InterviewFondation PSG

Christine Le Gal : « la vocation de la Fondation PSG est complémentaire au club »

27/08/2017 à 12:28

Rencontre avec Christine Le Gal, directrice de la Fondation PSG, qui a accepté de se confier à Actufoot avec passion et simplicité. Un régal sans mot !

Christine, pourquoi et comment s’est lancée la Fondation Paris Saint Germain ?

C’était il y a près de 17 ans. A l’époque, l’actionnaire du club était Canal Plus, et à son arrivée Laurent Perpere, lorsqu’il a pris la présidence du Paris Saint-Germain, a tout de suite pensé qu’on ne pouvait pas être un grand club si on n’avait pas en même temps, un véritable engagement sur le terrain social, un engagement citoyen. C’était une belle idée. J’ai beaucoup travaillé sur les sujets d’insertions professionnelles. Je me suis investie dans ce projet qui est porté à la fois par le club sans être confondu avec lui. La vocation de la Fondation est complémentaire au club. Je lui ai proposé deux choses : de créer une fondation d’entreprise (nouveau concept en France). Il me semblait indispensable que si le club s’engageait, que ça soit dans une structure faite pour ça, qu’il n’y ait pas de risque de confusion entre les objectifs que le club poursuit, et le projet qui serait à vocation sociale. Le deuxième point était de prendre un engagement qui résiste au temps, aux turbulences, de construire des projets, les concevoir, les produire, diffuser une image, faire rayonner le club. A son arrivée à la tête du club, Nasser Al-Khelaifi a souhaité prendre symboliquement la présidence de la fondation. Il nous a donné plus de moyens pour pouvoir développer nos actions. Depuis la fondation n’a fait que grandir, elle construit beaucoup de programmes.

Combien de personnes travaillent pour la Fondation ?

Il y a 24 personnes qui sont dédiées à 100% à l’activité de la fondation, certaines sont expérimentées et font partie de l’équipe cadre et d’autres sont en formation, à qui nous apprenons un métier et qui contribuent également à l’activité de la fondation. Nous avons un programme d’aide à l’insertion professionnelle de jeunes adultes qui nous permet d’accompagner une dizaine de jeunes tous les ans pour des durées parfois assez longues, pour retrouver le goût d’apprendre, la confiance. Nous sommes là pour leur donner envie de réussir. Et ça marche bien.

Quelles sont les actions sociales portées par la Fondation ?

Nous avons trois grandes missions. D’abord, l’insertion sociale et professionnelle de jeunes adultes, un engagement très fort de chacun d’entre nous, un accompagnement de 2, 3, 4, 5 ans. Ce sont de longs process. Par notre aide, ils sont armés pour faire face au monde professionnel et en plus, on leur permet d’emmagasiner une bonne dose de confiance en eux et c’est utile pour la suite.

Le deuxième point est celui qui touche les enfants…

C’est la chose la plus importante en engagement, en temps : les enfants des quartiers populaires, des enfants en difficulté, des quartiers défavorisés. On a une palette large de programmes. Ils ont tous en commun d’être pilotés par nous en direct, pour les enfants d’Île-de-France en majorité. Des programmes pour des enfants qui ne partent pas en vacances. En ce moment, nous sommes à Clairefontaine pour toute la semaine (groupe de 30 enfants). Un moment exceptionnel, on apprend à vivre en groupe, le respect, la solidarité. Au sein de cette grande famille de programmes, nous allons trouver « Allez les filles », car dans certains quartiers, c’est devenu compliqué pour les filles de pratiquer un sport. Et compte tenu de la magnifique vitrine de notre équipe féminine. On a réfléchi à impliquer nos filles dans un programme dédié aux jeunes filles qui ne peuvent pas pratiquer du sport. Les joueuses du PSG sont les marraines de jeunes filles de 8 à 13 ans, c’est un programme d’un an, de découverte et d’initiation à différents sports (pas uniquement le football) qu’elles en choisissent un en fin d’année, qu’elles s’inscrivent dans un club, et qu’on leur offre leur licence. Et on leur offre aussi une semaine de vacances à Clairefontaine ou ailleurs. C’est un programme que l’on aime beaucoup car il a beaucoup de sens et nous permet une forte implication de l’équipe féminine. Après il y aussi l’école Rouge et Bleu, un programme périscolaire pour accompagner les enfants vers la réussite grâce à des activités sportives, éducatives et culturelles.

Il y a également des actions avec les enfants malades ?

Bien sûr avec un seul objectif, leur apporter du réconfort et répondre à toutes les demandes que nous recevons. On accueille à tous les matchs du PSG les enfants dans des conditions VIP, on leur offre un maillot floqué. C’est un engagement sans limite pour eux. Sinon, il y a aussi la visite des enfants à l’hôpital Necker (Paris 15ème). Tous ceux qui peuvent apporter du réconfort à un enfant malade se décarcassent. Nous sommes encouragés par le corps médical. On a eu assez souvent des retours de médecins pour nous remercier de l’aide apportée sur leur moral, sur l’envie de se battre. Quelquefois, c’est difficile et émouvant, mais on le fait sans retenue. Les besoins sont sans limite. Il y une utilité à ce que l’on fait ! On va leur apporter un petit rayon de soleil. On a multiplié par 3 notre activité en 5 ans tout en maintenant la qualité qui est essentielle pour nous. Il est important que la qualité soit maintenue voire perpétuellement améliorée.

Quelles sont les valeurs développées par la Fondation ?

La solidarité, le partage. Je pense qu’il faut un engagement très fort de notre part, des objectifs très clairs, bien formulés : utiliser le sport pour permettre à des enfants de s’épanouir, de trouver plus de confiance en eux, d’avoir des moments heureux dans une vie qui ne l’est pas forcément. On a une chance incroyable, dès qu’il y a un sens, que ça nous semble utile, on peut creuser une idée, la développer et la réaliser. Un exemple récent qui me vient à l’esprit, on a lancé un programme de solidarité avec nos abonnés. S’ils décident de ne pas venir au match pour diverses raisons, on a mis en place grâce à la bonne complicité avec le service billetterie, un programme qui permet à nos abonnés de nous offrir leurs places et de les laisser aux enfants aidés par la Fondation. Dès qu’une fenêtre s’ouvre, on regarde si l’idée est pertinente, on y travaille et pourquoi pas, on met en œuvre.

Une première école Rouge et Bleu ouverte dans le XIXème arrondissement en 2016, quels sont les premiers enseignements ? Quelles sont les prochaines ouvertures prévues d’écoles en Île-de-France et à l’international ?

A un moment donné, nous nous sommes dit que l’échec scolaire en France est un véritable drame. On a pensé à un engagement plus long sur la durée pour les enfants des quartiers sensibles et en particulier après l’école (« After school »). On a donné le nom de Rouge et Bleu, pour les couleurs du club. Aujourd’hui, le programme a été bien adopté. Au bout d’un an avec un regard extérieur par une agence indépendante, on se rend compte que nous sommes dans la bonne voie, une assiduité extraordinaire des enfants, un résultat sur la confiance en soi, dans le « lire, écrire, compter », dans l’intérêt qu’ils voient à pratiquer une activité sportive. Aujourd’hui, les objectifs qu’on s’était fixés, on les atteint. Nous sommes prêts pour la duplication, à Mantes la Jolie, au Val Fourré (78) avec un appui, une aide du conseil départemental des Yvelines et de la Ville de Mantes la Jolie, qui est juste exceptionnel. Si tout va bien, début 2018, il y aura l’ouverture de la deuxième Ecole. En projets, à court, moyen terme, il y aura Poissy dans l’enceinte même du futur centre d’entraînement du PSG (2019-2020) avec notre futur lieu d’accueil de vacances des enfants, de programmes tout au long de l’année. Il y a aussi un projet qui nous tient à cœur, avoir une Ecole Rouge et Bleu même dans l’hôpital Necker.

Pourquoi le XIXème arrondissement, Mantes La Jolie ?

On a d’abord conçu le programme dans ses grandes lignes, l’Ecole Rouge et Bleu. Ensuite, j’ai rencontré la mairie de Paris, le maire adjoint de l’époque, une fois que le projet était présentable. J’ai soumis le projet qui avait du sens, qui avait un intérêt à être fait d’abord à Paris et dans un quartier populaire. Et depuis, on ne peut que s’en féliciter parce que, nous sommes tout à fait dans notre élément. C’est le quartier qu’il nous fallait. Pour Mantes la Jolie, c’est aussi une histoire de relations humaines. Je travaille quelquefois avec les conseillers du maire et lorsqu’il a été question d’une deuxième école, c’était évident que ça serait dans les Yvelines car le club à deux points d’ancrage, c’est Paris et le département des Yvelines. On a étudié le site de Mantes la Jolie et on a adhéré à la localisation. Il y a eu une adhésion au projet, un partenariat exceptionnel.

Qui peut aider votre Fondation dans son développement ?

Tout le monde peut nous aider ! Toutes les bonnes volontés sont les bienvenues, en matière de ressources. On a une équipe et on ne fait pas appel à du bénévolat. J’ai créé un fonds de dotation il y a 4 ans, pour que tous ceux qui ont envie, qui ont la possibilité de nous accompagner, puissent le faire. Sinon, j’ai un rêve, j’espère un jour que tous nos sponsors seront à nos côtés, que toute la communauté PSG nous accompagnera. Aujourd’hui, on a la mairie de Paris qui nous aide, le département des Yvelines qui nous aide, on a des mécènes aussi sans oublier le Gala annuel pour faire une soirée à la fois festive, joyeuse et lucrative.

Quelles sont vos principales satisfactions depuis sa création ?

C’est une joie immense lorsque je reçois le permis de construire pour l’école Rouge et Bleu ! Parce que ce sont des démarches compliquées, il y a eu beaucoup de réflexion. La ville de Paris a tout fait pour raccourcir les délais, pour nous rendre les choses rapides et faciles. Mais n’empêche lorsque l’on a le permis de construire entre les mains, on se dit que ce n’est plus un projet mais ça devient un chantier. On ressent un grand soulagement. Il y a eu une vraie adhésion. Comme deuxième moment d’exception, c’est le jour où je reçois un appel d’un médecin de l’hôpital Necker-Enfants malades au sujet d’un enfant malade qui avait entamé une grève de la faim, qui avait totalement baissé les bras. Et comme ce jeune était fou du PSG, j’ai trouvé un joueur du PSG (Javier Pastore) qui était disponible pour aller le voir pendant deux heures dans sa chambre. Et le soir même, le médecin m’appelle pour me dire que ce jeune a recommencé à parler et à manger. Ça vaut le coup de déplacer des montagnes.

Quels sont vos souhaits pour les années futures ?

Je veux que la Fondation soit solidement ancrée au club, que l’on puisse trouver des solutions de pérennisation, pour que la Fondation devienne solide et bâtie pour les vingt prochaines années. Ce n’est pas du domaine du rêve mais du domaine du possible.

Crédit photo : Fondation PSG