Dossier

Championnats de jeunes : c’est quoi cette réforme ?

21/03/2019 à 11:28

Si la réforme des championnats de jeunes n'avance pas au même rythme, d'une région à l'autre, si son impact ne sera forcément pas le même selon que vous êtes un club rural en quête d'effectif ou un club urbain qui n'a que l'embarras du choix, elle repose pour tous sur la nécessité de ramener l'apprentissage et la formation au coeur des préoccupations des éducateurs et des clubs.

Parce qu’il devenait urgent de redonner un nouveau souffle à des compétitions qui avaient trop tendance à privilégier les résultats à court terme, donc les profils de joueurs matures et immédiatement plus efficaces que les autres, les clubs capables de recruter très tôt et en quantité pour mieux asseoir leur suprématie, parce que la déperdition des licenciés entre les U17 et les U19 devenait préoccupante, cette réforme des championnats de jeunes était une nécessité. Une dizaine d’années après avoir abandonné les traditionnelles catégories minimes, cadets, juniors… qui s’articulaient sur deux saisons, pour introduire les U11, U12, U13, U14 et U15, sur le modèle de la plupart de nos voisins européens, cette refonte a aussi, et surtout, pour but, d’en finir avec le « foot héritage » pour offrir un « foot au mérite » aux nouvelles générations. Dans la ligue de Bretagne, Fabrice Morel, le CTR, qui a conçu la nouvelle architecture des compétitions de jeunes, se félicite « de basculer sur un football différent avec des générations qui auront désormais la possibilité de jouer à leur vrai niveau, et pas forcément à celui dont elles ont hérité. » Avec l’apparition de deux phases de compétition, une jusqu’en décembre, l’autre jusqu’au printemps, la possibilité est offerte aux clubs de mieux se situer et ainsi d’en finir avec des saisons galères d’une équipe qui avait hérité d’un championnat trop relevé pour elle et qui pouvait passer une saison complète sans gagner un match. « Pour la fidélisation, ce scénario était une catastrophe » précise justement Fabrice Morel.

En finir avec le « foot héritage » pour aller vers le « foot au mérite »

D’autre part, pour pérenniser la présence au plus haut niveau d’une de leurs équipes, alors que la relève peut se faire attendre, beaucoup de clubs n’hésitent pas à recruter massivement, au risque évident de négliger les règles fondamentales qui doivent animer tous les éducateurs dignes de ce nom, au risque de dépouiller d’autres clubs de leurs meilleurs éléments, d’entretenir une sorte de mercato des jeunes qui ne fait qu’entretenir l’illusion de la formation et renforcer la dimension individuelle du football dans les plus basses catégories. La philosophie générale de la réforme tend à diminuer l’impact de ces mauvaises habitudes, forcément inspirées du monde pro, pour obliger les clubs à travailler dans la durée, et à évoluer à leur juste niveau, celui qu’une génération sera désormais en charge de maintenir, ou pas, d’une catégorie à l’autre. « Le système des brassages permet aussi à ceux qui le mériteraient de monter de deux niveaux en une saison », précise le technicien breton. Avec l’avantage aussi d’ouvrir d’autres perspectives à des clubs de district qui réalisent du bon travail mais voient régulièrement leurs meilleurs joueurs partir pour évoluer à un meilleur niveau. Avec ce nouveau schéma, « je suis convaincu que ça va permettre à un club de quartier qui a une bonne génération de voir autre chose que le niveau District », nous dit Laurent Mouret le DTR de la ligue Méditerranée. « Et ça peut contribuer à la fidélisation. » Les hiérarchies ainsi moins figées, la DTN espère susciter d’autres vocations, encourager l’émergence de nouvelles places fortes, obliger à se remettre en cause ceux qui ne bâtissent leur succès qu’en récupérant le travail de formation des autres, en amont, et en comptant davantage sur le pouvoir d’attractivité que leur confère leur niveau de pratique que sur leur savoir-faire en matière de formation.

Revaloriser les profils moins physiques

Ce qui nous amène à un autre enjeu, essentiel, de la réforme : permettre à tous les profils d’avoir un maximum de temps de jeu quand, aujourd’hui, avec des catégories segmentées sur deux ans, les « première année » sont souvent négligés, ceux qui sont à maturation plus lente, ou ont de petits gabarits. « C’est ce constat qui est à l’origine de la création des U16″, nous dit Jérôme Monot, DTR de la ligue du Centre Val de Loire, « pour permettre aux meilleurs « première année » de la catégorie U17 de jouer contre d’autres « première année » de leur niveau. La DTN prend de plus en plus en compte, dans les critères de sélection, les joueurs à maturation plus tardive. » Pour tous ces joueurs immatures et pas encore formés physiquement, mais qui sentent le jeu, respirent l’intelligence et sont de bons techniciens, la réforme devrait être une vraie bouffée d’oxygène. Elle a vocation à les sortir de l’ombre de profils plus athlétiques mais moins football qui ont trop longtemps eu la priorité aux yeux d’éducateurs et de clubs uniquement préoccupés par la compétition, le classement, le résultat…

De la théorie à la pratique…

Forcément séduisantes sur le papier, ces réformes inquiètent sur le terrain. Les clubs de district notamment redoutent de ne pas pouvoir aligner tous les ans des effectifs suffisants, et d’être pénalisés au final. Grâce aux efforts de communication des cadres de la FFF, au contact des ligues et des districts, sur le terrain, une vraie remise en cause a permis d’avancer et de rassurer. « Cette réforme est intéressante car elle bouscule les habitudes et active les réflexions pour parvenir à une solution finale de bon sens, la meilleure solution possible pour le football jeunes à 11 » positive Fabrice Morel qui, de concertations en réunions, de présentations en validations, travaille sur le sujet depuis une bonne année, conscient que la phase la plus délicate sera peut-être celle de la transition, pour passer d’une pyramide à l’autre, d’une logique à l’autre. « Si des divergences existent sur la pertinence d’instaurer des saisons sur deux phases, parce que certains ont peur de ne pas avoir le temps, en une demi-saison, de lancer une dynamique et de mettre leur équipe au niveau, on leur dit qu’ils ont désormais deux possibilités de monter sur une saison », poursuit-il. « Et on les renvoie aussi (surtout : ndlr) sur leur projet pédagogique et sur la cohérence de compétitions plus homogènes. »

Après la réforme territoriale qui avait obligé les clubs à reformater leur disque dur, cette réforme des championnats de jeunes n’arrive pas forcément au meilleur moment mais elle a l’immense mérite d’obliger les clubs et les éducateurs à revoir certains principes de fonctionnement qui n’allaient pas forcément dans le sens de l’intérêt des jeunes joueurs. Responsable des compétitions jeunes au sein de la FFF, Pierre Nespoux ne dit pas autre chose lorsqu’il nous dit : « La DTN a fait un constat pour le haut-niveau (articulation R1-National) et des préconisations pour aller vers un principe de promotion générationnelle qui permet la promotion des joueurs et non seulement celle du club ». Désormais sur les rails, la réforme ne devrait produire ses premiers effets que d’ici quelques années, Jérôme Monot à Châteauroux parle « de quatre ou cinq ans avant de juger de ses bienfaits, le temps de laisser vivre ces nouvelles compétitions et éventuellement de les réévaluer. » Pour certains, forcément, c’est une révolution. Pour d’autres, la confirmation qu’ils sont sur le bon chemin lorsqu’ils considèrent l’intérêt des jeunes avant tout, qu’ils leur laissent le temps de grandir à leur rythme, qu’ils ne se laissent pas aveugler par le court terme et la quête du résultat à tout prix. Ceux là, forcément, ont déjà un temps d’avance.

F.D.