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A la découverte de Rémy Vita, le dernier Frenchie chipé par le Bayern Munich

30/01/2021 à 11:15

Transféré de Troyes au Bayern Munich en toute fin de mercato estival, le Français Rémy Vita (19 ans) connait une ascension éclair. A tel point qu'elle a surpris le principal intéressé, viré plus jeune du centre de formation d'Angers.

« J’ai d’abord pensé à une blague, je n’y croyais pas ! » Lorsque le Bayern Munich contacte son entourage le lendemain de la victoire contre le PSG en Ligue des champions, Rémy Vita ne prend pas l’intérêt au sérieux. Il aura fallu une preuve écrite au jeune homme originaire d’Alençon (61) pour prendre conscience que son profil avait réellement tapé dans l’œil du géant bavarois. On est le 24 août et le défenseur vient seulement de disputer son premier match en Ligue 2 face au Havre. Lancé par Laurent Batlles qui semblait compter sur lui cette saison pour animer son couloir gauche, le jeune troyen repousse ainsi une proposition de premier contrat pro (3 ans) pour poursuivre son apprentissage au sein de la réserve munichoise, en troisième division. « On est contents pour lui, mais c’est dommage, bien sûr, de ne pas avoir pu profiter de ce qu’il aurait pu nous apporter sportivement » concède Gharib Amzine dans nos colonnes. « C’est un choix d’homme, un choix personnel que Rémy doit assumer. Il faut qu’il continue à progresser et travailler pour avoir une opportunité en équipe première. Si ce n’est pas le cas, ce qu’il aura travaillé lui permettra de rebondir ailleurs. » juge l’entraîneur de la réserve de l’Estac (N3), qui l’a eu deux ans sous ses ordres.

Avant de rejoindre le plus français des clubs allemands, déjà bien fourni en internationaux tricolores (Coman, Tolisso, Hernandez, Pavard), Rémy Vita a connu, comme beaucoup de jeunes, une trajectoire plutôt atypique. Pas très investi à l’école, le jeune joueur de l’US Alençon n’est pas conservé, à 13 ans, par l’établissement sport étude de Gacé et ses résultats scolaires l’empêchent d’ailleurs d’intégrer le centre de formation du SM Caen. C’est déçu mais déjà déterminé à faire du sport de haut niveau qu’il rentre chez lui et retrouve sa bande de copains du quartier de Perseigne. « On avait vraiment une belle génération de quatre, cinq joueurs qui avaient débuté chez les U8/U9. Contrairement à ses amis, Rémy a commencé en U11 et a fait toute sa pré-formation à l’USA, témoigne, Dimitri Hubert, l’éducateur qui l’avait récupéré sur la section sportive de Saint-Exupéry et dans son groupe U15 DH. « Il n’était pas très grand, je dirais même petit. Mais il était très tonique, il avait des capacités de dribbles au-dessus de la moyenne. On le faisait jouer excentré et même attaquant. A gauche mais aussi à droite pour qu’il ait un meilleur angle de frappe » se souvient-il encore, entre fierté et surprise de la trajectoire prise par son ancien joueur .

« Rémy ne se mettait pas la pression. On aurait pu penser que c’était une forme de nonchalance, mais il abordait en fait le foot de manière simple et lucide. »Dimitri Hubert, éducateur à l'US Alençon

Repéré à 15 ans par Angers qui l’intègre à son centre de formation, le gaucher progresse mais gâche son cursus au SCO*. Il raconte dans l’Est-Eclair « avoir eu quelques problèmes avec des entraîneurs » et l’académie angevine l’éjecte au bout de deux ans pour un problème extra-sportif . « Une petite bêtise avec un ami » nous souffle-t-on en privé. Selon l’éducateur alençonnais, le passage dans le Maine-et-Loire a tout de même été « un élément déclencheur » dans la quête du haut niveau de son ex protégé. « Il parlait très tôt de son envie de rejoindre le monde professionnel. On a mis en garde le papa parce qu’il y a peu d’élus dans les centres. Mais Rémy ne se mettait pas la pression. On aurait pu penser que c’était une forme de nonchalance, mais il abordait en fait simplement le foot de manière simple et lucide. »

C’est à Troyes, placé par son ancien agent, qui l’avait également pris sous son aile lors de stages privés MyFootballConcept, qu’il parvint enfin à révéler tout son potentiel à un poste plus reculé sur le terrain. D’abord avec les U19 puis avec la N3 peu après ses 16 printemps.  « Rémy est formé excentré mais il a fait des progrès chaque saison comme latéral » remarque Amzine, qui loue en premier ses qualités de vitesse et d’enchainement balle au pied. Le formateur troyen a bossé avec son poulain et noté ses améliorations dans les prises de balle, sur les centres, sur l’aspect défensif et sur la gestion des transitions. « Quand on est derrière lui, il ne rechigne pas à la tâche. C’est un boute-en-train, un jeune garçon adorable, sociable, très aimé par ses partenaires et appréciable d’autrui ».

Une degré d’exigence incomparable au Bayern

Avec cinq petits matches de Ligue 2 dont trois titularisations, Rémy Vita débarque chez le champion d’Europe sur la pointe des pieds. A son poste de latéral gauche en équipe première, le titulaire n’est autre qu’Alphonso Davies. L’international canadien, 20 ans, est l’une des grosses promesses du football mondial. Derrière lui, Lucas Hernandez, international français et champion du monde en 2018. « Pour lui, c’est une très belle opportunité, il rejoint quand même un très grand club. Je pense qu’il est conscient qu’il a une marge de progression, qu’il y aura d’autres demandes là-bas de la part des dirigeants et qu’il devra s’acclimater. Il doit penser que le plus dur commence. » juge Gharib Amzine. Pour l’instant, ses débuts en réserve sont plutôt satisfaisants. Absent des deux dernières feuilles de match vraisemblablement à cause d’un pépin physique, l’Alençonnais totalise déjà une dizaine de matches pour deux buts inscrits.

De la régularité dans les performances et de l’exigence, le dernier Frenchie transfuge en Bavière devra en montrer sous ses nouvelles couleurs pour espérer taper à la porte de l’escouade d’Hansi Flick. Selon l’entraîneur de l’Estac, « tous les jeunes ont du potentiel mais il faut être capable de l’exprimer sur le terrain. » Concernant Rémy Vita, il estime qu’il est parvenu à le faire, « pas du jour au lendemain mais au fur et à mesure des matches ». Et d’ajouter : « Au Bayern, on connait les grosses pointures à son poste. A lui de prendre les choses étape par étape. S’il a une chance en équipe première, il devra la saisir comme à Troyes où il a montré sa capacité à élever son niveau de jeu. A partir du moment où c’est saisi, tu décolles. » Vers la dolce vita ?

*Contacté, le SCO n’a pas souhaité répondre à nos sollicitations pour évoquer le parcours angevin de Rémy Vita.

CV
Né le 1er avril 2021 à Alençon. Parcours : US Alençon (2011-2015), Angers SCO (2015-2016), Estac Troyes (2016-2020), Bayern Munich (II) depuis octobre 2020