InterviewSéquence Coach

Christophe Pélissier : « On ne fait pas assez confiance aux coaches français »

29/03/2018 à 17:45

La Séquence Coach, c’est votre nouveau rendez-vous hebdo ! Chaque jeudi, avec notre partenaire My Coach Football, nous partons à la rencontre d’un éducateur, du monde professionnel ou amateur. Toutes les semaines, nous donnons la parole à un coach pour connaître sa vision du football, et surtout, son avis sur le rôle et le rayonnement actuel de l’entraîneur. Philosophie de jeu, formation et coaching français : en toute transparence, ils livrent leur opinion, parfois leur critique.
Pensionnaire d'une Ligue 1 qu'il a découverte cette saison avec Amiens SC, Christophe Pelissier, 52 ans, évoque les similitudes entre le monde professionnel et l'environnement amateur. L'ancien technicien de Luzenac décrypte également les difficultés qu'il faut surpasser pour réussir.

SON IDENTITÉ DE JEU

Système de jeu préféré : 4-2-3-1

« C’est toujours un grand mot. Après, c’est surtout l’animation qui est importante. Je dirais 4-2-3-1, avec deux joueurs devant la défense, un double pivot, un joueur entre les lignes et trois offensifs. »

Coach français préféré : Zinedine Zidane

« Son parcours parle pour lui, bien sûr en terme de qualité de résultat. Mais, il a aussi un parcours exemplaire en terme d’humilité, quand on s’appelle Zinedine Zidane, et qu’on est dans un premier temps adjoint, entraîneur de la réserve et qu’on vienne passer ses diplômes. C’est tout à son honneur et on voit les résultats derrière, c’est notre maitre à tous. »

Coach étranger préféré : Pep Guardiola

« Ce qu’il fait et comment il fait jouer son équipe inspire le respect par son jeu de possession. »

Principes de jeu : être efficace dans la transition

« C’est souvent lié à l’effectif et au rapport de force. Le but est d’aller vite vers l’avant. La possession n’est pas un style, mais un moyen. Il faut défendre ensemble, en bloc. Le but est également d’être efficace dans la transition, car ce changement de statut entre l’attaque et la défense définit un état d’esprit. »

SA VISION DU MÉTIER D’ENTRAÎNEUR

Définissez-vous en tant que coach.

Je suis un coach qui est proche de son groupe, de ses joueurs. Pour comprendre les joueurs et les faire progresser, il faut comprendre avant tout l’homme. Je prône le jeu, sur les séances d’entraînement ou sur le rapport de force du week-end. L’équipe qui propose le plus de choses est celle qui a le plus de chance de réussir.

Comment vous êtes-vous adapté à la Ligue 1 ?

L’adaptation, c’est surtout à l’environnement extérieur. Quand on est en National, ou en Ligue 1, c’est la même philosophie, construire un collectif, faire travailler les principes de jeu et gagner le rapport de force du week-end. Ce qui change, c’est l’environnement, le côté médiatique, les agents.

La préparation diffère-t-elle entre une rencontre à venir contre le PSG ou un plus petit du championnat ?

Non, il n’y a pas de préparation différente. On est Amiens, le 20e budget. Tous les adversaires qu’on affronte sont des gros clubs. En aucun cas, on peut en affronter un avec la moindre absence d’humilité. Mais c’est l’entourage qui est différent. Quand on affronte les gros clubs, c’est comme de la Coupe de France sur le plan médiatique ou pour les supporters. Mais dans tous les matches, le rapport de force n’est pas en notre faveur en Ligue 1.

Qu’est-ce qui change entre la Ligue 1 et les niveaux en-dessous ?

C’est l’entourage, à la fois interne et externe. Sur le plan interne, il y a le côté économique du joueur de ligue 1. C’est rare que l’institution soit très forte pour retenir des joueurs. Dès que le joueur brille, il attire le regard. C’est difficile de travailler sur la continuité. Or, c’est ce qui amène la performance. En ce qui concerne l’aspect extérieur, beaucoup de gens gravitent autour des joueurs de Ligue 1, car ils génèrent quelque chose. Quand ils rentrent du match ou de l’entraînement, ils n’entendent pas les mêmes propos que l’on peut avoir. Or, c’est difficile d’entendre quelque chose de différent entre le vestiaire et l’extérieur.

Et sur le plan sportif ?

Sportivement, collectivement, ça ne change pas trop. Quand on est coach, on a une façon de travailler, une idée directrice. Le but est d’amener un groupe vers un objectif. Il faut construire un collectif, avoir des principes de jeu, sinon il n’y a pas de progression du joueur et de l’équipe. Certes, les joueurs sont de meilleure qualité, et les principes peuvent être adaptés, mais il y a une ligne directrice.

 

Votre avis sur les nouvelles technologies comme support de travail ?

Elles sont très importantes. Je parlerais plus de vidéo. On a accès aux statistiques, on s’en sert mais on fait dire ce qu’on veut aux chiffres. La vidéo est primordiale, il y a une analyse journalière et une observation de l’adversaire. Le message passe d’autant mieux si on s’appuie sur les images.

Attachez-vous une importance aux aspects extra-terrain ?

Oui, la performance est multi factorielle et elle se joue sur des détails. La nutrition en fait partie, le bien être aussi. On a fait venir un nutritionniste cette année au club. C’est important, au même titre que la préparation physique, la vidéo. C’est un élément à prendre en compte pour être en forme.

ET LA FRANCE ?

Votre regard sur les coachs français.

Je trouve qu’on ne leur fait pas assez confiance. C’est peut être à la mode de faire venir des coaches étrangers. En L1, des entraîneurs comme Gourvennec font partie des Top entraîneurs français. Des coaches comme Rudi Garcia arrivent à réussir comme Marseille. Mais on donne moins de moyens aux coachs français qu’aux étrangers. J’aimerais qu’on soit traité de la même façon.

Une explication ?

C’est peut être un effet de mode. Des entraîneurs comme Rudi Garcia à la Roma ou Claude Puel en Angleterre ont montré qu’ils étaient capables de faire de belles choses à l’étranger. Ca passe aussi par une équipe nationale qui est performante. Par exemple, le Portugal est champion d’Europe, donc on a l’impression qu’il faut être Portugais pour réussir. Je n’ai rien contre des coaches comme Jardim, qui est quelqu’un qui a réussi. Mais les entraîneurs français ont de la qualité. On a juste du mal à s’expatrier. A nous de travailler pour être performant.

 

Miser sur un coach sans expérience en France, c’est possible ?

Je ne sais pas. Les présidents sont frileux. Avoir un coach qui a de l’expérience rassure. Certains gros clubs étrangers comme Naples ont fait confiance à un coach qui vient d’un niveau inférieur.

Quel est le pays qui forme le mieux ses coachs selon vous ?

La réponse est difficile. J’ai connu la formation en France, donc je vais dire la France, de manière chauvine. J’ai passé mon DEPF en deux ans, c’est une formation pointue et très lourde. C’est une grosse qualité.

Sa fiche d’identité
Christophe Pélissier, né à Revel le 05/10/1965

Ancien footballeur amateur

Passé par l’US Revel, l’AS Muret, il était entraîneur de Luzenac AP

Entraîneur principal d’Amiens SC

Champion CFA et Vice-Champion de National avec Luzenac et Vice-champion de Ligue 2 avec Amiens

Visuel : Actufoot / Crédit : Amiens SC