Coupe de France / 6ème tourCrise sanitaire

A Feurs (Loire), on s’entraîne après le couvre-feu et on assume !

26/01/2021 à 17:25

L'équation semblait insoluble. La formation ligérienne de l'US Feurs (R1) reçoit l'Académie Sportive de Moulins, pensionnaire de N3 ce dimanche à 13h à l'occasion du 6ème tour de la Coupe de France. Problème : avec un couvre-feu à 18h, impossible pour ses joueurs de s'entraîner en raison de leur travail ou de leurs études. D'où la décision des dirigeants, en concertation avec la municipalité et la gendarmerie locale de déroger au couvre-feu pour permettre aux joueurs de s'entraîner en perspective du match. Une décision assumée et expliquée par les personnes qui en sont à l'origine.

« C’est une décision qui appartient au club, je suis un salarié, on me demande de m’entraîner, je le fais. » Pragmatique, Olivier Jurine, coach de l’équipe-fanion de l’Union Sportive Forézienne, basé à Feurs, ville située à une cinquantaine de kilomètres de Saint-Etienne, reste dubitatif quant à la décision de faire jouer un 6ème tour de Coupe de France trois mois après l’arrêt des compétitions amateurs : « Aujourd’hui, je trouve aberrant que l’on nous fasse disputer un match officiel le 31 janvier suite à une décision prise le 19. Si nous n’avions pas pu nous entraîner au préalable, avec la libération de certains joueurs sur leur temps de travail l’après-midi ou le samedi, cela aurait été encore plus compliqué. Comme nous plaçons la santé au-dessus de tout, nous avons réussi à bricoler, comme d’habitude en ce moment. »  Le coach en est conscient : une bonne préparation est indispensable pour préserver l’intégrité physique d’un groupe qui n’a pas disputé de rencontre officielle depuis le 24 octobre dernier à Firminy lors de la 4ème journée du championnat de Régional 1 (victoire 2-1).

Une décision prise en concertation avec la municipalité et la gendarmerie

C’est alors au sommet du club qu’une réflexion est menée : « Le comité de direction a rencontré la municipalité de Feurs pour lui exposer les faits. Cette dernière a pris la décision de nous laisser nous entraîner en concertation avec le commandement de la gendarmerie pour les mesures de sécurité. » Contacté par nos soins, Paul Salen, vice-président de l’US Feurs et ancien député du Forez, détaille la genèse de cette initiative : « Nous avons reçu un document de la Fédération stipulant que la Ministre des Sports avait autorisé les clubs amateurs qualifiés en Coupe de France à pouvoir s’entraîner normalement. Problème : il y a un couvre-feu à 18h. Or, à Feurs, nos joueurs travaillent ou sont à l’école la journée et ne peuvent pas s’entraîner avant 18h ! » Le club décide alors de prendre les devants : « De là, le président Olivier Delorme m’a fait part de la nécessité pour les joueurs de s’entraîner. J’ai donc décidé de contacter le Maire de Feurs, Mr Jean-Pierre Taite, qui a soutenu notre décision en intervenant auprès du commandant de la gendarmerie locale. »

Pas de réponse de la Préfecture

Mr Salen intercède ensuite auprès de la Préfecture de la Loire pour obtenir une réponse claire, sans succès : « Jeudi matin, j’ai appelé la Préfecture, où je suis tombé sur la chargée de communication qui m’a promis de me rappeler avant la fin de matinée. Nous sommes mardi, je n’ai toujours pas eu de ses nouvelles. A partir de là, nous étions tenus de prendre une décision : soit nous déclarions forfait, soit nous nous entraînions après 18h pour limiter les risques sur la santé de nos joueurs pour dimanche. » Conséquence ?« Nous nous sommes entraînés vendredi dernier, puis samedi dans la journée. Et cette semaine, deux entraînements sont prévus après 18h. » 

Ils sont 20 sur une surface de 6 000 m², soit 300 m² chacun. Vous pensez qu’ils courent un risque sur le plan sanitaire ? Pour moi, il n’y en a aucunPaul Salen, vice-président de l'US Feurs

Sur la question des risques engendrés par une telle décision sur fond de crise sanitaire mondiale, le dirigeant livre sa vision des choses : « Les joueurs ne vont pas dans les vestiaires et ne se douchent pas. Ils sont 20 sur une surface de 6 000 m², soit 300 m² chacun. Vous pensez qu’ils courent un risque sur le plan sanitaire ? Pour moi, il n’y en a aucun. » Paul Salen peut compter sur un soutien politique dans cette affaire, Régis Juanico, député de la Loire affilié au groupe Génération.s (ndlr : mouvement fondé par l’ex-socialiste Benoit Hamon) a alerté la Ministre des Sports, Roxana Maracineanu en compagnie du député de Seine-Maritime Gérard Leseul au sujet des dérogations pour les équipes participant à ce 6ème tour de Coupe de France, mais le temps presse :  « La Préfète lui a répondu que cela devrait se décanter mais qu’il fallait d’abord que la proposition passe devant le conseil interministériel pour écrire un nouveau protocole. Autant vous dire que d’ici-là nous n’en aurons déjà plus besoin ! (rires). »

Au-delà de cette décision, le vice-président de la formation ligérienne souhaite mener le combat en faveur du football d’en bas, qu’il estime laissé pour compte à l’heure actuelle : « Honnêtement, on se fout du foot amateur aujourd’hui. Il y a 500 000 bénévoles en France, on est en train de les décourager. Sans parler des joueurs et des coachs. Olivier (Jurine) est sous contrat chez nous, il doit travailler. Comment peut-il faire si il n’a aucun joueur ? » Chez certains clubs amateurs, vous l’aurez compris, la pilule a du mal à passer.

Photo : US Feurs