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Clément Simonin : « Peu imaginable d’avoir un club de MLS dans une ville comme Guingamp »

26/11/2018 à 17:15

Chaque semaine, jusqu'aux vacances de Noël, Actufoot va partir à la rencontre de Clément Simonin. Ancien joueur du centre de formation de Lorient, il est devenu professionnel aux Etats-Unis. Il a fini sa carrière à Toronto, après quelques blessures. Désormais, en charge du recrutement de jeunes Français pour FFFUSA, il va présenter la structuration du football outre-Atlantique. Première étape : l'élite du "soccer", la MLS.

Quelle est la hiérarchie du football seniors aux États-Unis ?

Le graal est la sélection nationale, qui regroupe les meilleurs talents de MLS ou qui sont partis en Europe. Voire certains qui sont nés en Europe, notamment parce que leur père vivait sur une base militaire en Europe et ailleurs dans le monde, mais qui n’avaient pas le niveau pour la sélection allemande. Beaucoup de joueurs sont nés hors des États-Unis. Des joueurs comme Michael Bradley ou Clint Dempsey ont, eux, fait tout leur cursus aux Etats-Unis, avant de partir en Europe. Ils ont permis d’exporter la culture des États-Unis. Pour ce qui est des clubs, la hiérarchie est assez claire, puisqu’il y a la MLS, qui est la top league. Elle est en train de prendre une très belle ascension. Il y a beaucoup d’émulation, les stades sont remplis, les droits télé augmentent de manière signicative (90 millions $ par an actuellement). Elle commence à être très suivie. Il y a des stars européennes, un engouement de la sélection. Les stades font 30-40 000 places, ils sont quasiment à guichet fermé. Voire à Atlanta qui arrive à vendre ses 70 000 tickets.

C’est surprenant…

Le football n’est pas ancré historiquement. C’est une ville typée afro-américaine, qui est plus tournée vers le basket ou le base-ball. Voir que ça prend, c’est une très bonne nouvelle de la portée.

« La MLS devient un championnat attrayant pour les joueurs de Ligue 1 ou de Ligue 2 »

Comment expliquez-vous que ça marche là-bas ?

C’est le premier club MLS du centre sud des Etats-Unis. Il n’y en a pas en Louisiane, ni en Floride, hormis Orlando, tout comme en Caroline du Sud, et en Caroline du Nord. C’est une ville dynamique, ouverte. Il y a une base de fans de foot, qui fait partie d’une ville très développée mais qui n’avait pas de quoi profiter de son envie. La situation géographique d’Atlanta est très intéressante. Cette saison, ils ont atteint la finale de conférence, alors que ce n’est que leur 2e année. Ca prouve que les choses sont bien faites là-bas, ça donne envie de revenir.

La MLS est le championnat à la mode.

Le Salary cap est en train de gonfler pour permettre aux Américains d’avoir de meilleures conditions. Le Players Union, le syndicat des joueurs en MLS, pousse aussi dans ce sens. Ca permet aux clubs de s’aligner sur les marchés européens en terme de salaire. Il y a les stars, mais aussi les joueurs de Ligue 1 ou Ligue 2. La MLS devient un championnat attrayant pour ces derniers. Plutôt que rester de rester dans des clubs de milieu de tableau, ça devient une option très sérieuse pour profiter du cadre de vie américain.

Le succès de Sébastien Le Toux a ouvert une porte pour les Français ?

Oui, certainement. J’allais le voir jouer avec la réserve de Lorient quand j’étais jeune. Il a eu envie de découvrir autre chose, de s’exporter là bas. Il a commencé en USL (D2 américaine) à Seattle. De latéral droit, il a été positionné attaquant, il a planté but sur but, et s’est construit une renommée. Quand son club est passé en MLS, sa carrière a été lancée et il en a fait une très belle. D’autres Français, comme Didier Domi et Ousmane Dabo, via Jerome Meary et son agence Elite Athlètes, ont aussi ouvert la porte.

Combien d’équipes sont en MLS aujourd’hui ?

Vingt-trois équipes, voire 24, avec Cincinnatti l’année prochaine. Ce sont des marchés qui vont encore s’agrandir avec les potentielles futures villes qui veulent franchir le cap. Il y a aussi la franchise de Beckham en 2020. Ça va arriver très vite. Il y a une constante envie de se développer et atteindre de nouvelles zone de marché partout aux États-Unis.

« Les sports américains ne sont pas prêts pour un système de montée/descente »

A combien de clubs, ce serait saturé ?

Il n’y a pas spécialement de limites numériques précises pour le moment. Simplement, ils ne vont pas ouvrir des clubs pour ouvrir des clubs. Il y a une vraie logique financière en terme de marché. Il faut des villes bankable, avec de vrais viviers démographiques de joueurs à développer. Forcément, on sera difficilement comme dans un marché en France, où il y a des clubs pros à Sochaux ou Brest. Pour MLS, il faut que ça ait du sens en terme de marché ou de valeur autour de la franchise.

Comme pour les autres sports américains.

Exactement. C’est peu imaginable d’avoir un club de MLS dans une ville de campagne ou une petite commune comme Guingamp.

C’est une approche économique…

Clairement. Les patrons de la franchise, il faut qu’ils voient une vraie valeur économie autour de la franchise. Pour que ça tourne, il faut que ce soit exploitable en terme de population et de marketing. C’est un domaine où ils sont spécialisés et performants. Toutes ces conditions sont à remplir pour que ça devienne une franchise.

Un milliardaire d’une petite ville ne pourrait donc pas faire intégrer la MLS ?

Non, il faut présenter un projet. Beaucoup de villes postulent. Peu sont élues. La logique veut que ce soit compliqué. Raleigh (439 000 habitants), en Caroline du Nord, essaie de rentrer. Ils ont une équipe en USL, un très beau projet avec un nouveau stade, mais, tous les ans ils sont rejetés, car la concurrence est forte. On n’entre pas comme ça car il y a une régulation dans la ligue par les dirigeants.

Un système de montée/descente comme dans les autres championnats dans le monde est-il envisageable ?

Les sports américains ne sont structurellement pas prêts. Les franchises sont tellement des business énormes, qu’elles ne peuvent pas prendre de risques avec une potentielle relégation, car ce serait une mort sportive, donc une mort financière. Il y a beaucoup trop d’argent, de politique en jeu pour que ces valeurs changent.

« David Beckham a fait changer une bonne partie des contrats »

Qu’en pensent les autres acteurs du football ?

Du côté des joueurs et des dirigeants, ça n’a jamais été un sujet abordé. Même au niveau des fans, ils n’ont jamais vraiment eu besoin ou envie d’un système comme ça. Par exemple, Toronto a été champion de MLS et ne s’est pas qualifié pour les play-off de conférence. C’est tellement aléatoire que de grands investissements ne peuvent pas être remis en cause, car ce serait un gros problème pour le championnat et la stabilité des franchises.

Comment jugez-vous le niveau de la MLS ?

Il est plutôt bon. Certes, il y a des disparités entre certaines franchises. Mais le niveau est en train de pousser vers le haut. Il y a beaucoup d’internationaux dans des équipes sud américaines, centre-américaines et européens. Les Etats-Unis sont une sélection qui commence à compter. C’est une nation qui s’améliore nettement. Les bonnes équipes de MLS feraient figure correcte en Ligue 1, comme les New York Red Bulls ou Atlanta United, pour ne citer qu’elles. Les Los Angeles Galaxy, Portland ou Seattle sont très solides. Quand on voit certains matches de Ligue 2 ou de Ligue 1, le fossé n’est pas aussi grand qu’on veut le prétendre.

Le marché s’est-il développé avec l’arrivée de David Beckham en 2007 à Los Angeles ?

Ca a été un énorme phénomène marketing. Il a ramené beaucoup de buzz autour de lui. Il a fait changer une bonne partie des contrats, via la Beckham rule. Il y a eu un mouvement vers le haut pour l’obtention de joueurs de renommée internationale. Avoir des joueurs de cette trempe-là a donné un sacré coup de projecteur dans ce championnat. Ca a permis de tirer la concurrence vers le haut et d’inviter des joueurs qui avaient un doute à se pencher sérieusement sur la MLS.

Quelle est la prochaine étape du développement de la MLS ?

Il passe par la formation des jeunes joueurs. C’est un sujet ardemment évoqué au siège en ce moment. C’est le grand axe de développement pour la MLS et la sélection nationale dans les années à venir. D’où la volonté de la MLS de signer Fred Lipka à la tête du développement technique, afin de travailler sur la mise en place d’une nouvelle politique de formation dans les académies et les clubs pour travailler différemment.

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