L1OGC Nice

La Masioùn, le chantier de la gloire

09/02/2017 à 10:31

Si les Aiglons volent aujourd’hui en haut de la Ligue 1, ce n’est pas seulement parce que des phénix renaissent de leurs cendres. C’est aussi grâce à un nid de talents qui a mis son temps à éclore.



Si les Aiglons volent aujourd’hui en haut de la Ligue 1, ce n’est pas seulement parce que des phénix renaissent de leurs cendres. C’est aussi grâce à un nid de talents qui a mis son temps à éclore.

Nous sommes au début des années 2000. L’OGC Nice se bat pour retrouver l’élite dans un climat compliqué. Les finances sont dans le rouge, les relations entre l’association et les dirigeants on ne peut plus houleuses. Difficile alors d’y voir clair dans la politique sportive du club, et notamment au niveau du centre de formation. A l’époque, l’OGC Nice n’était pas attractif, reconnaît Alain Wathelet, l’actuel directeur du centre de formation des Rouge et Noir. Et de poursuivre : On n’était pas le premier choix pour les jeunes joueurs de la région, et beaucoup de centres plus cotés que le nôtre venaient dans le coin pour prospecter, à l’image de Lyon, Auxerre, Nantes ou Montpellier.

Montpellier, justement, une destination que Mansour Assoumani, phénomène du Cavigal à son adolescence, décidera de rejoindre, en dépit de son amour pour le Gym.  J’avais signé un précontrat à Nice, mais mes parents ont préféré que je parte à Montpellier. A cette époque-là, le MHSC offrait plus de garanties pour que je puisse construire ma carrière professionnelle, et paraissait plus adapté que Nice pour poursuivre mon cursus scolaire.

La génération Gambardella 2002 tuée dans l’œuf…

Car si les jeunes sont aujourd’hui la figure de proue du projet sportif azuréen, les temps étaient bien différents il y a 15 ans, lorsque le club s’offrait une finale de Coupe Gambardella. De cette génération extrêmement talentueuse qui s’inclinera par le plus petit des scores face au FC Nantes d’Emerse Faé (aujourd’hui entraineur des U17 de… l’OGC Nice !), seul Anthony Scaramozzino aura la chance de fouler les pelouses de Ligue 1. Johan Audel, présent au centre de formation en 2002, nous raconte : Il y avait déjà un bon travail d’effectué par le centre quand j’y étais. La différence avec le Nice de maintenant, c’est que l’entraineur de l’équipe première ne portait aucun intérêt aux résultats de la CFA ou des 19 ans. Donc forcément, c’était compliqué de percer. C’est dommage parce que mis à part Cédric Varrault, aucun d’entre nous n’a joué chez les pros alors qu’on était performants.

Au sein du club, plusieurs personnalités ont alors bien conscience que le salut de l’OGC Nice en Ligue 1 ne passera pas seulement par le recrutement de joueurs chevronnés et prêts à tout pour mouiller le maillot. Pour Alain Wathelet, l’année 2007 est celle du tournant au sein de la formation, avec l’arrivée de Manu Pirès à la tête des moins de 17 ans. A cette époque je venais de prendre en main la préformation, et j’emmenais les joueurs à Manu. On a convenu d’une philosophie commune, à l’image de ce que pouvait faire le Barça à la Masia. Repartir du gardien, passes courtes, jeu au sol, dédoublements… On a analysé le jeu blaugrana en tentant de l’adapter à Nice et aux jeunes que nous avions à notre disposition.

Petit à petit, l’oiseau fait son nid…

Le vivier d’aiglons imaginé par Pirès, Wathelet ou encore par le regretté René Marsiglia commence à prendre forme et à taper à la porte du vestiaire professionnel. A l’image d’Hugo Lloris, un phénomène dixit Audel. Mais la philosophie prônée en interne obtiendra véritablement ses premières louanges avec la victoire en Gambardella en 2012. Au sein de ce collectif victorieux, des joueurs comme Lucas Rougeaux, Alexy Bosetti ou encore Neal Maupay, tous issus de la collaboration fructueuse entre les Gym et ses clubs partenaires décrit Alain Wathelet : On a pensé qu’il était important de tisser un lien avec les clubs de la région. On a commencé à signer des partenariats (aujourd’hui il y en a 36, ndlr), en expliquant bien qu’on n’était pas là pour piller qui que ce soit. Le but étant d’aider les clubs à se structurer, et nous de former les meilleurs jeunes de la région, en sachant bien que nous ne recrutons qu’un joueur toutes les deux ou trois générations.

L’objectif final est d’inciter ces clubs partenaires à se tourner vers le Gym lorsque l’un des leurs a le potentiel pour effectuer une carrière professionnelle. Ce fût le cas de l’US Valbonne avec Neal Maupay, comme nous l’explique le manager général Serge Targhetta. On avait convenu avec Alain (Wathelet) que Maupay devait intégrer le centre de formation de Nice après sa deuxième année U13. Mais on s’est aperçus dès le début de la saison qu’il s’embêtait avec nous et qu’il était préférable pour lui de partir plus tôt. Ca ne posait aucun souci à l’ensemble des parties dans la mesure où il existe entre nos deux clubs une confiance mutuelle. Si le joueur et la famille sont prêts, il n’y a aucune raison pour que l’opération ne se fasse pas.

Depuis 2012, près de 30 aiglons ont volé en Ligue 1

Et ce projet initié par Pirès et Wathelet prendra encore plus d’envergure avec la signature de Claude Puel : Ce qui était bien avec Claude, c’est qu’il n’avait pas peur de faire appel aux jeunes. Un euphémisme puisque lors de ses quatre années à la tête du groupe professionnel, celui qui entraîne désormais Southampton fera appel à pas moins de 22 joueurs issus des équipes de jeunes, avec en point d’orgue une 4ème place décrochée en fin de saison dernière.

Une tradition perpétuée par son successeur Lucien Favre. Le Suisse, choisi par le président Jean-Pierre Rivère notamment pour sa faculté à faire émerger de jeunes talents, n’a pas hésité à faire de Malang Sarr, 18 ans, le joueur le plus utilisé de l’effectif Rouge et Noir, au milieu des phénix Balotelli et Belhanda. Et avec l’ouverture prochaine du nouveau centre d’entrainement, il n’est pas utopique de penser que le meilleur reste à venir…

D’ailleurs, si l’on se réfère aux derniers chiffres dévoilés par l’Observatoire du Football CIES, on se rend compte du chemin parcouru, puisque l’effectif du Gym est le quatrième plus cher de l’élite et le deuxième meilleur rapport qualité-prix de France derrière Lyon. Un classement dominé en Europe par un certain… FC Barcelone. Comme le disait le défunt Johan Cruyff, jouer au football c’est très simple mais jouer un football simple est la chose la plus difficile qui soit.

Nul doute que ce bon mot du « sorcier » puisse être associé à l’OGC Nice, car aujourd’hui en France, tout le monde se « Méfì » des Aiglons.