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Benoit Cauet marche à l’ombre

08/02/2019 à 12:24

Il a joué avec les plus grands joueurs de la planète, été champion de France avec Nantes, finaliste de la coupe des coupes avec le PSG, vainqueur de la coupe UEFA avec Ronaldo, élu meilleur joueur de l'Inter en 1999... mais sans jamais connaitre les joies d'une sélection en équipe de France. Durant toute sa longue carrière, et jusqu'à sa récente nomination à la tête d'une équipe de National, Concarneau, Benoit Cauet aura toujours plutôt marché à l'ombre. Un paradoxe ? Non, une évidence. Portrait.

Lorsqu’il s’est engagé en début d’année avec Concarneau, il y avait presque quinze ans que Benoit Cauet n’avait plus remis les pieds en France autrement que pour visiter des amis, de la famille, ou répondre à l’invitation d’associations d’anciennes gloires, à Nantes, Caen et Paris, surtout, les trois clubs qu’il aura le plus marqué de son empreinte. Même si c’est du côté de Marseille que le Châtelleraudais a mis en premier un pied dans l’univers professionnel. Cadet surclassé qui évoluait en DH avec l’ASPTT de Nantes, Benoit a été recruté à l’OM à 16 ans par une connaissance de Gérard Gili (qu’il retrouvera à Bastia en fin de carrière), alors de retour sur le banc phocéen au tout début de l’ère Tapie. Un gars de l’ouest au coeur du football méditerrannéen, la greffe n’a pas été évidente à prendre comme en témoigne Frédéric Meyrieu qui a vu arriver Benoit au centre de formation en 1985 : « Il était un peu frêle, et surpris par l’agressivité du football dans le sud, comparé à celui qu’il connaissait dans l’ouest. Ça le changeait et il a eu besoin de s’acclimater pour donner le meilleur de lui-même. Avec Patrice Eyraud, on arrivait de Toulon. Il y avait aussi Galtier… toute la clique, on l’appréciait beaucoup car il était sympa et sur le terrain, très intelligent dans son jeu. »

Meyrieu : « A l’OM, il avait été surpris par l’agressivité du football du sud »

Plutôt réservé face aux « grandes bouches » marseillaises, Benoit n’est pas aidé par les circonstances, victime des oreillons à son arrivée et d’une double fracture tibia-péroné la saison d’après. Pris sous l’aile de Christophe Galtier, le « tonton » des Minots, il doit en grande partie sa carrière à Michel Hidalgo, alors directeur sportif du club, qui détecte rapidement son potentiel et le conserve dans l’effectif du centre de formation quand certains éducateurs du club ne croyaient pas en lui. « J’ai le souvenir d’un petit gars timide mais déterminé dans sa tête, nous dit l’ancien sélectionneur. Il respirait le football et était à l’aise techniquement. Son intégration n’a pas été facile, parce qu’il était très jeune et loin de chez lui, mais le conserver était la moindre des choses pour lui permettre de s’épanouir et de s’aguerrir. Il avait du caractère et était intelligent. Ça sautait aux yeux quand on le voyait jouer. La suite de sa carrière ne nous a pas donné tort. » Dans un registre de joueur plutôt offensif, il fait ses débuts en D1 le 20 février 1988 contre le Matra Racing au Vélodrome (2-0). Il a 19 ans et côtoie les Papin, Allofs, Förster, Genghini ou Cantona, plus proche d’Alain Giresse et Jean François Domergue, ses deux mentors phocéens qui n’auront de cesse de l’encourager, de l’aider à se forger un mental de compétiteur.

C’est d’ailleurs par l’intermédiaire du deuxième, entre temps devenu directeur sportif du Stade Malherbe de Caen, que Cauet prendra la direction de la Normandie. En fin de contrat stagiaire en 1990, alors que l’OM souhaitait le faire signer pro pour le prêter en L2, il préfère s’engager dans un club qui vient de monter pour la première fois de son histoire en D1. Après 33 matchs disputés avec l’OM (dont 3 de coupe d’Europe) et deux titres de champions de France (1989 et 1990) qu’il doit à ses 15 apparitions en championnat entre 1988 et 1990. « Il gérait bien ses matchs, conclue Frédéric Meyrieu qui avait déjà un autre statut dans l’équipe, mais s’imposer dans cet effectif était très difficile. C’était costaud. » C’est à ce moment là que Benoit a pris conscience de la réalité du football de haut niveau, à ce moment là qu’il a senti que s’il voulait réussir, il allait falloir qu’il en fasse davantage que les autres car ses qualités naturelles, techniques et physiques, ne suffiraient pas. C’est à Marseille qu’il s’est forgé un mental de guerrier. A partir de là, il n’a jamais plus rien lâché.

Avec Suaudeau à Nantes « le vrai foot »

A Caen, après Michel Hidalgo, Benoit a aussi eu la chance de tomber sur un autre humaniste, technicien amoureux de football offensif et de joueurs capables de réfléchir; Daniel Jeandupeux. Sa culture football s’enrichissait de nouvelles connaissances, avec toujours la même volonté de se fondre dans le collectif, d’être utile, de se rendre disponible. Les germes d’une philosophie qui naissait dans son esprit de néo-pro. Pendant quatre ans, Cauet allait vivre ses premières grandes émotions de footeux dans l’atmosphère si particulière de Venoix, avec en point d’orgue, un 32ème de finale de coupe UEFA de légende face aux Espagnols de Saragosse, la seule rencontre européenne de l’histoire caennaise (3-2 et 0-2). Après les stars de l’OM, le milieu devenu défensif de 21 ans se mettait au service de Gravelaine, Paille, Calderon ou Hubert Fournier, l’actuel DTN. Et n’allait plus tarder à attirer le regard des Canaris. Car entre temps, le « minot » était devenu capitaine d’une équipe en fin de cycle qui descendait en D2. En fin de contrat, il répondait à l’appel d’un autre coach emblématique, Coco Suaudeau. A Nantes, il allait découvrir « le vrai foot » comme il le déclarerait quelques années plus tard une fois tournée la page nantaise. Sur les traces de ses idoles de jeunesse, les Touré, Amisse, Michel, Bossis ou Pécout, qu’il allait voir à Marcel Saupin avec son père, ancien joueur amateur de Rennes, et face auxquels il avait cultivé sans le savoir le goût du jeu, la notion de l’espace, du mouvement. Son tour était venu, à la Jonelière, d’être au coeur du réacteur. 

Après l’émancipation à Marseille, l’éclosion à Caen, il était prêt pour le jeu à la nantaise, ces sensations après lesquelles il courait sans le savoir depuis son départ de l’ASPTT de Nantes. Que diable faisaient les recruteurs du FCNA en 1985 pour avoir laissé filer le jeune Cauet vers l’OM ? Qu’importe, il revenait plus fort pour participer à la montée en puissance d’une génération dorée à l’intérieur de laquelle, s’il ne fut pas le plus exposé, il tint un rôle essentiel. A 25 ans, « il avait une âme de leader, nous dit celui qui l’accompagnera un peu plus tard vers le Paris SG, Patrice Loko. Il n’arrêtait pas de donner des indications aux joueurs, de participer aux débats du groupe, avec toujours ce souci de bien faire les choses sur le terrain. » Entre Ferri et Makélélé, Karembeu et Pedros, Cauet aura été comme un poisson dans l’eau de la Beaujoire, champion de France magique en 1996 après une série record de 32 matchs sans défaite que même le PSG d’aujourd’hui ne parvient pas à battre, à peine stoppé par la Juventus de Turin en demi-finale de la Ligue des Champions, pour deux saisons qui l’auront marqué au fer rouge… et qui auront poursuivi son apprentissage du football. Quand il signe au PSG en 1996, l’heure de passer de l’autre côté de la barrière n’est pas encore arrivée qu’il a déjà en magasin suffisamment de bagages pour envisager, plus tard, à son tour, d’être un passeur de connaissances. Profondément marqué par le charisme et l’approche de Suaudeau, Cauet « faisait partie de ces joueurs dont on pouvait déjà dire qu’ils resteraient dans le foot après leur carrière » (Loko).

L’Inter le recrute en même temps que Ronaldo

Sans être un proche, mais en appréciant toujours « sa gentillesse, son ouverture d’esprit, sa capacité à parler de tout », Loko a profité aussi au PSG de l’apport de ce joueur « qui s’est toujours mis au service de l’équipe, qui avait toujours la volonté de faire passer les bons messages ». En fin de contrat à Nantes, soucieux de continuer sa montée en puissance, Benoit ne sera pas déçu par sa courte incursion dans la capitale avec une finale de coupe d’Europe des vainqueurs de coupe (perdue face au Barça de Figo et Ronaldo qu’il retrouverait bientôt), et une seconde place en championnat. Le PSG version Canal +, avec Leonardo, Raï, Lama ne lui en apprendra pas beaucoup plus sur le football, davantage sur ses à côtés, sur la réalité d’un club programmé pour gagner, d’un groupe formé uniquement d’internationaux avec tout ce que cela implique de compromis à faire, ou pas, pour préserver l’unité. Dans ce contexte plus médiatique, Cauet restera lui-même, aussi discret qu’efficace pour une saison 1996-1997 qui constitue certainement sa plus aboutie avec une cinquantaine de matchs au compteur et une multitude de propositions émanant de l’Europe entière. 

Jusqu’à ce que l’Inter l’approche, en même temps que Ronaldo ! Comment refuser l’opportunité de rejoindre une Série A qui était, à ce moment là, le championnat le plus attractif d’Europe. Et de découvrir, dans le sillage de Youri Djorkaeff, une nouvelle vision du football, « physiquement plus exigeant, tactiquement plus précis ». Deux ans après, alors que la France du football se préparait à fêter ses champions du monde, il revenait au Parc des Princes avec l’Inter gagner la coupe UEFA au détriment de la Lazio (3-0) et d’étoffer une expérience européenne qui avait débuté en coupe des coupes en 1987 avec l’OM, s’était poursuivie en coupe UEFA avec Caen, puis avec Nantes en Ligue des Champions (demi-finale), le PSG en coupe des coupes (finale), et l’Inter encore un an après jusqu’en quart de finale de la Ligue des Champions. Au final, Benoit aura joué 53 matchs européens la plupart avec les Interistes, le club où il sera resté le plus longtemps (5 saisons entre 1997 et 2001), là où il reviendra en 2006, à 37 ans, après une dernière pige à Sion, et des sauts de puce au Torino, à Côme, à Bastia et à Sofia. Souhaitant développer sa chaîne de télé, le président milanais Massimo Moratti a pensé à Benoit comme consultant puis, de fil en aiguilles, entraîneur des jeunes à l’Accademia Inter, une filiale de l’Inter Milan, avant d’intervenir depuis 2016 dans le développement des académies du club italien dans le monde.

Loko : « Ça va être un Deschamps ! »

Avec les jeunes du centre de formation de l’Inter. (crédit : site officiel de l’Inter)

C’est là que Concarneau est venu le chercher pour remplacer Nicolas Cloarec en début d’année. Après avoir refusé de revenir à Sofia s’asseoir sur le banc du CSKA, faut-il s’étonner de le voir aujourd’hui en National ? « Après son parcours, j’ai été surpris d’apprendre qu’il allait en National, nous dit Frédéric Meyrieu. C’est bien qu’il soit rentré en France parce qu’il a plein d’expérience à transmettre. Il a toujours senti le foot ! » « Il faut bien commencer un jour, nous dit Patrice Loko. Je connaissais bien Cloarec avec qui j’ai joué à Lorient, et ça me donnera l’occasion de venir plus souvent sur Concarneau. » Chez les Thoniers, le champion de Bulgarie 2005 et vainqueur de la coupe de Suisse 2006 va avoir la possibilité d’exprimer sa conception d’un métier, entraîneur, qu’il n’a jamais cessé d’apprendre depuis qu’il a quitté le domicile familial à l’âge de 16 ans. On ne croise pas sans conséquence le chemin de techniciens aussi convaincus et convaincants que Banide, Gili, Hidalgo, Jeandupeux,  Suaudeau, Ricardo, Simoni, Lippi ou Tardelli. « Vu son parcours, à la fois marqué par le jeu à la nantaise et le Catenaccio à l’italienne, ça va être un Deschamps, ose Patrice Loko. Ils ont joué au même poste, milieu défensif, avec le même état d’esprit, avec les mêmes inspirateurs et influences, je suis certain qu’il va d’abord s’attacher à être solide sur ses bases défensives, être réaliste. Et après s’il a des joueurs de talent dans ses équipes, alors peut-être qu’il pourra se rapprocher de ce qu’il a connu à Nantes (rires) ! » Mais d’abord, il a un maintien à aller chercher pour que l’US Concarneau vive une quatrième saison d’affilée en National. Parce que quand on aime vraiment le football, il n’y a qu’un pas à faire pour passer de Giuseppe Meazza à Guy Piriou !

F.D.


Le jour où… il a secoué Makélélé !

Parrain d’un de ses fils (Kyllian), l’ancien gardien de but de Nantes, Dominique Casagrande, se souvient du jour où son ami et coéquipier a pété un câble à l’entraînement devant un effectif médusé. « Il était dans une mauvaise période et jouait peu, il était tendu comme un arc et, sur une action pendant un match entre nous, il a mis un énorme attentat à Makélélé ! Après une petite échauffourée, il a quitté l’entraînement de lui-même en criant : « Allez tous vous faire enc… ! » Je n’avais jamais vu  un terrain d’entraînement aussi calme (rires). Ça avait jeté un froid terrible, plus personne ne parlait. Même Suaudeau, qui avait vu la scène, ne disait rien. Et une fois revenu dans les vestiaires, on sentait tout le respect que suscitait Benoit dans le groupe parce que personne finalement ne lui en voulu et a compris qu’il voulait surtout marquer son territoire. Le lendemain, George Eo a parlé devant tout le monde de ce qui s’était passé et tout le monde a compris. Mais Benoit, lui, ne s’est pas excusé, pas son genre. Il avait simplement voulu remettre les points sur le « i »… » Un vrai caractère.

Le jour où… il est passé à travers une baie vitrée

C’est encore chez le gardien de but avec lequel il fut champion de France en 1996, et dont il fut l’un de ses témoins de mariage, que Benoit Cauet s’est fait une grosse peur. Allez Casa, raconte ! « Il était chez moi et son fils s’amusait dehors, sur la terrasse. Benoit l’a entendu crier et a pensé qu’il lui était arrivé quelque chose. Il a foncé droit devant en courant et a traversé la baie vitrée… qu’il croyait ouverte ! Elle était fermée. Ça lui a valu trente points de suture, au visage, à la tête, au coude… Je faisais les vitres tous les jours, elles étaient trop propres (rires) ! » Un vrai casse cou.