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Alexis Thébaux : « Je suis encore footballeur professionnel »

06/12/2018 à 17:15

Sans club depuis la liquidation financière du SC Bastia fin 2017 et à l'issue d'une saison blanche, Alexis Thébaux (262 matches en pros, 115 en Ligue 1) a fait le choix de rejoindre le projet du Thonon Evian FC, né des cendres de l'ETG, et qui évolue aujourd'hui en Régional 2. Son choix de rejoindre le niveau amateur, ses ambitions personnelles et collectives, sa carrière professionnelle... l'ancien portier du Stade Malherbe de Caen se confie pour Actufoot. Entretien exclusif.

Alexis, pouvez-vous expliquer votre choix de rejoindre le projet du Thonon Evian FC, dont l’équipe fanion seniors évolue en Régional 2 ?

Déjà, il faut revenir un petit peu en arrière, au mois de décembre dernier quand Patrick Trotignon, le président (et ancien président d’Evian Thonon Gaillard), m’a appelé. Il savait que c’était terminé pour moi avec le Sporting Club de Bastia à cause du dépôt de bilan. Il me dit : « Écoute, j’aimerais bien que tu me rejoignes dans le projet. On est ambitieux sur le long terme. Certes, l’équipe première est en Régional 2, mais on va faire ce qu’il faut pour monter le plus vite possible et retrouver un niveau national ». Derrière, j’ai beaucoup réfléchi, et puis je n’ai pas spécialement trouvé le challenge idéal en Ligue 2 ou en National. J’avais peut-être aussi envie d’autre chose sur le moment, et Patrick a su trouver les mots pour me convaincre.

Considérez-vous toujours exercer votre métier de footballeur où est-ce une nouvelle vie qui débute ?

Aujourd’hui, je suis encore un footballeur professionnel même si le niveau ne l’est pas. Je m’entraîne encore quatre fois par semaine, voire cinq. Mais ce qui est intéressant aussi en effet, c’est que je commence à passer mes diplômes d’entraîneur, avec Bryan (Bergougnoux, le coach de l’équipe) justement. En fait, c’est un double projet qui se présente à moi. Je suis encore joueur pour quelques années je pense, et parallèlement à mes diplômes, j’entraîne l’équipe U17 R2 de mon club, des joueurs U16 . C’est beaucoup de travail et de nouveautés pour moi, mais c’est vraiment enrichissant en tout point.

Sur quels points peut-on différencier votre quotidien actuel de vos quotidiens précédents chez les pros ?

C’est un quotidien totalement différent par rapport à l’aspect diplôme. Parce qu’on a beaucoup de choses à gérer, à emmagasiner, à apprendre, notamment pour moi, parce que c’est tout nouveau, que ce soit dans la préparation des séances ou des matches. Et le soir, j’ai ma partie footballeur professionnel en club, avec des ambitions élevées. Je suis aussi bien sous tension avec les jeunes qu’avec les seniors. Ce n’est que du bonheur.

Le TEFC74 a l’ambition d’enchaîner deux montées consécutives pour atteindre le National 3, et réalise un départ canon cette saison en R2 (7 victoires, 1 nul en 8 matches). Désirez-vous jouer un rôle important dans ce projet ?

Si je suis là, c’est pour le long terme. Après, on ne sait jamais ce qu’il peut se passer, mais oui, c’est l’objectif du club. C’est pour cela que c’est intéressant et enrichissant de faire partie d’un projet ambitieux qui commence.

La présence d’un ancien professionnel, sur le banc, en la personne de Bryan Bergougnoux, a t-elle compté ?

Oui, forcément ! Quand j’ai eu Bryan au téléphone cet été, on a beaucoup discuté. On est deux anciens pros, enfin… [il rectifie] j’estime que je suis encore professionnel puisque je m’entraîne encore, comme lui d’ailleurs. Voir l’un et l’autre arriver, c’est sûr que ça rassure un petit peu aussi.

Quelles sont vos premières sensations par rapport au foot amateur ? Avez-vous été surpris ?

Ce qui m’a étonné, c’est le niveau global du championnat. Il y a trois, quatre équipes qui sont bien inférieures mais je trouve le championnat R2 très homogène. On n’y gagne pas les matches quatre ou cinq à zéro. C’est toujours un peu tendu. Je suis agréablement surpris par le niveau de la poule. Concernant mon équipe, je suis également très heureux du travail d’Olivier Chavanon, le directeur sportif, qui a su dégoter des joueurs de très bon niveau pour le championnat. Il faut lui tirer un grand coup de chapeau car je pense que ç’a n’a pas été simple pour lui de les trouver. On a un bon groupe, avec des jeunes et des moins jeunes, qui vit bien, rigole et travaille. C’est top.

Un investisseur au pouvoir financier important, des anciens pros dans l’effectif… Avez-vous l’impression de jouer dans une cour différente des autres équipes ?

Effectivement, on a des bons joueurs, des individualités qui nous permettent de nous en sortir de temps en temps, mais je trouve qu’on a aussi beaucoup progressé en équipe pendant trois mois, et c’est aussi le travail de Bryan et des adjoints. On a quelques points d’avance, mais ça reste fragile, il ne faut pas se reposer sur ses lauriers, c’est partout pareil.

Alexis Thébaux sous les couleurs du TEFC (Crédit photo : Thonon Evian FC)

« Le haut niveau manque quand même un petit peu »

Pour revenir sur votre carrière professionnelle, rejoindre Bastia en janvier 2017 a t-il été votre plus mauvais choix sportif ?

Plus mauvais choix… (Il réfléchit). J’en ai fait plusieurs dans ma carrière malheureusement. Bastia, oui, c’était compliqué. Déjà, je n’étais pas spécialement enjoué d’y aller en janvier, même si c’est moi qui en ai décidé ainsi. Je voulais retrouver un club de l’élite, de Ligue 1, mais ce n’était peut-être pas le meilleur moment, avec le contexte compliqué que connaissait le club, même si aujourd’hui, ils ont tout remis à plat et repartent sur des bases saines. Après, il ne faut pas regretter. Ça m’a permis de progresser en tant que joueur et en tant qu’homme.

Vous vous retrouvez rapidement sans club…

Le problème, c’est que le club a déposé le bilan fin septembre, et je me suis retrouvé marron puisque le mercato avait fermé. Ensuite, j’ai dû attendre une opportunité de Ligue 2 en décembre, mais je n’ai pas donné suite car le club était en grande difficulté. J’ai également eu deux, trois intérêts en janvier dont deux clubs de Ligue 2 mais ça ne s’est pas concrétisé. En février, j’ai passé une semaine en essai à Crystal Palace, qui s’est super bien passée. Cela ne s’est tout simplement pas fait, ils ont opté pour l’ancien international brésilien Diego Cavalieri.

Vous auriez adoré évoluer en Premier League ?

Oui, la Premier League, c’est un autre monde ! La semaine passée à Crystal Palace était incroyable, mais ça ne s’est pas fait, c’est comme ça. Derrière, l’été dernier, j’ai eu quelques contacts avec des clubs de Ligue 2 et de National mais rien de concret. Les discours de Patrick (Trotignon) et d’Olivier (Chavanon) m’ont convaincu de rejoindre le projet de Thonon Evian FC. Ici, il y a tout faire, des bonnes infrastructures, un projet hyper ambitieux. Il y aussi l’investisseur, Ravy Truchot, qu’on a rencontré plusieurs fois, qui est quelqu’un de génial. Il nourrit de grands projets aussi bien dans l’Académie (financée à hauteur de 200 000 euros) que pour les seniors.

Le haut niveau vous manque-t-il quand même ?

Effectivement, le haut niveau manque quand même un petit peu. Toute cette tension, cette pression du résultat permanente. Je l’a retrouve différemment aujourd’hui à Thonon. Elle est forcément différente du haut niveau mais elle existe. On a des objectifs élevés et on se doit nous, en tant que joueurs, de nous en fixer aussi.

Avez-vous trouvé des soutiens du monde professionnel pendant vos derniers mois sans club ?

Tout au long de ma carrière, j’ai créé des relations sincères et amicales avec quelques personnes, forcément. J’ai reçu des coups de fil de soutien… oui j’en ai eu quelques-uns. Ça fait toujours plaisir de savoir qu’on compte sur toi, qu’on te rabâche de ne jamais rien lâcher, de croire en toi.

Dans Le Parisien, vous concédiez avoir entrepris un gros travail sur vous-même. Qu’en est-il ressorti ?

Je travaille toujours sur moi, en permanence, et c’est ça qui est intéressant aussi avec les jeunes, l’aspect psychologique, comment et pourquoi tu leur parles. C’est ça que j’aime bien aussi dans ce nouveau départ. Donc oui, j’ai cette remise en question perpétuelle.

Vous aurez 34 ans en mars. Le football professionnel est-il définitivement derrière vous en tant que joueur ?

Déjà, je pense qu’il n’est pas derrière moi, puisque je suis dans un club qui a les ambitions de l’être dans les années à venir. Pour un gardien, 34 ans, ce n’est pas jeune, mais ce n’est pas non plus vieu. J’ai encore beaucoup d’ambitions que ce soit avec mon club ou d’un point de vue personnel.

Alexis Thébaux à la loupe !

Le meilleur souvenir collectif et individuel en carrière : J’en ai plein ! Des bons souvenirs avec Nantes quand on s’est maintenu à la dernière journée en 2005. Avec Caen aussi, le maintien, pour lequel on s’était tous arraché les uns pour les autres. La montée en Ligue 1 et le titre de champion en Ligue 2 avec le Stade Malherbe également. Avec Brest, j’ai connu aussi de bons moments, notamment sur ma dernière saison, même si on n’avait pas accroché la montée.

Le match où il a été le plus en feu : Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai deux clubs qui m’ont toujours bien réussi avec Brest et Caen, c’est le PSG et Montpellier. J’ai souvent fait des gros matches, Montpellier même un peu plus. Je me rappelle d’un match contre la grosse équipe du MHSC avec Giroud, Estrada, Belhanda, la team du titre. On avait perdu (3-0) mais j’avais fait un très, très bon match avec une mise sous pression permanente. Un des matches où j’ai été le plus sollicité.

La plus grosse bourde qui l’a marqué : En Ligue 1, je n’ai jamais fait d’énorme bourde, mais je me souviens d’un fait de jeu particulier avec Caen face à Toulouse. L’arbitre siffle pénalty, et c’est Moussa Sissoko qui se présente. Au moment où il tire, deux mètres avant de frapper le ballon, l’arbitre vient vers lui en courant et lui dit d’attendre. Une phrase que j’entends depuis ma cage. Moussa n’entend pas l’arbitre et tire fort au milieu donc je l’évite pour ne pas me le prendre dans la tronche. Le pénalty est marqué, et je pensais que l’arbitre allait le faire retirer car tout le monde n’était pas bien en place. Finalement, il l’accorde, donc je suis devenu fou de rage. Franck Dumas, notre coach, nous a tous rassemblé en nous disant qu’on arrêtait le match, que c’était un scandale. Finalement, on avait continué et on était revenu au score. Je me souviens d’un gros sentiment d’injustice.

L’avant centre affronté le plus difficile à lire : Zlatan ! Forcément, c’est le plus fort. Il est grand, costaud, puissant, sait tout faire techniquement. C’est l’attaquant qui m’a le plus marqué.

La personne qui a le plus compté dans sa carrière : C’est ma femme, elle d’abord ! Après, il y a une personne aussi qui a beaucoup compté, qui n’est pas un coach que j’ai eu en pro ou un président même si je pourrais citer des personnes comme Franck Dumas et Jean-François Fortin. C’est Jean-Claude Baudoin, au centre de pré-formation du FC Nantes. J’ai le sentiment que c’est lui qui m’a tout appris en tout point de vue. Toutes les base solides que j’ai pu apprendre, c’est lui qui me les a inculquées. Il était strict, dur avec nous, mais avait de la sensibilité. Tout au long de ma carrière, on m’a demandé quel est l’entraîneur, le président ou le joueur qui t’a le plus marqué, et c’est lui que je ressortais.

TG.

Crédit photo : Thonon Evian FC - Visuel : Actufoot