi d’être coach, un métier qui n’a rien de courant. Et c’est bien en cela que le coach angevin se démarque de ses pairs aujourd’hui. Car dans le « big 5 » européen, aucun entraîneur ne peut manger à sa table quand on parle de fidélité et de longévité. Les chiffres sont dantesques. Stéphane Moulin c’est plus de 400 matchs sur le banc angevin depuis 2011 ! Sans oublier les six saisons passées auparavant à la tête de l’équipe réserve, soit près de 200 matchs !

Entraîneur pragmatique assumant toutes les orientations tactiques, meneur d’hommes, communiquant habile face aux médias, sans langue de bois, le technicien angevin puise son énergie à un endroit bien précis : au sein de sa famille. Pour mieux comprendre un personnage aussi ancré que discret, nous avons sollicité son fils ainé, Kévin Moulin. Ce dernier nous a gentiment ouvert l’intimité familiale pour « raconter » son papa avec émotion et fierté : « Forcément lorsqu’on voit ce qu’il se passe dans le football, cette « valse des entraîneurs » que ce soit dans le monde pro ou même amateur, on ne peut qu’admirer le parcours qu’il effectue. C’est aussi un bel exemple sur lequel plusieurs clubs feraient bien de s’inspirer. Un entraîneur est avant tout un homme qui a besoin d’un certains temps pour pouvoir inculquer ses valeurs, idées et convictions au sein de toute l’institution. La réussite ne se réalise pas d’un claquement de doigts ».

« Ce qui est sûr, c’est que coach Moulin n’est pas différent de papa Stéphane… »

Stéphane Moulin serait en quelque sorte la version française de Sir Alex Ferguson ! Flatteuse, la comparaison ne risque pas de lui monter à la tête. Pour son fils ainé, cette longévité s’explique par le fait qu’il a su rester le même, sur et en dehors du terrain : « Certes il y a l’aspect foot, le terrain, sa grande connaissance du jeu, sa capacité à toujours s’adapter, ce que tout le monde voit au grand jour : les résultats. Mais ce qui me rend encore plus admiratif, c’est l’homme qu’il est peu importe le moment. Il ne change pas, il reste le même. Il a ses convictions mais reste à l’écoute et respecte tout le monde. »

Un exemple pour celui qui a pris la voie de la formation à l’académie du SCO : « En tant que coach, c’est clairement un exemple pour moi. Dire que l’on a des valeurs c’est bien, les appliquer à tous et surtout à soi-même, je trouve ça grand. Ce qui est sûr, c’est que coach Moulin n’est pas différent de papa Stéphane… A savoir, il apprend à ses enfants (Léa, 23 ans, Louann, 16 ans, Louison, 9 ans et Kévin, 27 ans) les mêmes valeurs d’équité, de respect, de loyauté, de fidélité et d’humilité. Nous en sommes tous reconnaissants car nous avons grandi et grandissons encore avec ces valeurs, qui font de nous ce que nous sommes aujourd’hui et feront de nous ce que l’on deviendra demain. »

Quand Stéphane Moulin est associé à Jurgen Klopp ou Pep Guardiola…

Formateur dans l’âme c’est « step by step » qu’il a fait son chemin de Châtellerault à Angers  : « Il a gravi les différents échelons étape par étape, de la CFA à Châtellerault, à la Ligue 1 à Angers, en passant par la formation avec les jeunes de l’équipe réserve. Il a construit sa réussite dans le temps et dans les différentes expériences auxquelles il a pu être confronté. L’opportunité d’arriver chez les pros lui a été donnée par des gens qui croyaient en lui. Je crois que dans la vie comme dans le foot, lorsque les gens croient en vous, il est possible de faire de grandes choses. C’est ce qu’a réussi à faire mon papa avec succès. » Un parcours qui se matérialise par un chiffre éloquent : Stéphane Moulin n’a concédé que 28% de défaites sur 386 matches depuis 2011… de quoi inspirer Ouest-France et une comparaison avec les plus grands techniciens européens !

« C’est toujours quelque chose de très gratifiant. Ce sont de grands entraîneurs, qui dégagent aussi beaucoup de personnalité, de valeurs et qui nous donnent envie de les suivre même lorsque l’on ne les connaît pas. Je pense que la force des grands, c’est d’être capable de faire passer un message auprès d’un groupe tout en réussissant à se réinventer afin de ne pas tomber dans quelque chose de redondant. C’est une magnifique comparaison mais à mes yeux, mon père, c’est mon père… il reste forcément le premier des entraîneurs (sourire). »

Un parcours de joueur honorable

Stéphane Moulin n’aura évolué que jusqu’à la L2 en tant que joueur mais c’est bien lui qui aura fait remonter Angers dans l’élite en 2015. Mais faut-il avoir été un grand joueur pour devenir un grand entraîneur ? Si on devait prendre un cas similaire, José Mourinho ne l’a jamais été, et pourtant… Avec du recul, l’ainé de l’entraîneur angevin est partagé : « Je ne pense pas qu’il soit indispensable d’avoir été un grand joueur pour devenir un grand entraîneur. Il y a quelques exemples pour le prouver. Je pense que le fait de l’avoir été peut légitimer le discours auprès de certains joueurs et permettre d’appréhender certaines situations différemment. Mon père a tout de même eu une carrière de joueur pro avec des expériences fortes, comme devenir pro à 16 ans et demi, jouer pour l’équipe nationale chez les jeunes. Il a été également imprégné du SCO très tôt puisqu’il y a fait ses gammes à partir du moment où mes grands parents ont déménagé de Paris pour venir habiter sur Angers ».

Une expérience suffisante pour la transmettre à son fils, qui pourrait être son digne successeur : « Il avait le talent pour marquer beaucoup de buts et il m’a transmis beaucoup de choses en termes de football. Je n’ai pas eu la chance de recevoir ce don du buteur, c’est dommage… (rires). Petit, j’étais toujours sur les terrains avec mon père à Châtellerault… Je vivais tous les entraînements quand je le pouvais. J’ai très vite été captivé par la manière dont il pouvait s’y prendre pour animer les séances terrain. Les réactions des joueurs, sa manière de gérer les situations avec eux, son intérêt pour chacun et ce, quoi qu’il arrive. La volonté de transmettre beaucoup sur le plan collectif, mais aussi que chaque individu se sente important à part entière dans le projet. »

Educateur/entraîneur, tel père, tel fils ?

La passion, ça se transmet sans aucun doute de père en fils. C’est d’ailleurs ce qu’explique celui qui a même baigné dans un apprentissage 100% terrain : « Je me souviens de certains déplacements, je devais avoir sept, huit ans, des matchs du championnat de CFA en région parisienne. On partait en bus le matin très tôt pour un trajet d’environ quatre, cinq heures. J’amenais des cassettes de Platini où Papin que je mettais sur les télés du bus et tout le monde en profitait. Certains s’en fichaient, il faut le dire, mais c’était une époque dont je garde un super souvenir. Ce qui m’a marqué c’est l’atmosphère, car la CFA c’était quand même un certain niveau, mais l’ambiance était sereine et détendue. Le climat, c’est aussi le coach qui l’instaure par sa posture, sa gestion… et avec du recul, je trouve que mon père est très bon pour ça. »

Aujourd’hui, éducateur des U15 à Angers, Kévin Moulin suit les traces de son père à 27 ans. On imagine bien qu’il doit sans doute s’inspirer, observer, appliquer. D’ailleurs, après de nombreuses années auprès du coach mais aussi du papa, son fils l’a bien compris ; un match, ça commence bien avant le terrain. Et ça, ça ne s’apprend pas : « Ce qui m’a aussi beaucoup marqué, c’est les causeries d’avant match/mi-temps et fin de match. J’avais la chance d’assister à tout, un moment suspendu et privilégié. C’est un des moments que je préfère dans le coaching. J’ai toujours été captivé par ce qui pouvait se passer à certains instants: les énergies et ondes positives qui se dégagent dans le vestiaire, les odeurs de crèmes chauffantes que se mettent les joueurs avant d’aller sur le terrain, les derniers mots du coach Moulin juste après l’échauffement et avant que les gars rentrent sur le terrain. Tous ces moments m’ont marqués et ont construit le coach que je suis aujourd’hui. »

« Nous avons toujours débriefé ses rencontres et depuis toujours je l’appelle à chaque fois »

Une seule fois, Kévin a pu vivre ce moment en tant que joueur, un souvenir gravé dans sa mémoire : « La seule fois où mon père m’a coaché de manière officielle, j’avais 17 ans et demi. Beaucoup de joueurs manquaient à l’appel en réserve et je jouais en U19 Nationaux au SCO. Mon père a fait appel à quatre joueurs du groupe pour venir compléter l’effectif… et j’en faisais partie ! C’était en CFA2 et ce match de championnat se déroulait à… Châtellerault (rires). Je ne suis pas rentré mais c’était un petit clin d’œil du destin ».

Cette passion, qui l’anime le « papa coach », l’a transmise à son ainé, qui nous livre dans une dernière confidence ce qui pourrait bien être l’un des petits secrets de sa réussite : « Nous avons toujours débriefé ses rencontres et depuis toujours je l’appelle à chaque fois. On discute, on parle foot et j’adore ça ! Il m’écoute et on confronte nos idées sur le match passé. C’est aussi un bon exercice pour moi, car ça me permet de prendre conscience de mon analyse concernant une rencontre. Une des forces de mon père, c’est d’être capable d’analyser la prestation des matchs avec beaucoup de hauteur et de d’objectivité, peu importe le résultat. C’est toujours un régal pour moi et je remercie mon papa pour ça ». La carrière de Stéphane Moulin est le reflet de l’homme, passionné, fidèle, bienveillant et constant.

Joel Penet