Présentation

A la gloire de Toulon

23/03/2018 à 16:33

Né en 1945 d’une fusion entre le club du Sporting club du Temple et la Jeunesse Sportive Toulonnaise, le Sporting Club de Toulon a marqué l’histoire de la ville. Que ce soit par ses performances en Coupe de France ou ses montées en première division. Le club a su faire vibrer les fanatiques de football dans une cité où le rugby est roi. Plusieurs stars du ballon rond ont foulé les pelouses de Bon Rencontre ou de Mayol, de Rolland Courbis à Laurent Paganelli en passant par Luigi Alfano. Plongée dans l'histoire d'une institution qui se bat aujourd'hui dans une poule de National 2, à la recherche de son glorieux passé.

Sur les bords de la Rade la plus célèbre de France, entre une mer azur et un soleil de feu, il est une institution qui a longtemps cherché sa place. Paré des couleurs azur et Or, le Sporting Club de Toulon a vécu une histoire mouvementée. Celle d’un club de football qui a la lourde tâche de briller aux côtés de son homologue du rugby. Les débuts sont assez difficiles. L’apprentissage du haut niveau ne se passe pas comme prévu. À peine intégré et dès sa première année en deuxième division, le club se voit relégué en honneur. Un faux départ… Loin d’avoir dit son dernier mot, il remonte un an plus tard, déjà dans son maillot bleu azur et or, qui va, au fil des années, imprégner le foot français. Il semblerait que le Sporting ait trouvé ses marques et ne veuille pas redescendre de sitôt. Il réussit à perdurer plusieurs années en deuxième division. Jusqu’en 1958-1959…

Aucun titre majeur, mais une légende écrite

Cette saison-là restera la plus aboutie de toutes… Après tant d’années de travail, l’institution varoise réussit enfin, et pour la première fois, à accéder au niveau National (qui s’apparente à la Ligue 1 aujourd’hui). Cette prouesse propulse le club dans une nouvelle dimension. La réalité du haut niveau condamne encore une fois le Sporting à la relégation. Seule une finale de Coupe Charles Drago (qui permettait aux équipes professionnelles, éliminées avant les quarts de finale de Coupe de France, de se disputer un challenge, NDLR) sauve la saison 1959/1960, même si le groupe s’incline face à Lens (3 – 2). Pendant deux décennies, dans l’ombre de Marcel Duval, cheville ouvrière importante, le club ne quitte pas souvent le podium de D2. Outre l’antichambre, les vingt années seront marquées par une saison en D1 et une en D3. Cette malédiction prend fin en 1982, avec une remontée en première division. Un championnat que le SCT ne quittera plus pendant dix années. Le temps de construire sa légende. C’est ce à quoi s’identifie la formation sudiste aujourd’hui : une époque où le football toulonnais était capable de renverser n’importe quelle équipe. C’est d’ailleurs à cette période que beaucoup de grands noms du football vont revêtir le maillot azur et or, tels Luigi Alfano, Christian Dalger, Albert Emon, David Ginola, Rolland Courbis, Marcel Dib, Deli Onnis, Jean-Pierre Chaussin, Laurent Paganelli, Peter Bozs et tant d’autres.

Le club, peu verni en championnat, se contente de son maintien et de briller en Coupe de France. Il devient un habitué de la compétition et parvient au fil des années à éliminer plusieurs grosses écuries. Notamment l’élimination de Bordeaux en 1996, qui reste un souvenir indélébile dans l’esprit de tous les Toulonnais présents au stade ce jour-là. Face à eux, un groupe aimé et solide, où évoluait un certain Zinedine Zidane… Insuffisant pour oublier le palmarès vierge d’une équipe souvent considérée comme outsider. Seules deux demi-finales de Coupe de France et une cinquième place en Division 1 viendront éclairer la décennie varoise. Ces nombreuses années au haut niveau révèlent que Toulon s’est battu avec ses armes pour marquer le football français de son empreinte.

Rolland Courbis : « le stade était vite plein et l’ambiance, elle, était magnifique ! »

Car le Sporting s’est construit une âme qui a envoûté toute la ville, entre deux stades devenus historiques… Souvent ballottés entre les deux enceintes, les supporters n’ont jamais délaissé leur équipe, se souvient Jean-Pierre Chaussin : « Que ce soit à Bon Rencontre ou à Mayol, notre stade était plein, avec un public passionné ». Des fans qui transcendaient les joueurs : « Chez nous, nous étions durs à battre, nous avions pris nos marques », confirme Marcel Dib, ancien cadre de la maison toulonnaise. C’est à Bon Rencontre que le club enregistre un record d’affluence de 18 000 spectateurs pour un match de coupe de France, face à Monaco (défaite 0-1, en 1985). Rolland Courbis, présent pour ce match, se rappelle avoir vu des personnes assises sur les escaliers des tribunes.

Le futur entraîneur de l’Olympique de Marseille et des Girondins de Bordeaux, alors coach de la formation azur et bleue va être à l’origine du choix définitif du stade. Il explique les contraintes de l’époque : « J’ai souhaité, en 1989, revenir à Bon Rencontre parce que Mayol, certes, était un superbe stade, mais il y avait cette identité rugby. Et pas seulement sur le plan psychologique mais la pelouse aussi (sourire). Quand on jouait contre les grosses équipes du haut de tableau, cela nous avantageait d’avoir une pelouse en mauvais état. Par contre, face aux autres équipes du championnat, on se voyait pénalisé. À Bon Rencontre, c’était l’identité football que l’on recherchait, mais c’était tout aussi difficile pour l’adversaire : le stade était vite plein et l’ambiance, elle, était magnifique ! Elle nous avantageait ». Le technicien poursuit : »Le club n’avait pas assez de places à vendre et perdait de l’argent. »

Sur leur pelouse, les Toulonnais ne faisaient pas de cadeau à l’adversaire. Les joueurs savaient accueillir… Jean-Pierre Chaussin se rappelle. « Nos adversaires savaient que, quand ils venaient jouer chez nous, ça allait être compliqué. D’autant plus qu’il n’y avait pas de caméra dans les vestiaires à l’époque », s’amuse-t-il. « Ça, c’était avant, à une autre époque, tout était bon pour déstabiliser l’adversaire ». Laurent Paganelli parle d’intimidation bon enfant. « Nous laissions pousser la pelouse pour déstabiliser l’adversaire. Le chauffage était allumé l’été et éteint l’hiver. Ce sont des petits détails qui peuvent perturber un joueur (sourire). Nos supporteurs, eux, n’étaient pas tendres non plus, surtout pour le derby contre Marseille. Ces matchs étaient plus chauds qu’un OM – PSG, ça ne rigolait pas ! ».

« Toulon a une mauvaise image auprès des autres supporters »

Fan de la première heure, Nicolas Miniscalco, président du Mouvement Azur et Or, un groupe de supporters, garde en mémoire plusieurs matchs vécus à Toulon. « Mes meilleurs souvenirs en tant que supporter de Toulon sont le match de coupe de France contre le RC Lens avec la qualification sur un coup franc, la montée en 1re division et la victoire en Coupe de France contre Bordeaux 96, avec des joueurs comme Zidane et Lizarazu qu’on bat chez nous, à Toulon ». Autant de grands matches que les nouvelles générations n’ont pas encore eu la chance de vivre. Nantis d’une réputation de public bagarreur, les nouveaux supporteurs de Toulon, et notamment le groupe Mouvement Azur et Or, souhaitent redorer le point de vue adverse sur leur club. « En faisant les déplacements, on se rend compte que Toulon a une mauvaise image auprès des autres supporters », regrette Nicolas Miniscalco. Quand ils nous rencontrent, ils se rendent compte que l’on est bien éduqué. Après, ce n’est pas impossible qu’il y ait des dérapages, je pense que ça fait partie d’une certaine culture du football selon les supporteurs. Mais nous dialoguons pour canaliser ces possibles incidents ».

Désormais en National 2 (ex-CFA), le club reste à l’écoute des supporteurs. Pour montrer que leur soutien compte, le Sporting Club Toulon diffuse ses matchs à l’extérieur en partenariat avec le Mouvement Azur et Or. Une initiative née d’une demande du public, qui ne pouvait pas se déplacer. Un pas en avant qui devrait ramener du monde au stade. De quoi espérer revoir un jour les tribunes de Bon Rencontre afficher complet.

Marcel Duval et Rolland Courbis, grands architectes

Il retrouverait ainsi le lustre d’une époque marquante de l’histoire du club, même a fait l’ascenseur entre la première et la deuxième division. Une période phare où Toulon peaufine naturellement, chaque saison, son effectif avec plusieurs joueurs qui souhaitent retrouver du temps de jeu. Deux hommes vont permettre à la structure varoise de grandir. D’abord en 1980 avec le retour du coach Marcel Duval et lorsqu’un certain Christian Dalger revient au club, après l’avoir quitté pour Monaco en 1972. Ces deux figures emblématiques du Sporting vont déclencher la machine « Azur et Or ». Marcel Dib parle d’une équipe qui possédait « une ossature de joueurs d’expérience comme N’kuka, Courbis, Alfano ». D’autant que le club est réputé pour avoir un esprit familial. Pour Laurent Paganelli, « en arrivant à Toulon, je savais ce que je faisais. Retrouver cette ambiance était important pour moi. Nous étions une vraie bande de copains. Les joueurs avec qui j’ai pu évoluer là-bas sont devenus plus que des coéquipiers, ce sont des personnes sur qui je peux encore compter. Il en va de même pour les supporteurs, nous étions leur “chouchou” ».

Le début des années 1980 marque également la venue de Rolland Courbis. D’abord en tant que joueur. « J’ai choisi Toulon par rapport à Christian Dalger (l’entraîneur). Il m’a convaincu à l’époque de rejoindre un projet intéressant. J’aurais pu choisir d’autres clubs. » Il y vivra des moments exceptionnels, malgré le 20e budget de ligue 1. Comme lors de la demi-finale de Coupe de France 1984, déjà contre Monaco. Rolland Courbis était sur le terrain. « C’est vrai que l’on a failli aller en finale. On perd 4-1 à l’aller et on leur dit de ne pas chantez trop vite parce que ce n’est pas gagné (sourire). Au retour on menait 2-0… », se remémore l’ancien défenseur. « C’est à ce moment-là que l’on perd Onis et Emon sur blessure. Je ne sais pas si avec eux on aurait pu mettre le 3e but et se qualifier. Mais, Monaco, sur une contre-attaque, marque le 2-1. C’est leur attaquant qui marque sur une passe de Daniel Bravo. Lorsqu’en finale, on voit qu’ils perdent contre Metz, je peux vous dire qu’on avait “les boules” ». Ce groupe solide et performant aurait mérité mieux. Rolland Courbis, lui, s’arrêtera peu après, en 1985. ‘Lorsque j’ai vu, la dernière année, que l’équipe avait du mal au niveau des résultats, j’ai préféré arrêter et finir sur une bonne note. Ne pas faire la saison de trop… » Après avoir été adjoint du président, il se voit proposer le poste d’entraineur en octobre 1986. « Je n’avais pas prévu de le devenir, mais le président me l’a demandé quand le club traversait une mauvaise passe. Je ne pouvais pas refuser. Je devais au départ finir la saison, mais au vu des résultats, puisque nous finissons 3es de la phase retour, le président me propose de continuer. Je prenais du plaisir, donc j’ai continué. » Jusqu’en 1991, après un passage comme manager général et l’affaire de la caisse noire. L’aventure toulonnaise de Rolland Courbis prend fin, mais il aura changé à tout jamais l’histoire du club. Autant que le SCT l’a marqué. « Il n’y a pas de meilleur souvenir. Chaque fois que l’on se maintenait, on était content comme si nous étions champions. On avait un camp d’entrainement en mauvais état. Il y avait même des fois, à la veille des entrainements, on ne savait pas où on s’entrainait, malgré huit ou neuf années en Division 1. Comparé au rugby, on était vraiment en retard. On a quand même réussi à identifier Toulon au football. »

« Toulon mon plus beau souvenir footballistique »

Suffisamment pour que le club reste gravé dans la mémoire de nombreux joueurs. A l’image de Marcel Dib, passé entre 1981 et 1985. « Même s’il y a le rugby, le football prend une grande place. Toulon reste mon plus beau souvenir footballistique, il qui m’a donné la chance d’en faire mon métier. J’ai et j’aurai toujours Toulon en moi. Je garde contact avec le club. Je pense, aujourd’hui, qu’il doit être épaulé. La ville attend toujours que la structure retrouve l’élite ». Car c’est dans cette cité que les supporteurs venaient déjeuner au domicile de Paganelli. C’est là que Jean-Pierre Chaussin a vécu une bonne période de sa carrière. C’est donc ici que le football doit retrouver sa place, tout en haut. « J’ai fait cette épopée avec des amis, que je voyais souvent à l’extérieur, en dehors du football. Toulon, c’est vraiment un club familial, que je n’oublierai pas. J’espère qu’ils retrouveront l’élite du football français, c’est une grande ville qui manque dans le championnat », juge Jean-Pierre Chaussin. L’emblématique Luigi Alfano est persuadé que  le club « va remonter dans l’élite dans les prochaines années ».

Mais quoiqu’il arrive, chacun s’accorde à dire que la formation Azur et Or, est et restera dans l’histoire du football français. Elle s’est forgée l’image d’un club familial au budget moindre, qui a su effrayer les cadors du championnat de France, pendant près de 10 ans. Aujourd’hui quel club peut s’identifier à cela ? Aucun. Car aucun ne ressemble au Sporting Club de Toulon de l’époque… Aujourd’hui, il est en pleine reconstruction. Avec une direction tournée vers l’avenir, deux ans après la fusion avec Toulon Le Las. A la lutte pour la montée de National 2, le club respire après une longue descente aux enfers. Maintenant, l’ambition est claire : revenir dans l’élite du football français. Il ne manque plus que l’étincelle pour qu’enfin, la flamme se rallume. Et que les travées de Bon Rencontre retrouvent leur gloire d’antan…

Visuel : Actufoot / Crédit photos : SCToulon.fr et Julien Mauceri