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Boubacar Kamara (OM), en route pour le très haut niveau ?

05/12/2020 à 11:25

André Villas-Boas a ouvert la porte à un départ de Kamara cet hiver en fonction des offres, mais a-t-il le profil et toutes les qualités requises pour séduire un club de très haut niveau ? Analyse.

« Pape est un joueur extraordinaire, j’ai une grande confiance en lui. Sauf que devant lui, il y a Bouba, et lui, c’est un joueur de 21 ans avec un grand futur dans le foot européen. Je ne l’espère pas, mais le moment arrive où Bouba a des gros clubs européens sur lui, de grands Championnats, et cela peut ouvrir un peu la porte à Pape ». Les mots du coach André Villas-Boas, lundi, en conférence de presse, ont surpris. L’OM doit vendre et faire entrer de l’argent dans les caisses, le propriétaire Frank McCourt en a récemment fait la demande au président Jacques-Henri Eyraud et au directeur sportif Pablo Longoria. Pour cela, il faudra donc se séparer des joueurs de l’effectif qui possèdent la plus grosse valeur marchande. Et Boubacar Kamara est bien de ceux-là, puisque estimé à 32M d’euros par transfermarkt, en haut de tableau avec Florian Thauvin.

La porte semble donc ouverte à un départ pour celui qui a fait toutes ses classes à l’OM et qui est aujourd’hui le joueur marseillais le plus coté sur le marché. Mais pour cela, il faut déjà que les « gros clubs européens » viennent toquer à la porte de la direction phocéenne. Ça tombe bien puisque selon plusieurs sources, des clubs anglais, la Juventus et l’AC Milan seraient intéressés par le jeune milieu défensif français. La rédaction d’Actufoot s’est donc posée la question suivante : « Bouba » a-t-il le profil et toutes les qualités requises pour séduire un club de très haut niveau puis y réussir ? Éléments de réponse.

Kamara, un minot précoce

Boubacar Kamara est le joueur qui symbolise le mieux la formation marseillaise. A l’OM depuis l’âge de 5 ans, le minot a franchi tous les paliers jusqu’à devenir à 21 ans, le pilier de l’équipe professionnelle. « Il n’avait que 5 ans. J’ai le souvenir d’un gamin poli, timide, à l’écoute mais surtout très talentueux » se souvient un de ses premiers éducateurs à l’OM, Michel Giacomoni. Précoce pour ne pas dire surdoué, le défenseur marque les esprits dans toutes les catégories d’âge où il passe. Le jeune joueur grandit, les différents entraîneurs qui le prennent en main se succèdent au sein de la pouponnière olympienne, et à chaque fois il est nommé capitaine.

Avec l’équipe U19, il dispute même la finale de la Coupe Gambardella au stade de France en 2017. Olivier Jannuzzi, entraîneur de l’équipe lors de cette épopée, était rassuré quand il le voyait redescendre de la N2 pour venir donner un coup de main : « Il faisait déjà l’unanimité, pas seulement qu’à mes yeux, il évoluait déjà en réserve et c’était la même chose. C’est vrai qu’à chaque fois qu’il revenait avec nous, on sentait qu’il était au dessus, qu’il survolait par son calme, par ses qualités de footballeur » se remémore l’ancien coach. Mathieu Buech, son ancien coéquipier qui évolue aujourd’hui en R1 à l’AS Gémenos, rappelle à quel point il était devenu indispensable à l’équipe : « Quand il était sur le terrain, on était serein. Les équipes pouvaient attaquer, on savait qu’on ne prendrait pas de but. On avait de bons défenseurs et Bouba en faisait partie. On avait vraiment une bonne génération, on était tous à un bon niveau, mais lui a réussi à sortir son épingle du jeu ».

Boubacar Kamara fait donc partie du cercle très fermé des petits génies. « Aujourd’hui, quand les jeunes joueurs ont de la qualité, on n’hésite pas à les aligner. Il y a l’exemple de Camavinga à Rennes, Kamara est dans le même registre. Sur le terrain on voit qu’il rayonne, il a une certaine maturité depuis le plus jeune âge » juge son ancien coach Olivier Jannuzzi. Passé par l’Olympique de Marseille en professionnel, Patrice Eyraud, aujourd’hui entraîneur de la N2 du Marignane Gignac FC, connaît bien le haut niveau. Pour lui, « c’est un très bon joueur. Je me rappelle un petit peu quand il a débuté, il jouait contre nous en N2 avec la réserve. On sentait déjà beaucoup de talent, beaucoup de maturité par rapport à son jeu. On sentait un joueur serein, et très physique malgré son jeune âge. Ce n’est pas évident à faire mais lui avait déjà passé un palier à son âge ».

En sélections de Jeunes, Bouba fait aussi son chemin. Il a récemment intégré le groupe Espoirs après être passé par les catégories U17, U18, U19 et U20 de la sélection. Il suit le même chemin que tous ces talentueux jeunes joueurs qui ont par la suite intégré l’équipe de France A. Même si, il faut le rappeler, nombreux sont les jeunes footballeurs qui ont traversé les différentes catégories des équipes de France Jeunes avec succès sans pour autant atteindre le très haut niveau en club. Cependant, cette précocité et ce talent inné laissent penser que le minot pourrait apporter un plus à une grande institution européenne.

Une progression rapide et des qualités pour le très haut niveau

En un an, Boubacar Kamara passe de la coupe Gambardella à titulaire lors des quarts de finale aller et retour de la Ligue Europa face à Leipzig. Le jeune joueur progresse très vite et va même jusqu’à bousculer la hiérarchie. Adil Rami et Rolando sentent la pression dans leur dos. La progression du joueur est fulgurante. « Moi, je la juge relativement normale. Je ne suis pas étonné, c’est la forme de progression normale pour ce type de joueurs qui sont en avance, qui ont quelque chose de plus que les autres. Souvent, quand ça arrive chez un jeune attaquant comme Mbappé, il commence à briller avec des passes en avant, des buts, des passes décisives, et ça se voit, mais pour un joueur disposé sur une autre partie du terrain, c’est plus difficile. Pas pour lui. » analyse son ancien coach en U19. « Il a beaucoup progressé. Je l’ai côtoyé pendant des années au centre de formation et je peux vous dire qu’il a pris plus de maturité dans son jeu et techniquement il est devenu encore plus à l’aise avec le ballon, avec un gros volume de jeu » observe Mathieu Buech, son ancien partenaire de jeu.

Parmi les qualités de Kamara, il y a la maturité, cette capacité à ne pas s’affoler, à garder son sang froid dans n’importe quelle situation et à faire les bons choix. « Cette maturité qu’il a, c’est voir avant les autres, comprendre avant. Il a cette faculté à analyser les situations du foot qui sont liés à l’adversaire, au partenaire, au ballon. C’est un sport multidirectionnel et multifactoriel, il faut traiter plein d’infos à la fois pour l’anticipation, l’intervention défensive. Il fait partie de ces joueurs qui ont cette capacité d’avoir compris avant. Ce n’est pas seulement ça, c’est aussi apporter la réponse tout de suite et ne pas avoir ce temps de retard. Il est en avance dans l’analyse d’une situation et dans son traitement, et c’est ce qui donne parfois ce sentiment de facilité » explique Olivier Jannuzzi. Patrice Eyraud, ancien milieu relayeur de Toulouse, Nantes ou encore Metz, est du même avis : « A 21 ans, il s’est imposé techniquement et physiquement, tactiquement il a progressé. Là-dessus, je pense qu’il a tout le bagage. Il faut aussi le mental pour s’imposer si jeune en Ligue 1, et on sent la maturité. L’impression qu’il donne, c’est que c’est un garçon sérieux qui se donne les moyens de réussir ».

La polyvalence comme atout

Défenseur central de formation, André-Villas Boas a choisi de replacer Boubacar Kamara en sentinelle, au milieu de terrain pour former avec la charnière Caleta Car-Alvaro une solide assise défensive. Une véritable réussite ! Le natif de la Soude s’est parfaitement adapté à ce qu’on lui demandait au point de faire oublier que ce changement de poste ne date que de moins d’un an. « Ça a été un peu le débat en interne, à l’OM, où il a commencé à jouer défenseur central. A l’époque, Rudi Garcia le voyait déjà un peu en sentinelle devant la défense. C’est vrai que pour moi, c’est une bonne surprise ! C’est un défenseur central de formation, mais peut-être qu’il manquait un peu de taille même s’il a un bon jeu de tête et un bon timing. Il semble à l’aise à ce poste aujourd’hui » admet son ancien entraîneur qui l’utilisait en défense centrale aux côtés de Lucas Perrin.

« C’est un joueur qui a un grand avenir. Il a un très bon état d’esprit, il est bosseur, il a du potentiel et surtout il est polyvalent, ce qui est très intéressant pour un entraîneur qui exerce au haut niveau. Je pense que c’est là où il est le mieux, en milieu défensif » observe l’ancien joueur pro de l’OM, Patrice Eyraud. Mathieu Buech, qui a joué avec lui de nombreux matchs, n’est pas d’accord avec lui : « En 6, Bouba fait de bons matchs mais je pense que le poste où il est le meilleur, c’est en défense centrale ». Quoi qu’il en soit, le jeune joueur a élargi sa palette, ce qui pourrait mettre un argument de poids dans la balance pour attirer un grand club européen de très haut niveau. En peu de temps, le défenseur central s’est métamorphosé en milieu défensif au point de ne plus savoir là où il joue le mieux. Il a progressé dans le placement, dans l’autonomie physique et il parvient à tenir 90 minutes sur le même rythme à haute intensité.

« Tout dépend aussi de ce qu’on demande spécifiquement à ce poste devant la défense. N’Golo Kanté, il a cette facilité de jambes, d’aller percuter, Kamara lui n’est pas ce profil, il joue un peu comme une sentinelle, comme un défenseur central. Après, il peut se projeter vers l’avant, mais j’ai plus le sentiment que c’est un joueur devant la défense qui récupère, qui relance, qui distribue » pense son ancien formateur Olivier Jannuzzi. Il est vrai que pour passer encore un cap et affoler un peu plus les clubs de très haut niveau, Bouba doit apporter davantage offensivement et même… marquer plus. Le jeune milieu défensif n’a inscrit que trois buts en pro. Insuffisant à son poste, même si ce n’est pas son rôle premier. Mais le voir participer un peu plus à l’animation offensive et tenter des frappes de loin ferait du bien au collectif. En ligne de mire, il s’agit sûrement de la nouvelle étape de progression qu’il faudra franchir pour se rendre indispensable à un club qui joue la victoire finale en Ligue des Champions.

Réussir dans le contexte marseillais, ce n’est pas rien !

Ils sont peu à y parvenir. Il a été formé à l’OM, dans un contexte marseillais particulier, et il s’y est imposé, en équipe première. C’est pour ça que cet argument est de taille pour prouver que Kamara a tout ce qu’il faut pour faire le bonheur d’une grosse écurie. « Sa grande force, c’est d’avoir réussi à s’imposer à l’OM. Ce n’est pas facile car il y a beaucoup d’exigence de la part des dirigeants, des supporters, du club. Il y a une pression médiatique aussi, tous les jours on parle de l’OM. C’est indiscutable, je connais ce club pour y avoir entraîné plusieurs années, c’est plus difficile de réussir ici qu’ailleurs à cause du contexte marseillais, c’est comme ça, explique Olivier Jannuzzi, même des joueurs confirmés ont eu du mal à s’imposer à l’OM. Des footballeurs réputés n’ont pas supporté cette pression. En étant titulaire dans un club où les exigences sont aussi importantes, c’est aussi un élément qui peut être essentiel quant à sa réussite dans un club étranger, en Italie ou en Angleterre par exemple ». Une capacité à gérer la pression et une expérience non négligeable à cet âge :« Pour sa jeune carrière, pour l’instant, il a un beau CV, avec une finale de Ligue Europa, même s’il était sur le banc. Quand à 21 ans, vous êtes un joueur majeur de l’équipe, ça veut dire quelque chose quand même, surtout à l’OM. Quels que soit les entraîneurs qu’il y a eu, Garcia puis Villas-Boas, qui sont deux coachs d’expérience, ils l’ont mis titulaire et lui ont donné leur confiance » ajoute Patrice Eyraud, coach du Marignane Gignac FC.

Toutes ces qualités font que Boubacar Kamara pourrait postuler à une place dans un grand club qui joue un trophée européen. Pour cela, il ne faudra pas tomber dans la facilité. « Parfois, il a tendance à tomber dans une sorte de décontraction. Quand on le regarde, on voit un joueur qui a toujours la tête levée, un joueur élégant et intelligent, comme Laurent Blanc, on a l’impression qu’il est toujours dans l’anticipation. Mais il ne faut pas tomber dans cette facilité dans laquelle les jeunes peuvent aller. Parce qu’ils sont tellement propulsés vite au haut niveau qu’ils peuvent avoir une tendance au relâchement, parce qu’aussi ils sont en avance sur les autres. C’est peut-être dans ce domaine où il faut être perfectible » prévient son ancien entraîneur. « Il a les qualités pour pouvoir taper dans un club de haut niveau, mais il doit continuer à bosser, à répéter les bonnes performances et l’opportunité se présentera, c’est certain » ajoute son ancien coéquipier. Le talent est là, maintenant il faut aller chercher plus loin. Mais alors, pourquoi pas le faire avec son club de cœur ?

Keevin Hernandez