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Abdoulaye Doucouré (Watford) : « J’ai les qualités pour être en équipe de France »

09/05/2019 à 17:20

Abdoulaye Doucouré fait partie de ces joueurs français qui brillent en dehors de nos frontières, mais dont on entend trop peu parler dans l'hexagone. Auteur de 5 buts et 6 passes décisives cette saison, le milieu de terrain "box to box" est un élément moteur à Watford au point d'avoir été ciblé par le PSG lors du dernier mercato. Ses débuts à l'OFC Les Mureaux, sa formation au Stade Rennais, l'équipe de France : le Francilien s'est livré sans concession à Actufoot.

Vous avez commencé le football à l’OFC Les Mureaux, le club de votre ville. Racontez-nous vos débuts…

J’ai commencé le foot en club assez tard. Je jouais au quartier avec les amis, mais mes parents ne voulaient pas que je m’inscrive à l’OFCM parce qu’il y avait une route à traverser et c’était un peu dangereux de m’y rendre seul. J’ai tout de même intégré le club à l’âge de 9 ans, car beaucoup de gens du quartier sont venus voir mes parents en leur disant que j’étais bon et qu’il fallait m’inscrire dans un club de football.

« Quand on fait appel à moi dans mon quartier, je n’hésite pas à donner de mon argent et de mon temps »

Quels sont vos premiers souvenirs de cette époque ?

J’ai débuté avec les coachs Odilio Gomis et Modou Barry. Ils m’ont beaucoup aidé à mon départ. Aux Mureaux, j’ai gravi les échelons petit à petit : en Benjamin, puis j’ai été surclassé en U13, j’ai remporté la Coupe des Yvelines… C’était une période magnifique ! C’est là que j’ai rencontré mes meilleurs amis et qui le sont toujours aujourd’hui. Le foot nous a vraiment rapprochés, que ce soit entre joueurs ou avec nos formateurs. Tous ces gens-là, jamais je ne les oublierai ! Ce sont des souvenirs qui resteront à jamais gravés.

En 2003, vous avez obtenu avec des camarades la construction d’un terrain de football auprès des élus de la ville des Mureaux. Pouvez-vous revenir sur cette anecdote ?

J’ai été élu par mes camarades au conseil municipal des enfants de la ville. Ma première idée a été de faire construire un terrain de football synthétique près de chez moi, parce qu’on n’en avait pas. Nous étions obligés de fabriquer nos cages nous-même. Le maire nous a beaucoup soutenu sur ce projet. Je savais que la ville avait beaucoup de joueurs de talent, il nous fallait un terrain pour nous exprimer. J’étais très content que ce projet aboutisse…

Vous impliquer dans le monde associatif est important pour vous ?

J’ai toujours été un leader, quelqu’un qui aime prendre les choses en main, qui a des idées, donc forcément tout ce qui concerne l’associatif m’intéresse beaucoup, encore aujourd’hui. Je ne le fais pas au niveau des associations, mais j’aide les gens. Ma famille avant tout, mais aussi les personnes en difficulté : quand on fait appel à moi dans mon quartier je n’hésite pas à donner de mon argent et de mon temps. Ce sont des petits gestes, mais c’est quelque chose de primordial pour moi.

Avez-vous rapidement nourrit l’ambition de devenir joueur professionnel ?

Le foot a toujours été une passion. Petit, dès que j’avais 5 minutes j’allais jouer dehors. Je partageais aussi cette passion avec mon grand frère, on regardait les matches à la télévision ensemble. Quand j’ai intégré l’OFC Les Mureaux, je n’avais pas vraiment pour idée de devenir pro, mais j’avais un rêve en tête : passer à la télé ! J’ai donc mis toutes les chances de mon côté pour y parvenir et je suis très content d’y être arrivé aujourd’hui.

« Le Stade Rennais ? La meilleure formation possible »

Vous n’aviez pas été retenu à l’issue du dernier tour de détection de l’INF Clairefontaine. Comment l’aviez-vous vécu ?

C’était mon premier échec, certaines de mes caractéristiques ne leurs convenaient pas… Je voulais vraiment intégrer l’INF, qui est ce qui se fait de mieux en matière de pré-formation. Mais, cela a été un mal pour un bien car j’ai par la suite rejoint le meilleur centre de formation de l’époque, celui du Stade Rennais, grâce à Mickaël Pellen qui m’a permis de faire des essais là-bas. Je lui en suis éternellement reconnaissant. J’ai eu la meilleure formation possible.

Comment se sont passées vos années de formation en Bretagne ?

Je suis arrivé en 14 ans, j’ai été entouré par de très bons coachs. Je me suis imposé dans toutes les catégories d’âge. On avait une très belle génération 1993 ! Cela m’a notamment permis de connaitre l’équipe de France de U16 à Espoir.

Malheureusement, votre progression a été stoppée par deux fois par une rupture des ligaments croisés. Avez-vous eu peur que « tout s’arrête » ?

La première fois non. J’étais jeune, c’était en 2011, je n’avais pas encore signé mon premier contrat professionnel. Le Stade Rennais m’a fait confiance en m’offrant tout de même ce contrat pro malgré ma blessure. La seconde fois cela a été un peu plus dur, cela a été un coup d’arrêt car j’en étais à mon 3ème match en pro et j’ai raté la Coupe du Monde U20. Je me suis posé des questions, mais je suis un croyant, j’ai toujours cru en dieu et au destin. Je me suis dit ce qui est arrivé, devait arriver alors je l’ai pris par le bon bout. Aujourd’hui, je suis fier de moi parce que j’ai réussi à surmonter ça et à être encore plus fort.

Et comment se sont déroulés vos débuts en Ligue 1 ?

J’ai longtemps attendu avant de commencer, pendant près d’un an, sous l’ère Frédéric Antonetti. J’étais donc prêt, je sentais que j’avais énormément progressé à l’entraînement sur les dernières semaines et que le coach faisait souvent allusion à moi. Le jour où j’ai eu ma chance, j’ai réussi à faire un super match contre Brest et j’ai même marqué un but (victoire 2-0, le 27 avril 2013). Ca m’a vite lancé dans le grand bain. On a toujours une petite apprehension, mais j’étais tellement impatient de jouer ce premier match en pro que forcément je ne pouvais pas me rater !

« En Espagne, j’ai passé un cap techniquement et tactiquement »

Qu’est-ce qui vous a poussé à vous envoler pour Watford ?

J’arrivais à la fin d’un cycle avec Rennes, où je jouais depuis 3 ans avec l’équipe fanion. J’avais fait de très belles saisons en Bretagne et un club anglais promu s’intéressait à moi. J’ai toujours rêvé de jouer en Premier League, donc forcément ça me donnait envie. J’avais refusé leur proposition une première fois, 6 mois avant, car je n’étais pas prêt à quitter la France. Je savais qu’avec mes qualités c’était un championnat qui allait me convenir au mieux.

Avant de porter les couleurs de Watford, le club anglais vous a prêté 6 mois à Grenade en Espagne pour une opération maintien. Racontez-nous cet épisode…

Je suis un fan du Real Madrid, j’ai toujours rêvé de jouer en Espagne l’occasion s’est donc présentée à moi. J’ai été très accueilli là-bas, notamment grâce à Dimitri Foulquier un ami de longue date du Stade Rennais. Je me suis vite imposé, j’ai fait les 15 derniers matches. Cela a été une très belle expérience, on a obtenu le maintien, j’ai passé un cap techniquement et tactiquement.

Aujourd’hui, vous êtes un élément moteur de Watford, un milieu de terrain reconnu en Premier League, c’est forcément une satisfaction pour vous ?

J’ai démarré doucement car le coach ne me faisait pas confiance au départ. Dès lors que j’ai fait mes preuves à l’entrainement, je me suis imposé naturellement. C’est vrai qu’on entend un peu plus parler de moi aujourd’hui, même en France. J’ai toujours voulu avoir cette reconnaissance et je travaille tous les jours pour.

Comment définiriez-vous votre style de jeu ?

On dit de moi que je suis un joueur « box to box », quelqu’un qui sait attaquer et défendre. Je cours énormément sur le terrain, je suis généreux, je marque et j’adresse des passes décisives. Je suis un milieu de terrain relayeur qui s’est faire pas mal de choses, même s’il y en a d’autres que je sais moins bien faire…

Vous avez joué en France, en Espagne et en Angleterre. Lequel de ces championnats est le meilleur selon vous ?

Sans hésiter la Premier League qui allie la technique, le beau jeu et le spectacle.

« Il n’y pas 50 000 clubs qui pourraient me faire revenir en France »

Vous avez côtoyé M’Baye Niang, qui joue aujourd’hui à Rennes, durant votre adolescence. Le champion du monde 2005 du 110 mètres haies, Ladji Doucouré est votre cousin… Ça joue dans une carrière d’avoir de grands, ou de futurs grands sportifs, dans son entourage ?

Oui tout à fait. Avec M’Baye on s’est rencontré au collège, il jouait à l’AS Poissy, nous étions donc « rivals » à ce moment-là. Ladji m’a vraiment beaucoup aidé, conseillé, surtout lorsque je vivais chez lui car je faisais ma rééducation à l’INSEP. Il était vraiment présent pour moi. Cela a été une source de motivation car il a réussi de très belles choses dans sa carrière. Quand on a des athlètes de ce niveau autour de soit, on ne peut que s’en imprégner…

Malgré une grosse saison 2017-2018, vous n’avez pas été retenu pour le dernier mondial. Était-il dans un coin de votre tête ?

Oui, c’était dans un coin de ma tête, mais je savais que c’était compliqué, je partais de trop loin : je n’avais jamais été sélectionné et on sait très bien que les places sont très chères. On la connait la suite… Mais, il n’y a pas de regrets, car c’est très difficile d’avoir une place en équipe de France. Je m’y suis quand même accroché et ça m’a permis de sortir de grosses performances. Je me suis donné tous les moyens.

Le maillot bleu reste une ambition pour vous ?

Bien sûr, cela a toujours été un objectif. J’ai les qualités pour y être, cela ne dépend que du sélectionneur. C’est juste une question de temps pour de moi. Un jour ou l’autre je mériterai cette sélection et je vais tout faire pour l’avoir.

Dans le futur, un retour en France est-il envisageable ?

Tout le monde sait que le PSG me suivait lors du dernier mercato, même si ça ne s’est pas fait. Un retour en France pourquoi pas, mais il n’y pas 50 000 clubs qui pourraient me faire revenir. Il n’y a pratiquement que le PSG, parce que c’est un grand club qui joue la Ligue des Champions. Après je me sens très bien en Angleterre, mieux qu’en France, j’aime la vie, j’aime le pays : je pourrais y finir ma carrière ! Si le PSG se présente à ma porte, j’y réfléchirais, mais ma priorité reste l’Angleterre.

Propos recueillis par Julien Guibet.

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Crédit Photo : Africa Top Sports