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Bilel Aouacheria « Au Portugal, on commence à me connaître »

15/05/2018 à 18:32

Bilel Aouacheria (24 ans), ailier formé à l'AS Saint-Etienne, fait ses armes en ce moment même en D1 portugaise à Moreirense. Un mental d'acier et un talent hors du commun lui ont permis de côtoyer certains des plus grands joueurs du monde. Interview.

Bilel, à quel âge avez-vous commencé le foot et dans quel club ? Quels souvenirs en gardez-vous ?

J’ai commencé entre 5 et 6 ans à l’Amicale Laïque du Soleil, un club de quartier de Saint-Étienne. C’était la bonne époque, on faisait beaucoup de tournois, on restait entre jeunes. A cet-âge là, c’était surtout pour s’amuser. J’aimais ça ! Je ne pensais pas à devenir professionnel. Cette idée m’est venue plus tard vers 17 ans. A l’époque, on était entre jeunes du quartier et il n’y avait pas un jour où on ne touchait pas le ballon. C’était notre divertissement numéro 1 ! C’est dans ce club, à l’âge de 7 ans, que l’AS Saint-Étienne m’a repéré.

Vous avez donc été formé à l’ASSE. Comment jugez-vous la qualité du centre ?

Il y avait beaucoup de qualité. Quand je suis arrivé, je me rappelle qu’il y avait énormément de bons joueurs. C’est un centre de formation bien réputé en France. Il pourrait être encore mieux car des joueurs passent entre les mailles du filet… Mais en tout cas, les générations qui y sont passés étaient vraiment magnifiques. Grâce à ce club, j’ai parcouru toute la France. On faisait des tournois à Marseille, Monaco, Lyon et c’est très formateur pour un jeune.

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué à l’AS Saint-Étienne ?

Nos deux finales en Gambardella, en 2011 face à l’AS Monaco et en 2012 face à l’OGC Nice. On les a perdu les deux, mais on a joué au Stade de France et ça, c’était magnifique… Je suis un jeune de Saint-Étienne et j’aimais vraiment le maillot, ça avait du sens pour moi. Toute ma famille est de Saint-Étienne et on a toujours supporté les Verts. C’était une grande fierté pour moi de pouvoir les représenter…

Est-ce qu’il y avait des joueurs de la Une qui vous avez pris sous leurs ailes à cette époque ?

Parfois, je parlais avec Faouzi Ghoulam qui est maintenant à Naples. Il habitait dans un quartier voisin du mien. Mais moi j’étais timide et en plus je l’admirais… Il me conseillait et me disait de rester concentré et de continuer à travailler. Il y avait Perrin aussi, notre légende à Saint-Étienne…

Au final, vous n’êtes pas conservé par l’ASSE. Pouvez-vous nous raconter ? Avez-vous eu une explication ?

De 15 à 18 ans, je suis aspirant au club. De 18 à 20 ans, je signe stagiaire. Après, c’était soit je signe pro, soit je quitte le club. Ils ont hésité mais ne m’ont pas offert de contrat. La raison ? Je ne sais pas trop, ils ne m’ont jamais dit, mais je pense que j’avais un manque d’efficacité dans mon jeu à l’époque, un certain manque de maturité. J’avais un jeu fait de dribbles. Aussi, j’étais en concurrence avec Allan Saint-Maximin et Jonathan Bamba. A mon poste, c était bien fourni… Les deux étaient plus jeunes que moi et étaient très bons. C’est sûrement à cause de ça que je n’ai pas signé. Ils les ont privilégié et l’avenir leur a donné raison. Ce sont deux très bons joueurs !

Avez-vous des regrets ?

Aucun regret ! Franchement, tout ce que j’ai vécu là-bas a été très positif. Quand je suis parti, je ne l’ai pas vécu comme un échec. Au contraire, cela m’a donné la possibilité d’aller voir ailleurs. C’est sûr, ce n’était pas facile de quitter un club où tu as passé 12 ans, mais il fallait se relever ! J’aime ce sport et je l’ai donc pris comme un challenge. Pour l’amour du foot, il fallait trouver autre chose et se relancer.

Vous signez votre 1er contrat pro à 20 ans avec le Sporting Covilha en D2 portugaise. Comment avez-vous eu cette opportunité ?

Je finis mon contrat en juin, je m’entraîne et j’attends des opportunités. J’avais quelques pistes en France mais rien de concret. Un agent m’a alors proposé un essai dans ce club-là. Je me suis dit « pourquoi pas ? ». Le Portugal est un pays de foot et il y a de la ferveur. Du coup, je fais un essai et tout se passe bien. On me propose un contrat pro et je me lance dans l’aventure. C’était parti !

Comment s’est passée l’aventure avec ce club portugais ?

Ils n’avaient pas les mêmes moyens que Saint-Étienne qui est un gros club pro. C’est une autre réalité… Il fallait être fort mentalement. Le principal était de jouer au foot. Grâce à ce club, j’ai grandi. Ma compagne était venue au Portugal avec moi, il fallait ne pas lâcher.

Vous rejoignez le Sporting Portugal en prêt en 2016. Vous découvrez alors l’un des plus grands clubs portugais ?

Je me retrouve dans l’un des trois plus grands clubs portugais. C’est un club qui est « limite » plus grand que l’ASSE en termes d’infrastructures. C’est presque ce qui se fait de mieux au Portugal. Ils ont formé de grands ailiers comme Cristiano Ronaldo ou encore Nani. J’ai côtoyé de grands joueurs comme William Carvalho, Rui Patricio, Adrien Silva et d’autres champions d’Europe. Ça m’a fait progresser ! C’était super. Il y avait aussi Slimani qui était là. Il m’a bien aidé à m’intégrer et m’a pris sous son aile. Quelques semaines après, il signait à Leicester. C’était une belle expérience.

Vous jouez avec la réserve mais vous vous entraînez parfois avec l’équipe Une. Qu’est ce qu’on apprend à l’entraînement avec toutes ces stars ?

J’ai énormément progressé avec un grand entraineur. J’ai découvert le haut niveau, une exigence d’entraînement, le top du top ! Les joueurs avaient toujours un petit mot pour te remettre les pieds sur terre ou pour te faire avancer. Tu évolues tactiquement, techniquement, physiquement, mentalement et ton jeu s’améliore de jour en jour.

Quel joueur vous a le plus marqué ? Pourquoi ?

Gelson Martins était très talentueux. William Carvalho était jeune mais il avait déjà une grande expérience, il était très serein, très posé et très fort. Il y avait aussi Rui Patricio pour son calme. Ils vivent leur métier à fond et sont très réfléchis.

Comment était l’entraîneur Jorge Jesus avec vous ?

C’est un passionné ! Il vit pour le football. Il est exigeant dans tout ce qu’il fait. C’est un grand entraîneur, très pointilleux. J’ai beaucoup aimé. En plus de ça, c’est une bonne personne ! Le Sporting m’a fait grandir en tant que joueur mais aussi en tant qu’homme et c’est aussi grâce à ce coach. J’écoutais beaucoup ce qu’il me disait. Il avait son équipe, ses joueurs mais quand j’allais m’entraîner avec eux j’observais beaucoup, j’écoutais les conseils pour améliorer mon jeu. Il m’a fait progresser dans mes mouvements, mon repli défensif, tout ce qui est offensif… Il m’a beaucoup aidé.

Depuis le début de la saison, vous êtes avec le club de D1 portugaise de Moreirense. Comment se passe l’aventure là-bas ?

Moreirense est venu me chercher en fin de mercato. C’était une grosse opportunité à saisir pour jouer en D1 et pour faire encore un pas dans ma carrière. Je suis très reconnaissant car j’ai pu découvrir le haut niveau. La saison s’est bien passée. Au début, il fallait se faire sa place et montrer que j’étais là pour quelque chose. L’opportunité s’est présentée et j’ai su la saisir. J’ai fait une trentaine de matchs cette saison et on a réussi à se maintenir. Que ce soit d’un point de vue individuel ou collectif, c’était plutôt positif !

Sportivement, comment jugez-vous votre saison ?

Pour quelqu’un qui arrive de 2e Division, c’est plutôt une saison satisfaisante. Mais je ne m’arrête pas à ça ! Je suis ambitieux et j’aspire à faire mieux, à être plus efficace, à marquer plus de buts. J’ai mis 5 buts et fait 2 passes décisives cette saison, le club est content de moi. Depuis décembre, je suis titulaire à tous les matchs. J’étais constant dans mes performances. Il a fallu être fort mentalement pour enchaîner car c’est un championnat très exigeant. J’ai joué beaucoup de matchs et j’ai beaucoup appris en terme de préparation sur et en dehors des terrains.

Comment est le foot portugais ?

C’est un football très intense. Il y a beaucoup de jeunes. Il faut être capable de répéter les efforts offensivement et défensivement. Il y a beaucoup de pressing haut avec des blocs bien compacts. Quand tu joues contre les gros comme le Benfica ou Porto, il y a toujours un gros pressing et c’est compliqué de jouer face à eux, mais c’est très formateur car ce sont quand même des équipes de Ligue des Champions. Cela permet de se jauger et de savoir où on en est.

Dans vos adversaires cette saison, qui vous a le plus marqué ?

Le FC Porto a fait une grosse saison et a été constant du début à la fin. Brahimi est un dribleur fantastique et Marega a été très bon cette année. Au Sporting, le milieu de terrain Bruno Fernandes a fait une grosse saison et Jonas a marqué 34 buts en 34 matchs de championnat. C’est un super finisseur… Ce sont des joueurs qui te décident un match et qui font la différence.

Vous commencez à vous faire un nom là-bas ?

Je pense. J’ai fait de bonnes perfs et je suis régulier. Je pense qu’on commence à me connaître, je l’espère en tout cas. A moi de continuer de travailler pour arriver là où j’espère arriver un jour…

C’est-à-dire ?

Jouer la Champion’s League ! Aujourd’hui, quand je dis ça, on peut croire que je suis un peu fou… (Rires) Au début, c’est un rêve mais après, je le sais, ça deviendra un objectif. Aussi, j’ai un autre rêve, celui de rejoindre la sélection algérienne.

Vous n’êtes pas le seul français là-bas à Moreirense. C’est mieux de ne pas être seul non ?

Oui, il y a quatre ou cinq joueurs francophones comme le latéral Pierre Sagna ou encore Ousmane Dramé. Ça aide pour l’intégration, même si je n’ai plus aucun problème de langue car je parle le portugais couramment. Ça aide en terme d’affinité !

Comment est l’ambiance dans les stades au Portugal ?

Il y a beaucoup de ferveur. Du plus jeune au plus vieux, tout le monde aime le foot et regarde le foot. Femmes, enfants… Le ballon touche toute la population. Et ça se ressent dans les stades même s’il y a une disparité entre les petits et les grands clubs. Ce weekend, on a joué à Benfica et il y avait 40.000 supporters par exemple. Ils soutiennent leur équipe avec le cœur.

Vous voyez-vous revenir en France un jour ?

Bien sûr, la France fait partie des 5 plus grands championnats en Europe. Je me vois revenir y jouer un jour. Saint-Etienne ? Pourquoi pas, c’est mon club de cœur et ça le restera ! C’est un club spécial pour moi… D’ailleurs, la saison est terminée et je vais rentrer à Saint-Étienne cet été. Ce serait sublime de pouvoir y rejouer un jour, c’est un rêve spécial pour moi… Ils jouent ce weekend face au LOSC et j’irai les voir au stade.

Quel message pouvez-vous passer aux jeunes qui veulent devenir pro ?

Ceux qui n’ont pas la chance de signer un contrat pro dans leur club formateur ne doivent pas lâcher ! Ils doivent continuer de croire en leurs rêves. Il faut tout faire pour l’atteindre et il ne faut jamais se laisser submerger par l’adversité. Aux jeunes de se fixer des objectifs et de tout faire pour les atteindre ! Moi, je suis quelqu’un qui ne lâche jamais et c’est ce qui a fait ma réussite. A la place de s’apitoyer sur son sort, il faut beaucoup travailler sur soi-même. L’objectif est d’être l’élément central et de ne pas se trouver d’excuse. C’est ce que j’essaye de faire en tout cas. Il ne faut jamais se placer en victime. Chacun à la solution en soi !

Que peut-on vous souhaiter pour la suite ?

Moreirense reste en D1 et c’est ce que je voulais le plus. On peut me souhaiter de marquer plus de buts et d’être le plus décisif possible. On peut aussi me souhaiter une grande carrière et de la constance car j’ai l’ambition de jouer longtemps.

Propos recueillis par Keevin Hernandez