ChroniqueEric Carrière

Les coachs passent, les projets sportifs doivent rester…

09/03/2017 à 16:46

Pour le moment, six clubs de Ligue 1 ont changé de coach en cours de saison (Bastia, Nantes, Marseille, Lille, Montpellier et Lorient)… et pas mal de personnes de s'en offusquer alors que cette tendance, qui ne date pas d'aujourd'hui, est aussi profondément liée à l'évolution du football et de notre société. Quels que soient les métiers, les carrières sont plus courtes, les trajectoires moins linéaires. Les entraîneurs sont soumis à tellement de concurrence, à des enjeux économiques toujours plus grands, qu'ils doivent avoir conscience que le court terme est devenu primordial.

Ceux qui le négligent parce que leur projet sportif se profile sur deux ou trois ans, ou plus, se mettent forcément en danger lorsque les résultats à court terme ne sont pas bons. Ceux qui le regrettent au prétexte parfois qu’on leur a « savonné la planche » oublient peut-être que le rôle d’un entraîneur est de faire des choix d’hommes notamment pour sa composition d’équipe et donc parfois « d’écarter » certains joueurs, sans toutefois avoir l’impression de « savonner leur planche ». Tout comme un Président a la responsabilité de prendre ou de conserver tel ou tel entraîneur dans un souci de performance mais surtout de pérennité de son club. Or, on entend plus souvent un entraîneur parler de trahison quand il est licencié par ses dirigeants, qu’un joueur lorsqu’il est victime des choix de son entraîneur. Pourtant, selon moi, le mécanisme est le même, la logique tout aussi implacable d’un système qui est entré dans la normalité et qui tend à banaliser les changements de coachs en cours de saison. Cela ne signifie pas pour autant que les projets sportifs doivent être négligés.

« Un projet sportif sur le moyen terme doit pouvoir intégrer des changements d’hommes sans être remis en cause »

Il est nécessaire d’avoir dans les clubs, au-delà des entraîneurs qui passent, des managers capables d’assurer la continuité, de garder le cap et de ne pas changer les objectifs sportifs. C’était le cas à Nantes par exemple, lorsque Budzinski était le garant d’une certaine philosophie de jeu et de fonctionnement avec les entraîneurs comme Suaudeau et Denoueix. Un projet sportif sur le moyen terme doit pouvoir intégrer des changements d’hommes sans être remis en cause. Avec des moyens nettement supérieurs, le PSG et Monaco nous démontrent une certaine logique depuis quelques saisons. Quel que soit les entraîneurs, les Parisiens restent sur le même registre d’un recrutement qui ne part pas dans tous les sens. A Monaco, parce qu’il ne correspondait sans doute pas au profil souhaité et malgré ses bons résultats, Ranieri a été remplacé par Jardim qui prouve depuis, sa capacité à amener le club un peu plus haut encore. De Nice qui perd Puel pour se tourner vers Favre et garder le même souci de développer un jeu de possession, à Lyon où le président Aulas fait office de manager, tout ceci ne manque pas de cohérence. Dans la même logique il va être intéressant de voir comment Lille et l’OM aujourd’hui vont gérer sur le court terme des projets sportifs ambitieux à long terme. Ils doivent avoir dans leur organigramme quelqu’un capable d’avoir suffisamment de recul et de compétence pour intégrer dans le plan de marche du club la possibilité de changer les hommes sans changer de projet.

Porter un projet de club, de jeu qui ne soit pas dépendant de l’entraîneur, c’est aussi ce qui fait la force des grands clubs.