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Boulaye Dia, nouveau briseur de Reims en Ligue 1

28/02/2019 à 17:05

Boulaye Dia (22 ans) vit une ascension fulgurante. Encore joueur amateur en Régional 2 (7e division) en 2017, le jeune attaquant a explosé la saison dernière avec Jura Sud en National 2, inscrivant 15 buts. De quoi éveiller l'intérêt de plusieurs clubs professionnels dont le Stade de Reims qui a fait signer un contrat de trois ans au natif d'Oyonnax. Retour cette folle trajectoire.

On peut aisément qualifier la saison 2017/2018 de révélation pour Boulaye Dia. Grand artisan du championnat réussi de Jura Sud (4e place) pour sa première année de joueur en National 2, il convainc grâce à ses performances (15 buts en 21 matches) le promu en Ligue 1 de lui offrir un premier contrat professionnel. Présenté officiellement comme un renfort pour le groupe Pro 2, l’enfant du PVFC Oyonnax pose les bases dès le lendemain de sa signature avec un but chez les pros lors d’un amical contre Lille (victoire 4-2). Le jeune attaquant n’a pas entrouvert la porte, il l’a fracassée : « C’est un joueur explosif, tout en vivacité et vélocité. Il est dans la créativité, on va surtout travailler sur les aspects tactiques avec lui » commentait le coach rémois David Guion après ses premiers pas et d’ajouter : « Il a été très efficace sur son premier ballon, avec une prise de balle et un enchaînement d’une grande rapidité. Il a essayé d’être discipliné dans son couloir gauche ce qui n’est pas facile car il n’avait aucun repère tactique. Il a toujours essayé d’apporter du danger, n’a pas rechigné à l’effort et a pris des initiatives, à l’image de la frappe contrée dans le dernier quart d’heure ». Il paraît que la première impression est souvent la bonne, celle laissée par Boulaye Dia a visiblement marqué les esprits.

Le Stade de Reims a pris son temps

Même si les conditions d’entraînements à Jura Sud ne s’apparentent clairement pas à de l’amateurisme avec des entraînements quotidiens, le staff du Stade de Reims s’est montré patient avant de lancer sa recrue dans le grand bain de l’élite. Ses premières gammes réalisées avec la réserve en N2, Dia goûte à quelques minutes de jeu en Ligue 1 lors de la 10e journée face à Angers. Une première apparition qui en appellera d’autres : celui qui jouait encore en Honneur Régional dans l’Ain en 2017 est depuis fréquemment appelé dans le groupe pro. S’en suit une première titularisation en L1 contre l’OM (victoire 2-1) le 2 février, puis une seconde contre Rennes quinze jours plus tard. Le droitier inscrit ce jour-là son deuxième but en championnat au bout de trois minutes, au terme d’une superbe action collective (voir ci-dessous). Une progression intéressante pour le numéro 33 qui ne possède toujours pas son nom derrière le maillot*. « Je pense que la chose à laquelle il va devoir faire attention, c’est la répétition des matches, des entraînements. C’est quelqu’un qui peut être fragile donc il doit faire attention a tout les à côtés, l’hygiène de vie… Je me doutais que le niveau CFA c’était pour lui, mais de la à dire qu’il jouerait en Ligue 1… je n’ai pas cette prétention là. Son ascension est fulgurante » juge Fabrice Nard, son ancien entraîneur en HR à Oyonnax (01).

L’actuel responsable technique du club de l’Ain se souvient encore : « C’était un jeune joueur avec un gros potentiel technique et athlétique, largement au dessus de la moyenne. Il n’a pas fait de grosses saisons (entre 2015 et 2017) avec moi car il a aussi connu des blessures. Ça ronronnait un petit peu, il n’était pas toujours efficace. En fait, il avait encore un football « de jeune ». On voyait qu’il lui manquait du sérieux et de la rigueur. D’ailleurs, à ce sujet, lui me disait « qu’il serait sérieux le jour où il serait plus haut ». De la parole à l’acte, il n’y a qu’un pas. Pascal Moulin, son entraîneur à Jura Sud (N2) la saison dernière peut en témoigner : « C’est un jeune qui était déjà passé en jeune chez nous (U17 National) avant de repartir sur Oyonnax. J’avais eu des échos sur ses qualités. J’ai fait passer quelques messages pour le faire venir, mais j’ai attendu qu’il m’appelle lui, plutôt que ce soit moi qui fasse la démarche. Au début, il n’osait pas téléphoner, puis il a pris son courage a deux mains. On a bien discuté ensemble avant qu’il s’entraîne, je voulais connaître ses motivations ».

« J’ai demandé à mes présidents de lui faire signer un contrat fédéral de trois ans. Il avait le potentiel pour aller en pro »

Les échanges terminés, c’est sur les terrains d’entraînements jurassois que Dia convainc définitivement le technicien. Deux séances suffiront aux deux parties pour unir leur destinée. « Ça a été rapide de déceler ses qualités, son talent. C’est quelqu’un qui ne s’est pas posé de questions à son arrivée. On voyait qu’il avait confiance en lui. Il y avait tout pour qu’il s’épanouisse chez nous. Il vivait chez ses parents, était proche de ses amis. Cela lui a permis de sortir du cadre d’Oyonnax où il avait peut-être fait un peu le tour ». Surtout, Pascal Moulin se rend vite compte qu’il tient entre ses mains un petit joyau destiné à briller bien plus haut. « Je fais rarement cette démarche, mais pour Boulaye, j’ai demandé à mes présidents de lui faire signer un contrat fédéral de trois ans. J’ai décelé son potentiel pour aller en pro, un joueur avec de telles qualités entre ses mains, ce n’est pas tous les jours qu’on en a. Avoir un contrat salarié et ne faire que du foot ne pouvait que l’aider à s’épanouir davantage ». Au sein du groupe aussi, le natif d’Oyonnax fait son trou. « Boulaye, c’est la bonne surprise de la saison dernière dans le sens où il est arrivé sur la pointe des pieds. Il ne faisait pas de vagues alors que c’était de loin notre meilleur joueur. Dans le groupe, c’était quelqu’un de timide mais qui savait aussi rigoler. Sur le terrain, il fait partie des joueurs qui vont plus vite avec la balle que sans la balle, ce qui n’est pas forcément simple. Il est capable d’enchainements affolants en laissant deux ou trois joueurs sur le carreau comme on l’a vu avec Reims contre Montpellier. Mais ce n’est pas qu’un attaquant de profondeur, il sait aussi garder les ballons dos au but » note Maxime Moisy, son ancien coéquipier et capitaine à Jura Sud.

‘Il écoute, apprend et assimile vite. Il n’est qu’au début de sa progression »

Interrogé sur l’adaptation rapide de son ancien protégé en Champagne, Pascal Moulin se montre tout sauf étonné : « Aujourd’hui, beaucoup de gens vont vous dire qu’ils savaient que Boulaye jouerait en Ligue 1, qu’ils avaient vu le potentiel… Mais en vérité, ce n’est pas le cas. Me concernant, je ne suis pas surpris de ce qui lui arrive. Il écoute, apprend et assimile vite. En une dizaine d’apparitions, il compte déjà deux buts, un pénalty provoqué… Il n’est peut-être pas passé par un centre de formation, mais il n’est encore qu’au début de sa progression. On espère en tout cas qu’il continuera sous sa lancée ». Suivi par l’Olympique Lyonnais chez les U13/U15, l’attaquant de 22 ans possède, à l’instar de plus en plus de joueurs, un parcours atypique du fait de son éclosion tardive. D’un côté, sa trajectoire est intéressante car elle montre que tout est possible. Mais des joueurs du profil de Boulaye Dia, il y en a un paquet qui se cassent les dents. Donc ce que je dis, c’est que lorsqu’on est joueur, c’est bien de rêver, mais il faut le faire les pieds sur terre » calme Fabrice Nard, admiratif de la dimension prise par son ancien joueur. Un élément « de nature calme, qui ne disait pas un mot sur le terrain, ne prenait jamais de carton. En fait, un leader technique » résume-t-il encore. Maxime Moisy lui emboîte le pas : « Il s’est imposé sur le front de l’attaque puis est devenu notre maillon fort. Mais ce qui m’a vraiment plu en jouant à ses côtés, c’est qu’au delà de ses performances et des clubs qui lui tournaient autour, il ne se prenait pas pour un autre. Donc on n’est pas trop surpris non plus ici de sa réussite. Le seul bémol qu’on peut mettre, c’est qu’il a été pas mal blessé. Je ne dis pas qu’on serait monté si on l’avait eu toute la saison, mais on en aurait été plus proche » s’imagine quand même le capitaine de Si Jura Sud. Car s’ils n’ont pu accrocher la montée en National 1 tous ensemble, Boulaye Dia a lui bien pris son envol. Du fait de son contrat fédéral de trois ans, une manière aussi pour le club amateur de sécuriser l’avenir du joueur, le Stade de Reims a dû payer une indemnité de transfert (non communiquée) pour que les dirigeants jurassiens acceptent de libérer leur homme fort. Et ce n’est pas la Ligue des Talents qui se plaindra de compter un briseur de « Reims » supplémentaires dans ses rangs.

*Toutes les équipes doivent disposer d’un maillot numéroté 33, non attribué à un joueur et réservé aux remplacements de dernière heure (réglement LFP).

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