Dossier

Plongée au coeur de La Gaillette, le centre de formation du RC Lens

20/01/2021 à 16:26

En ce début d'année 2021, Actufoot lance son "tour des centres de formation". Afin de mieux connaître ces pôles d'excellence où les jeunes footballeurs deviennent des hommes et des professionnels, la rédaction vous propose une série de dossier sur ces centres. Premier arrêt : La Gaillette, où se retrouvent les jeunes sang et or du RC Lens.

L’héritage y est si fort que le club qui représente la ville aux échelles nationale et internationale s’en est imprégné. De son Bassin Minier, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO au titre de “paysage culturel évolutif vivant”, et de l’histoire qui en découle, le Racing club de Lens en a fait, sans mauvais jeu de mot, sa pierre angulaire. Il n’y a qu’à voir l’imposant bloc de charbon, cette fameuse gaillette, qui trône dans le hall du centre de formation, pour comprendre l’importance que constitue ce passé minier dans l’Artois.

Aujourd’hui encore, les valeurs transmises au sein de ce pôle d’excellence sportive sont indissociables de celles des ouvriers d’antan. Et cela, personne ne l’explique mieux qu’Eric Assadourian.« La gaillette, c’est ce gros bloc de charbon qui correspond à ce que les mineurs découvraient et ramenaient à la surface. Quand les gens qui, à l’époque, ont nommé ce centre par ce nom là, ils ont voulu transmettre cette identité à travers cette roche. C’étaient des personnes qui oeuvraient au quotidien, dans des conditions plus que difficiles, à la limite du possible, mais qui faisaient tout pour s’en sortir. Quoi qu’il arrive, ils ne lâchaient rien, et faisaient preuve d’une réelle forme d’abnégation », raconte, dans un documentaire signé FreeLigue1UberEats, le président du centre de formation du RC Lens.

Stéphane Beyrac, éducateur des U19, a lui aussi bien conscience de ce lien qui unit les ouvriers des siècles passés aux jeunes qu’il encadre depuis l’été 2017. « C’est une région qui a été touchée par des problématiques industrielles et les gens aujourd’hui font preuve d’une grande simplicité et d’un accueil très chaleureux. Et je pense que tous les jeunes, qui viennent d’horizons divers, il faut qu’ils s’approprient ces valeurs », appuie l’ancien attaquant. A ce titre, il n’est pas étonnant de voir, de temps en temps, les jeunes pousses lensoise arpenter les terrils de l’Artois, dessinés de la main de l’homme. Là-haut, il leur arrive de pratiquer des exercices physiques, éprouvants, d’autres sollicitant parfois leur sens de réflexion, et, souvent, appelant à leur esprit de cohésion.

La si chère notion de mérite

Afin de transposer ces notions d’effort et de sacrifice au quotidien, les dirigeants du RC Lens n’ont pas hésité à aménager le complexe de telle sorte à ce que les plus jeunes soient, quelque part, défavorisés. Selon la volonté du club, et dans le but de leur faire prendre conscience du chemin qu’il leur reste à parcourir, il a été décidé qu’ils disposent de locaux moins spacieux. Dans le même ordre d’idée, il a aussi été convenu que leurs vestiaires soient le plus éloigné des terrains d’entraînement. « On veut vraiment amener la notion de mérite. Il est hors de question qu’aujourd’hui on te donne et que tu nous prouve après. Non. Fais, prouve, et si tu mérites tu auras », étaye encore Eric Assadourian, ayant pris la succession de Sylvain Matrisciano dans le rôle de directeur, début 2020.

Mais attention, il n’en demeure pas moins que les Sang et Or bénéficient de l’un des meilleurs complexes de l’Hexagone. Gage de qualité, en juillet 2020, La Gaillette a été classée au 10e rang des centres de formation français par la Direction Technique Nationale de la FFF. Au total, cet espace d’une superficie de 22 hectares est composé de 15 terrains, dont trois en synthétique, d’une piscine à jets multiples, d’un sauna, d’une salle de musculation, ou encore de salles de loisirs. Mais ce qui constitue sans doute sa particularité la plus originale est ce dôme, couvrant un terrain synthétique de 72 x 58 mètres. Unique en Europe en raison de sa hauteur (seize mètres contre huit mètres seulement à Clairefontaine et Saint-Etienne), « il offre un degré de luminosité similaire à l’extérieur en pleine journée », peut-on lire sur le site du club.

Quand le temps ne permet pas de jouer en extérieur, les jeunes Sang et Or peuvent toujours s’entraîner sous un ce dôme de 16 mètres de haut.

Et force est de constater que le centre, inauguré en 2002, est en constante évolution. Certains terrains ont été rénovés en hybride, quand d’autres ont subi des aménagements. Le changement de côté des bancs de touche sur l’un d’eux en fait partie. D’autres, encore, ont carrément changé de nom. Le 8 décembre, le RC Lens annonçait que les deux terrains d’entraînement « San Siro » et « le Camp Nou » seraient respectivement renommés terrain Daniel Leclercq et terrain Arnold Sowinski. Hommage a ainsi été fait aux deux légendes de l’institution disparues ces derniers mois.

Ici et là se retrouvent, chaque jour, près de 150 footballeurs en devenir, dont 60 hébergés à l’année. Ils sont encadrés par des éducateurs et intervenants diplômés, parmi lesquelles figurent certains joueurs emblématiques du club artésien. Dans cet organigramme, on retrouve d’anciennes gloires comme Eric Sikora, latéral droit aux presque 600 matches (1985-2004), et aujourd’hui bénévole ayant pour mission de former les défenseurs, ou encore Alaeddine Yahia (2008-2014), ayant intégré la cellule de recrutement. Les deux défenseurs, arrivés en fin d’année 2020, en ont rejoint un autre, déjà en place depuis plus longtemps : Yohan Demont.

Retour au bercail

Nommé dans un premier temps au poste d’adjoint de l’équipe réserve, il a ensuite, et ce durant quelques mois, récupéré le rôle d’éducateur des U17. Fin février 2020, en raison du licenciement de Philippe Montanier et de la promotion de Franck Haise, il retournait avec le groupe Pro 2, cette fois en tant que principal. Autant dire que, de par son expérience, celui qui fut autrefois capitaine des Sang et Or (2005-2013) connaît parfaitement les enjeux auxquels sont confrontés les jeunes joueurs du centre.

En témoignent les propos qu’il avait formulés dans l’entretien qu’il avait accordé à Actufoot en mai 2020 : « Aujourd’hui, le football va très vite. On n’attend plus 25 ans pour jouer en pro. Et c’est très difficile de garder ses jeunes pousses, parce qu’il y a tellement de monde qui gravite autour, en terme d’agents, de conseillers… Parfois ça monte un peu à la tête du gamin alors qu’il ne joue qu’en U17 et il en oublie de travailler. C’est souvent difficile de leur faire garder les pieds sur terre et leur expliquer que demain, ils ne vont pas forcément jouer au Barça. » 

A lire aussi : Yohan Demont : « A Lens, on a besoin de se construire à partir de la formation »

Mais qu’ils soient rassurés. Assadourian, Sikora, Beyrac, Demont et les autres sont là pour les encadrer et les accompagner au cours de leur cursus. « On créé des liens avec les joueurs et ça se passe souvent bien avec eux. Donc quand je me sépare de certains, j’essaye de les aider en leur trouvant un projet. Le football a ses limites, et, dans l’ensemble, on essaye toujours de replacer les gamins », précisait, encore, l’actuel coach de l’équipe N2, avant d’ajouter que de par cette politique, tout le monde s’y retrouve : « C’est grâce à cette formation que le club peut avancer. Donc on a besoin de créer tout ça. On n’est pas le PSG, qui a de gros moyens et qui peut se concentrer sur l’équipe pro. Nous, on doit se construire à partir de la formation. » Construire, encore et toujours, comme le faisaient leurs ancêtres.

Harry Hozé

Notre top 5 des joueurs en activité formés à La Gaillette

Découvrez ou redécouvrez leur parcours en cliquant sur leur nom

  1. Raphaël Varane
  2. Serge Aurier
  3. Thorgan Hazard
  4. Benjamin Bourigeaud
  5. Geoffrey Kondogbia
Crédit photos : RCLens.fr