DossierEconomie

Le bon coût de la Coupe de France

22/01/2018 à 12:28

Au-delà d'une aventure humaine et sportive, une épopée en Coupe de France est un moment important dans la vie financière d'un club. Une accession en 32e ou en 16e de finale rapporte entre 40 000 et 80 000 euros minimum. Un apport non négligeable qui offre certaines facilités aux bénéficiaires.

Demain et mercredi, en rentrant sur le terrain, les joueurs des quatre clubs de National 2 et des trois formations de National 3 n’auront qu’un objectif. Il sera sportif, créer l’exploit et atteindre les 8e de finale de Coupe De France. Leurs dirigeants, eux, n’auront pas les yeux que vers le terrain. En effet, le remplissage des tribunes et les ventes dans les buvettes pourraient affecter considérablement les rentrées financières. Car la plus prestigieuse compétition nationale n’est pas qu’une affaire d’aventure humaine ou sportive. Elle peut devenir un moteur économique pour les clubs amateurs. Laurent Montserrat, co-président du Canet FC (N3), qui s’apprête à recevoir Caen, en 16e de finale, en est conscient. « C’est un plus sur la partie financière. Sportivement, c’est un bel événement, mais, au cumul, on va recevoir au moins 82 500 euros de la Fédération. Et 60 000 euros de plus si on passe les 16e de finale », confie le dirigeant. « On est un club structuré avec une nouvelle équipe dirigeante composée d’avocats, de chefs d’entreprise, donc on fonctionne comme une entreprise. On a un objectif, on s’est projeté sur 3 à 5 ans. Cet argent permet d’anticiper des investissements. Avec une formation jeune qui va avoir le label élite, tous nos jeunes jouent au niveau régional. Il nous manquait deux navettes et une arrive en fin de vie. On va pouvoir en acheter au moins deux. »

Jeannot Haegel (Still 1930) : « Ca représente le budget d’une saison de R3 »

Les recettes pourraient même grimper en fonction de la rencontre. En effet, la réception de Caen devrait attirer une foule nombreuse dans le stade du Canet. Et ce, malgré un choix qui prive le club d’une rentrée d’argent supplémentaire. « On aurait gagné 50 000 euros de plus en jouant à Gilbert Bretus, à Perpignan, qu’on avait fait homologuer par la Fédération », admet Laurent Montserrat. « On a privilégié le choix sportif ». Une fois les investissements réalisés et les primes versées, il restera environ 30 000 euros sur les 80 000 déjà assurés. Une somme à laquelle devraient s’ajouter 35 000 à 40 000 euros de rentrée buvette et billetterie, si Caen laisse sa part, comme il en est de coutume en Coupe de France.

Ce cadeau, le club de Still y a eu droit. Pensionnaire de R3, il a bénéficié de 42 500 euros en atteignant les 32e de finale de l’épreuve. « Ca représente pratiquement le budget d’une saison de R3 », calcule Jeannot Haegel, qui a eu la charge d’organiser le match contre Troyes, début janvier. « On a la chance que l’équipe de Ligue 1 nous a laissé sa part de recette », souligne le membre du comité directeur du club de l’Est. Soit 25 000 euros supplémentaires. « Ca commence à faire une petite somme. Ce sera au président de décider ce qu’il va en faire. » Celui de Houilles, l’autre formation de R3 engagée dans les 32e de finale de Coupe de France, a déjà sa petite idée. « On a payé les primes des joueurs, qui représentent un tiers des 42 000 euros qu’on va recevoir », indique Xavier Blot. Un argent qu’il recevra dans « un délai de 0 à 6 mois. On aura 7 500 euros fin février et 35 000 euros en juin. Mon exercice financier s’arrête avant cette date-là. » Pour le reste des 28 000 euros, ils seront utilisés, pour partie, dans les frais de mise au vert, de restauration ou d’hôtellerie. Avec 11 000 euros supplémentaires, grâce à la recette billetterie et buvette, « c’est 5 à 10 % du budget du club, soit environ 20 000 euros », qui finiront dans les poches du club, détaille le président.

Mais, au-delà des retombées directes, le dirigeant de Houilles pense à moyen terme. « Ce qui est plus difficile à quantifier, ce sont les retombées indirectes dans les prochains mois. Est-ce que c’est plus facile de chercher les sponsors ? Aura-t-on plus d’inscriptions ?, se demande Xavier Blot. « En plus, on avait le statut de petit poucet. Ca peut être intéressant ». Il peut au moins compter sur des travaux de 10 000 euros que « la mairie a fait et qu’elle n’aurait pas fait s’il n’y avait pas eu les 32e de finale ».

Pierre Richard (JA Biarritz) : « L’impact financier, dans deux saisons, on n’en parle plus »

Cet « après », le Vendée Poiré-sur-Vie Football, désormais en National 3, le vit pleinement. Pensionnaire de DH la saison dernière, quand il avait atteint les 16e de finale de Coupe de France, le club profite des 80 000 euros perçus, pour un budget qui était, alors, de 500 000 euros. « Ca met un peu de beurre dans les épinards. On a mis une belle somme pour les équipements. On a changé notre minibus, et l’argent a permis d’en financer une grosse partie. Or, c’est un investissement sur le long terme important », sait apprécier Jean-Yves Cougnaud, le président vendéen. Même constat du côté de la Jeanne d’Arc de Biarritz, qui a disputé, l’an passé, les 32e de finale contre Rennes (0 – 6), en étant en DH. « Il faut avoir conscience qu’un club amateur ne fait pas de bénéfice. On a une perte quasiment permanente. Cet argent (estimé à 80 000 euros de bénéfice pour toute l’aventure) permet de travailler dans une plus grande sérénité. Ca permet le renouvellement de véhicule, de garder un entraîneur, mais c’est tout. La vie continue. L’impact financier, dans 2 saisons, on n’en parle plus », résume Pierre Richard, le président de la section omnisports du club pyrénéen. « En revanche, c’est vrai que ça permet de repartir sur de bonnes bases. On peut compenser les pertes antérieures et éviter une perte sur cet exercice. L’entraîneur gardé ? Il faut des entraîneurs de qualité, si on veut une formation de qualité. Ca coûte de l’argent. Pour ne pas perdre les personnes, on a pris la décision de s’engager pour faire un CDD de 18 mois. » Ou quand l’argent de la Coupe de France apporte un côté humain.

Comme cette mobilisation de dizaines de passionnés les jours de match de gala. « J’avais 130 bénévoles à la charge, que j’ai dû manager tout le dimanche contre Troyes », raconte Jeannot Haegel (Still). « On avait 117 dirigeants accrédités », assure Xavier Blot, le président de Houilles. « Contre Caen, on aura 60 bénévoles mobilisés. Certains jouent le jeu, et ont pris une journée ou une demi-journée de congé. Il faut qu’on sache leur rendre », complète Laurent Montserrat. Alors, au bout de l’aventure, quand tout sera terminé, une partie de l’argent gagné servira à les remercier avec un repas. Parce qu’en plus des joueurs et du staff, ce sont ces bénévoles qui sont aussi des acteurs majeurs des plus grands succès et des plus belles épopées.

 

Photo : La file d’attente dans la billetterie pour assister au match Epinal – Marseille, en 16e de finale de Coupe de France. Crédit : France 3 Lorraine

 

Le montant des dotations par tour passé
6e tour : 1 500 € 7e tour : 6 000 € 8e tour : 35 000 € (soit 42 500 € si un club va en 32e de finale) 32e de finale : 40 000 € 16e de finale : 60 000 € 8e de finale : 130 000 € 1/4 de finale : 280 000 € 1/2 finale : 560 000 € Finaliste : 380 000 € Vainqueur : 930 000 €