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Cavigal Nice, une histoire de valeur(s)

10/10/2018 à 16:29

Pendant longtemps, il a été l'égal de l'AS Monaco, de l'OGC Nice ou de l'Olympique de Marseille. Dans le Sud-Est, le Cavigal Nice Sports, club omnisports né en 1943, est un monument. Capable de former et de lancer des Robert Herbin, Dominique Baratelli ou Daniel Sanchez entre les années 50 et 80, il connaît une pénurie depuis 20 ans des joueurs devenus professionnels, hormis Anthony Scaramozzino ou Alexy Bosetti. Alors, le Cavi', capable d'être le seul club au monde dont le maillot était fabriqué par Façonnable, veut s'appuyer de nouveau sur son rôle social et son état d'esprit familial pour retrouver le lustre d'antan.

Les barres d’immeubles d’un côté, l’entrée surélevée de l’autre le cachent, comme un trésor soigneusement gardé. A l’ombre de ces bâtiments, il préserve ce sentiment d’arène, accessible par un corridor d’une dizaine de mètres. Prêt à accueillir les combats menés par un club rouge et noir, né en 1943, et qui s’est construit, depuis, une réputation auprès de la jeunesse de Nice. Autant que celui qu’il accueille, le stade Bob Rémond est devenu, au fil des années, une institution dans le sport niçois. Là, dans les quartiers Est de la ville, il fait depuis 1999-2000, le bonheur d’un monument : le Cavigal. Et peut devenir une bouilloire, ainsi que le décrit Anthony Scaramozzino, qui y a joué en tant qu’hôte et que visiteur avec l’OGCN. « On les avait affrontés en Gambardella (en 2003), on avait perdu aux pénalties. Il y a de l’ambiance, c’est compliqué à jouer. Pour des clubs amateurs, c’est rare d’avoir une ferveur aussi importante. »

Saurez-vous retrouver Eric Roy ?

« C’est un club à part, un esprit à part », justifie Alain Terenziani, président des anciens du Cavigal. Créé juste avant la fin de la deuxième guerre mondiale, de la fusion de trois structures (AS Casino, AS Victorine et Gallia Club), il débute son essor dès 1946, quand il devient omnisports. « La fusion n’était pas un passage obligatoire pour exister. Mais ce sont des hommes de valeurs qui se sont tapés dans la main avec l’envie de garder le club. Le but était d’aider les jeunes et sortir de cette morosité. Il fallait tout refaire, c’était extrêmement compliqué à l’époque. On lavait les maillots une fois par mois. Il n’y avait pas d’argent », retrace Diego Noto, figure historique du Cavigal et président actuel de la section omnisports. Et s’il a « fallu une dizaine d’années pour structurer le club, car on a vécu très longtemps avec d’énormes difficultés financières ou structurelles », poursuit Noto, les résultats se font très tôt ressentir. Champion minimes départemental en 1946, il accueille déjà de futurs professionnels. Le premier d’entre eux s’appelle Robert Herbin, qui deviendra multiple champion de France, international tricolore et entraîneur de l’AS Saint-Etienne 1976.

En 1973, le Cavigal arrête les seniors

Depuis près de 70 ans, ce sont 150 joueurs qui sont devenus professionnels. Dans la liste, Louis Ferry, Francis Camerini, Dominique Baratelli, Eric Roy ou, plus récemment, Alexy Bosetti (Laval) et Francesco Migliore (Genoa). Des noms qui savent ce qu’ils doivent au Cavigal. « Il a contribué à me faire arriver où j’en suis. Tous ceux qui ont fait carrière lui doivent quelque chose. Ils ont bénéficié de cette formation et de cet état d’esprit », convient Daniel Sanchez, ancien coach de Tours ou Valenciennes.

Ce serait donc ça, la recette magique pour résister depuis 75 ans au temps et aux mastodontes de la zone sud-est ? Car, face à l’OM, l’OGC Nice, l’AS Monaco ou encore des structures historiques comme l’AS Cannes, le FC Martigues et le SC Toulon, le « Cavi » n’a jamais fait tâche. Mieux, il a longtemps trusté les premiers rangs, chez les jeunes, qu’il a privilégié à partir de 1973, quand ses seniors devaient monter au 3e niveau français. « Il fallait rémunérer les joueurs. Au niveau de l’état d’esprit du Cavigal, on a dit qu’on n’était pas là pour ça, mais pour aider les enfants », martèle Noto. Exit les adultes, donc. Exclusivité est donnée à la jeunesse. Ça paye. « Ma génération n’a jamais perdu contre l’OGC Nice, Monaco, l’OM ou Cannes. On a perdu (1 – 0) contre le Montpellier de Laurent Blanc. On tape deux fois la barre. Ils avaient une très belle équipe », se souvient Alain Terenziani. A l’époque, les juniors du club multiplient les victoires. « En 79 ou 80, on a disputé et gagné un tournoi à Saint-Etienne où il y avait Laurent Roussey, Laurent Paganelli. On avait fait un tournoi à Lille où il y avait de grands clubs étrangers, comme le Real ou le Liverpool de Ian Rush. On avait des qualités énormes, mais on restait au Cavigal », continue le président des anciens.

Maurice Cohen, président du Cavigal et de l’OGC Nice en même temps

Parce que le club niçois est construit sur une histoire d’Hommes. « Le Cavigal a été fait par des bénévoles. Ils ont donné leur vie pour que les gamins puissent faire quelque chose. Comme Bob Rémond. » Robert Rémond, que cite Alain Terenziani, a donné son nom à l’antre du club, dans le quartier Saint-Roch. « Il était incontournable jusqu’au début des années 2000, il était connu comme le loup blanc, avec un caractère fort », rembobine Diego Noto. Il est surtout le symbole d’une structure unique, où on arrive joueur, avant de devenir éducateur, puis dirigeant. L’un des exemples s’appelle Maurice Cohen. « En 1965 environ, j’ai démarré comme poussin ou pupille. J’étais un bon joueur moyen, jusqu’en critérium junior. Je n’étais pas excellent, donc je suis devenu entraîneur des jeunes au milieu des années 70. J’ai eu les débutants, les poussins, les benjamins, les pupilles et les minimes », confie-t-il. Champion Sud Est pupilles et minimes, avec un certain François Soler, il est devenu président de la section foot (95-98), président de la section basket (2000-2002) puis président général du Cavigal (2000-2009). « J’ai été le premier à être en même temps en place dans ce club et à l’OGC Nice », sourit celui qui a été en charge du club professionnel de 2002 à 2009. « Après, j’ai laissé ma place à mon ami Diego ».

Un ami qui est le garant aujourd’hui de l’esprit Cavigal, qu’il aime à cultiver dans toutes les sections, via le célèbre maillot rouge doté d’une bande noire et d’une blanche, jointes, qu’il souhaite voir renaître dans les prochains mois. Une tunique, probablement la seule au monde produite par la marque niçoise Façonnable, dont le fondateur a joué au Cavi’, qui était reconnaissable entre tous et a fait la fierté de ceux qui l’ont portée. « J’ai signé ma première licence à l’âge de 11 ans. J’y ai fréquenté toutes les catégories, mais surtout, j’y ai appris certaines valeurs. Après avoir arrêté ma carrière de footballeur amateur, M. Noto m’a sollicité pour encadrer à mon tour des équipes de jeunes. Ce que j’ai fait pendant une dizaine d’années, en essayant de rendre à ce club ce qu’il m’avait apporté », a confié récemment Roland Chircop, élu président de la section football en avril, à Nice-Matin. Avec une envie : revivre le lustre d’antan. « On aimerait retrouver ce qui fait notre identité. Je pense, que ces derniers temps, on avait un peu perdu nos valeurs. D’ailleurs, avant d’accéder à la présidence, je ne m’y retrouvais plus trop, par rapport notamment à tout ce qu’on m’a inculqué quand j’étais jeune. Le but, donc, c’est de redevenir le Cavigal d’avant. Un club familial et populaire. On doit revenir une famille, avec ces notions de combativité, de respect », poursuivait le dirigeant dans le quotidien.

Louis Ferry, le gardien, est devenu professionnel à l’OGC Nice.

Cette reconstruction se fait par un travail au quotidien. Et une image. « Pour moi, le Cavigal représente une école de la vie. C’est un club qu’on ne trouve nulle part ailleurs », plante Diego Noto. « Beaucoup ont évité de grosses conneries en étant au Cavigal. C’est un vrai club familial, avec un travail très important au niveau social. Le respect, c’est ce qu’on nous a inculqué. C’est pour ça que les gens passés sont restés attachés. C’est le respect tout en allant vers la compétition », précise Maurice Cohen. « Pour ce qui est du recrutement, le niveau éducatif est aussi important que le joueur. Le football, même si c’est important, on ne le fait pas passer en premier. Mais la vie sociale. Aux jeunes, le discours, c’est toujours les études avant tout. Combien de perles on a eu qui ne sont jamais devenus pros, parce qu’ils n’ont pas eu la mentalité pour le devenir », se demande Diego Noto, en laissant la réponse dans la question. Il faut donc trouver un compromis entre équilibre social et niveau du joueur. « C’est possible selon moi », assure Daniel Sanchez. « Il y a une forme d’exigence vis à vis de soi, ce que l’on fait. Ça peut se faire avec les autres, pas en les écrasant. Il faut avoir une certaine éducation, une éthique pour avancer dans le foot ou la vie. Ça a toujours été le leitmotiv, c’est toujours pareil ». L’ancien technicien de l’OGC Nice, qui annonce avoir probablement mis un terme à sa carrière, continue : « Le Cavigal a sa particularité, il est dans la ville, dans les quartiers populaires. Il a sa réputation. Je venais des quartiers ouest, je traversais toute la ville pour venir m’entraîner. C’était un grand club, ça l’est toujours. Il est réputé par ses antécédents. On avait entendu parler des Herbin, Gallina, Camerini, Rostagni, Marchetti, Baratelli, tous ces gens passés par le Cavigal qui sont devenus professionnels. C’était une référence. »

Daniel Sanchez, seul amateur au côté des pros en Equipe de France

La notoriété fait toujours la force de l’institution. « Aucune famille de Nice ne connaît pas le Cavigal », assure Alain Terenziani. « 90 % des gosses qui viennent le font naturellement. A nous de les repérer, de les garder », commente Diego Noto. Une tâche qui n’est pas toujours facile. « A mon époque, c’est une génération d’équipe qui montait. On ne partait pas, car on était bien, il y avait un esprit, les copains. Il n’y a pas le côté professionnalisme qu’il y a maintenant », développe Alain Terenziani. « Camerini est parti à 16-17 ans, Baratelli a joué jusqu’en juniors au club, ça ne l’a pas empêché d’être pro. Aujourd’hui, le Cavigal est un club omnisports populaire au sens noble du terme. Il a des gosses qui viennent s’entraîner. Mais, maintenant, c’est difficile d’en sortir, car, vers 12-13 ans, ils rentrent dans des clubs professionnels. Ils sont structurés, ils viennent repérer et profitent de leur centre de formation qui ont plus d’espace d’entraînement, plus de temps », constate Maurice Cohen. Une culture que pointe aussi Daniel Sanchez, qui raconte une anecdote. « Quand j’étais en Équipe de France juniors, j’évoluais avec Roland Courbis, René Girard, Dominique Bathenay, Maxime Bossis. Toute l’équipe était dans des clubs pros, à part moi, qui étais au Cavigal. On avait fait un tournoi UEFA en 1972. Le foot a évolué. Les plus jeunes s’en vont plus tôt. Au niveau national, c’est pratiquement impossible de retrouver des jeunes de club amateur en équipe de France U17-U18. Ca n’enlève pas la qualité du travail. »

Car le Cavigal continue de sortir des talents. Chez les plus jeunes, les bases sont mises en pratique très tôt. Sans jamais renier son travail social, il n’oublie pas sa culture de l’excellence, par le jeu. « On a toujours privilégié la qualité technique pour être parmi les meilleurs », ne se cache pas Diego Noto. Quitte à avoir dérangé à un moment le grand club de la ville, l’OGC Nice. « Dans les années 70-80, les jeunes voulaient jouer au Cavigal plutôt qu’à l’OGC Nice. Notre vie commune s’est faite de hauts et de bas. Au niveau professionnel, il n’y a jamais eu d’ambiguïté. Au niveau des jeunes, il y avait un peu de tension », convient le dirigeant historique. « Déjà dans les années 50, l’image de l’OGC Nice qui grandissait ne nous a jamais posé problème. Ce qu’on voulait, c’était d’être hyper performants dans nos championnats de jeune. La rivalité aurait dû être naturelle. Elle s’est transformée en gué-guerre. » Le temps et les hommes ont fait baisser la tension. L’arrivée de Maurice Cohen à la tête de l’équipe professionnelle a stabilisé les liens. « J’ai favorisé les relations entre les dirigeants. J’ai créé une bonne passerelle. Il faut qu’elle continue. Ça demande de la psychologie, du respect et du dialogue », juge l’ancien dirigeant des deux clubs. « Aujourd’hui, tout se passe bien entre nous », rassure Diego Noto. « Plus le Cavigal a été fort, plus l’OGC Nice a été fort. C’est le petit frère dont il y a besoin. La plupart des dirigeants de l’OGC Nice de maintenant, surtout à l’association, sont passés au Cavigal », rappelle Alain Terenziani. Une entente mutuelle qui permet le passage de joueurs comme Thomas Cipriano, qui a rejoint le Gym à l’été 2017, en passant des U17 DH aux U19 Nationaux.

Cordialité entre les hommes, rivalité sur le terrain. Entre ses deux meilleurs ennemis, un jour, peut-être, Nice va retrouver les grandes batailles d’antan au niveau National. Qu’il n’a plus connu depuis 2010. Ce n’est pas passé loin l’an dernier, puisque le Cavigal était proche de monter en U17 Nationaux. Le stade Bob Rémond attend patiemment de revivre ces plus belles heures car, comme le rappelle Anthony Scaramozzino, « il y avait une grosse rivalité. On était motivé pour les battre. La suprématie de la ville était en jeu (sourires). » En ce 75e anniversaire, les souvenirs du passé ne demandent qu’à remonter…

Roger Ricort, ancien directeur sportif de l’OGC Nice, se trouve en haut à droite.

T.M.

Crédit photos : Cavigal / Visuel : R.B. – Actufoot