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Couvre-feu : profitons avant qu’il ne soit trop tard…

24/10/2020 à 12:03

Et si ce couvre-feu était le début de la fin des compétitions de football ? Jeudi soir, le Premier ministre Jean Castex a appelé le pays à être solidaire sous peine de devoir appliquer des « mesures beaucoup plus dures ». Désormais, les stades éteindront leurs projecteurs plus tôt dans 54 départements français. Focus.

Des difficultés à s’adapter, des équipes sacrifiées…

Depuis le 17 octobre, 9 agglomérations, Paris, Lille, Grenoble, Lyon, Aix-Marseille, Montpellier, Rouen, Toulouse et Saint-Etienne, vivent au rythme du couvre-feu. Les clubs de football ont dû s’adapter pour permettre aux joueurs des équipes qui s’entraînent le soir de pouvoir être chez eux avant 21h. Pas d’autres choix donc que de décaler les horaires. Tous les clubs de France concernés par cette mesure ont alors pris la décision de réduire les séances, parfois même en sacrifiant les créneaux de certaines catégories.

« Nous avons joué sur deux paramètres : la durée des entraînements et les créneaux. Nous avons tout avancé d’une demi-heure, donc au lieu de faire des créneaux d’1h30 entre 18h30 et 21h30, on fait du 18-20h sur des créneaux d’1h, en priorisant les U17 Nationaux et les Seniors qui s’entrainent toujours quatre fois par semaine. Pour les autres équipes, l’idée était de sucrer le moins d’entraînements possible, donc à part pour quelques catégories évoluant en district, tout le monde s’entraîne avec les mêmes fréquences mais sur des créneaux horaires moins amples », nous a révélé Sébastien Dodille, coach des Seniors et responsable du développement sportif du FC Lyon qui a en plus dû s’adapter aux décisions de la municipalité de fermer les stades à 20h.

Du côté de Saint-Gély-du-Fesc, dans l’Hérault, on a dû supprimer une séance pour les U15 et les U17 et réorganiser complètement les plannings. « Nous avons réussi à réorganiser le planning hebdomadaire des séances. Le foot animation n’a pas été touché. Seulement les U11 ont leurs séances habituelles réduites mais ont une séance supplémentaire prévue. Les U15 et les U17 ont en effet été les plus touchés avec cinq séances sur deux semaines au lieu de six séances habituelles. Pour les seniors, les séances ont été réduites à 1h30 », résume Julien Milesi, directeur sportif du club.

Entraînements sur de tous petits bouts de terrain, séances considérablement réduites, voire supprimées dans certains cas, les clubs ont dû faire des sacrifices. Et dans le même temps, le plaisir a logiquement diminué. « Le couvre-feu nous empêche de partager des moments ensemble après les séances, c’est dommage, ça manque » nous confiait Damien Flores, coach de Sussargues. Partout, les joueurs sont moins nombreux à l’entraînement, leur travail ou les longs trajets les empêchant souvent de commencer l’entraînement plus tôt. Bref, le football a subi les dommages collatéraux d’un couvre-feu qui a finalement fini par refroidir certains passionnés de ballon rond.

« Le couvre-feu nous perturbe énormément« 

Pour éviter de perdre des licenciés, Sabri Dhaouadi, directeur sportif du club marseillais d’Endoume, a tenté de trouver des solutions afin de ne pas en laisser certains sur la touche. « Oui, c’est dur à gérer, les horaires ne sont pas adaptés à des collégiens ou des lycéens. On leur demande de venir plus tôt, mais ils sortent de l’école plus tard. On essaye de faire en sorte que même les joueurs qui arrivent en retard travaillent. On leur fait une séance un peu plus poussée, à part, avec un entraîneur ». Les clubs ont donc dû commencer à fonctionner au cas par cas, à s’adapter aux disponibilités des uns ou des autres.

Pour certains, les choses se passent plutôt bien. « Nos joueurs essaient de s’adapter tant bien que mal à cette situation. Dans l’ensemble, pour cette 1ère semaine, nous avons pu avoir la majorité de notre effectif », s’est réjouit Faycal Aouini, coach de la R1 du club Val-de-Marnais du CA Vitry. Pour d’autres, les difficultés s’accumulent. « Le couvre-feu nous perturbe énormément en écourtant nos séances d’entraînement pour permettre à nos joueurs d’éviter les sanctions. Sans parler de l’interdiction d’utiliser les vestiaires pour le minimum vital, ça devient très très compliqué », avoue Lekbir Halloum, coach de la R2 du Gardanne Biver FC dans les Bouches-du-Rhône. Les clubs ont plus ou moins de difficultés à s’adapter selon leur nombre de licenciés et de terrains disponibles.

Pourtant, les idées ne manquent pas… « Ceux qui habitent près du stade pourront rester quelques minutes supplémentaires pour faire du travail devant le but s’ils le souhaitent. Mais on s’est en tout cas organisé de telle sorte qu’un maximum de nos joueurs ne soit pas exposé à des amendes. C’est déjà suffisamment compliqué depuis six mois, donc le mot d’ordre est l’adaptation », s’est exprimé Mehdi Izeghouine, entraîneur de l’équipe N3 de Wasquehal dans le Nord. « On a réfléchi à plusieurs hypothèses » nous a expliqué Carlos Da Cruz, entraîneur général de l’US Tourcoing. « Nous avons demandé à la ville de disposer de plus de terrains, même si cela semble assez peu probable », informe celui qui coache également l’équipe R1 du club. Cependant, difficile encore une fois de satisfaire tout le monde, « malheureusement certaines équipes vont être prioritaires et d’autres vont subir les conséquences de ces réajustements ».

« On réfléchit aussi à ajouter des entraînements en journée, notamment sur le créneau de midi, pour qu’un maximum de joueurs puissent s’entraîner et qu’ils n’aient pas à courir seuls le soir par exemple. Mais pour cela il faut tenir compte des disponibilités de chacun. Une idée que j’ai aussi, c’est d’ajouter une séance supplémentaire le samedi. Sauf que ça aussi ça semble compliqué, puisque plusieurs équipes jouent ce jour-là », avait envisagé Thierry Vilain, entraîneur de l’équipe R2 de l’Iris Club Lambersart, association des Flandres, mais rien n’y fait, impossible de trouver la solution miracle pour que le couvre-feu n’ait pas d’incidence sur la préparation des équipes. « Avec trois séances par semaine, de 19h00 à 20h30 pour les seniors, il y a des catégories qui n’auront plus de créneaux… Je pense aux vétérans, au futsal ! En tant qu’éducateur, on va s’adapter comme d’habitude ! », nous confiait Bertrand Moy, entraîneur de l’US Janzé pensionnaire de R3 en Ligue de Bretagne.

La FFF doit se plier aux règles, pas de dérogation pour le foot amateur !

Après les premières annonces de couvre-feu, la Fédération Française de Football a dû fixer les règles. Car si tout est perturbé pour les entraînements, les compétitions restent « jouables ». Là encore, pas tout le monde n’a été logé à la même enseigne, le football amateur n’a pas eu le droit à de traitement de faveur à l’inverse des clubs professionnels. En effet, au regard des dérogations listées par le Ministère des Sports, les clubs évoluant en Ligue 1, Ligue 2, National, D1 Arkema et D1 Futsal situés dans les zones soumises à couvre-feu ont pu voir leurs rencontres maintenues à un horaire plus tardif, la conséquence étant l’obligation de jouer sans spectateur au stade.

Pour le foot amateur, pas de dérogation ! Les clubs situés dans les 9 agglomérations soumises aux mesures de couvre-feu doivent fixer le coup d’envoi de leurs rencontres de championnat à domicile au plus tard à 18h00 afin de permettre aux spectateurs de regagner leur domicile avant 21h et aux équipes adverses de quitter la métropole avant l’heure de Couvre-feu. La FFF a recommandé de fixer les matchs avant l’horaire limite de 18h00 et de « faire tous les efforts nécessaires pour une meilleure entente entre adversaires pour permettre de faire face à cette situation dans les meilleures conditions ».

Des inégalités entre clubs ?

Si les compétitions départementales et régionales ne seront pas directement pénalisées, le couvre-feu va contraindre les clubs, à aménager les horaires des séances d’entraînement. Mais pour Edouard Delamotte, président du District de la Côte d’Azur, qui est rentré en couvre-feu qu’à partir de la nuit dernière, cela pourrait créer des inégalités. « Ça risque d’être un casse-tête pour certains clubs qui ont beaucoup d’équipes ou ne disposent pas d’assez de terrains », expliquait-il à Nice Matin. Le message est simple à décrypter, les clubs « riches » disposant de plus de surfaces de terrain pourront mieux s’entraîner et donc bénéficier d’un avantage en match. Le problème d’équité sportive est là, au niveau départemental, mais il est encore plus présent aux niveaux régionaux et nationaux. En effet, certaines équipes se situant dans des zones non-concernées par la mesure de couvre-feu affronteront d’autres équipes handicapées par la mesure et donc avec moins de préparation dans les jambes.

Pourtant, reconnaissant qu’il s’agit bien de contraintes supplémentaires dans les départements concernés puisque cette mesure « impacte notamment les séances nocturnes d’entraînement et quelques sessions de formation », la Ligue Méditerranée, comme toutes les autres Ligues ont permis à leurs équipes de continuer leur championnat puisque « les compétitions régionales, à quelques exceptions près pour un nombre limité de matches, ne sont pas directement pénalisées ». La Ligue de l’Hérault a, elle, aménagé les créneaux et horaires d’entraînement pour faciliter la vie de ses clubs. La Ligue AURA a fait de même.

38 nouveaux départements concernés par le couvre-feu

Jeudi, la liste s’est allongée. Le Premier ministre Jean Castex a annoncé le couvre-feu allait s’étendre à 38 nouveaux départements dès le vendredi minuit. Au total, 54 départements dont un d’Outre-Mer (la Polynésie française) qui représentent 46 millions de français. Des mesures qui viendront encore restreindre le champ d’action des clubs mais qui n’a rien d’étonnant pour les coachs des clubs de football amateur : « Rien de bien surprenant, j’ai appelé mon président et une réunion est organisée pour mettre en place un nouveau planning au club pour les séances d’entraînements », déplorait Dominique Lambert, le coach de l’US Liffré (Ille-et-Vilaine) en R1.

La chance, si on peut appeler cela une chance, c’est que ces nouvelles communes qui entrent en couvre-feu pourront se calquer sur celles qui subissent déjà cette mesure depuis plus d’une semaine. A Nice, comme cela avait été fait à Marseille ou à Lyon, l’ensemble des installations sportives de la Ville devront fermer leurs portes à 20h afin que toutes les personnes puissent regagner leur domicile avant 21h. Cette décision municipale implique que l’ensemble des activités devront, elles, cesser à partir de 19h45, dernier délai.

« On va contacter nos amis et nos voisins. On va essayer de passer un accord avec l’ES Contes pour pouvoir utiliser leur stade. Cela nous permettrait de réduire la distance car on a beaucoup de joueurs qui habitent à Nice. On va aussi entrer en contact avec les structures de foot 5. Il faudra réussir à être très astucieux », réagissait Frédéric Menini, coach de l’équipe 3 de l’AS Monaco, au moment de l’annonce de cette nouvelle.

Le gouvernement, par l’intermédiaire du Premier ministre Jean Castex, a prévenu le peuple en appelant le pays à être solidaire sous peine de devoir appliquer des « mesures beaucoup plus dures ». Mais qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire ? « Mesures beaucoup plus dures » ? Annonçait-il un couvre-feu à partir de 19h au lieu de 21h au cas où la propagation du virus ne diminuerait pas malgré le couvre-feu ? Ou peut-être pire, voulait-il parler de reconfinement ?

Dans le premier cas, un couvre feu à 19h, il serait presque impossible pour les clubs de toute la France de continuer à trouver des solutions pour que tous les licenciés s’entraînent. « Là, si on nous dit qu’on doit être chez nous à 19h, ce serait mort ! On a déjà du mal à s’adapter avec le couvre-feu à 21h, alors là ce serait carrément impossible ! » a réagi Sabri Dhaouadi, directeur sportif à Endoume.

« Il faut, comme l’a décrété le district Escaut, suspendre les championnats régis par la Ligue« 

Pour lui, si la situation sanitaire ne venait pas à s’améliorer, il serait préférable de reconfiner complètement « Quand on a été confiné, il y a tout qui a baissé. Oui il faut vivre avec le virus, d’accord, mais diminuons d’abord les cas contacts et après, derrière, on vivra avec. On ne l’a pas fait et maintenant on se retrouve confronté à quelque chose de beaucoup plus grave. On peut mettre en péril notre famille ! Je m’en fous du foot quand ça concerne la santé » s’est indigné le dirigeant marseillais.

Les salles de sport, les bars, les boîtes de nuit et certains restaurants ont tous été dans l’obligation de fermer leurs portes et pourtant les clubs de foot continuent à pratiquer. Pourtant, le football est un sport de contact, et plusieurs clubs prouvent chaque semaine qu’ils ne sont pas immunisés contre cette maladie. Reports de matchs, clubs à l’arrêt, centres de formation fermés, clubs déclarés comme étant des « clusters » par l’ARS… la question se pose. Ne serait-il pas mieux de suspendre les compétitions, au moins le temps de faire baisser les contaminations au Covid-19 ? Beaucoup le pensent. Beaucoup affirment même que c’est inévitable.

« Certes, la Ligue de football des Hauts-de-France a pris de nouvelles mesures. Au regard de l’évolution de la situation sanitaire, l’instance régionale a annoncé, ce mercredi, de nouvelles dispositions pour les entraînements et les matches. Mais à Lambersart, ces nouvelles restrictions ne passent pas. La Ligue doit prendre ses responsabilités », pestait Thierry Villain, entraîneur de l’équipe R2 de l’Iris, qui nous avait déjà confié son inquiétude après l’instauration du couvre-feu autour de la métropole lilloise. Pour lui, il n’existe qu’une seule hypothèse viable : « Il faut, comme l’a décrété le district Escaut, suspendre les championnats régis par la Ligue« .

« Pour moi, pas de vestiaires égal pas de match, clamait-il. Impossible de se changer avant un match, dans une voiture ou une camionnette, ou sous un arbre. Il faut être sérieux, ce sont des matches de compétition. Et à la mi-temps, où doit-on réunir les joueurs ? Dans un coin avec les spectateurs qui viennent écouter ou parler ? Et à la fin du match, on rentre en sueur, plein de boue, dans nos véhicules ? Où est l’hygiène ? C’est incroyable d’en arriver là » argumentait le technicien nordiste.

Prenons ce qu’on nous donne !

Déjà, le grincement des parquets sous le coup des appuis ne se font plus entendre en futsal depuis quelques semaines. Les gymnases ont fermé leurs portes et compte tenu de l’évolution des conditions sanitaires, la FFF a annoncé l’annulation de la Coupe Nationale Futsal. La reprise de la D2 a quant à elle été reportée à janvier 2021. Au niveau régional, les compétitions Futsal ont été suspendues également. Le petit frère du foot à 11 est donc lui déjà à l’arrêt.

Et dans le District Escault, le président Stefan Islic a déjà pris une décision. Il s’agit de la première instance de football à avoir fait le choix de suspendre ses compétitions. Cela a été annoncé jeudi sur le site officiel de l’institution. Les mesures sanitaires complémentaires prises par le préfet du Nord ce samedi 17 octobre afin d’enrayer la progression de la Covid19 qui interdisent l’usage des vestiaires pour les adultes et la mise en place de buvettes à l’occasion des évènements sportifs ont poussé le bureau du District Escaut de football à prendre la décision de suspendre l’ensemble des activités et actions sportives compétitives ou non, de District, toutes catégories d’âges et toutes pratiques confondues.

« Il est hors de question que le football devienne la risée des corporation« 

La décision est unique en son genre. Alors s’agit-il d’une décision « loufoque » ou bien d’un choix précurseur ? En tout cas, les licenciés ont apprécié cette prise d’initiative du patron du District Escaut : « Dans l’ensemble, tout le monde est allé dans notre sens. Tous les présidents, dirigeants voire parents avec qui j’ai échangé ont plébiscité notre décision, qui semble faire l’unanimité. Personne n’a considéré qu’elle était hâtive mais au contraire qu’elle était adaptée à la situation », nous a affirmé le boss de l’instance départementale Stefan Islic.

« Effectivement, il est hors de question que le football devienne la risée des corporations. Je trouve ça ubuesque de devoir se changer et se déshabiller dans une voiture ou dans des tribunes. Et je n’ose pas imaginer ce que cela pourrait être ces prochaines semaines compte tenu des conditions atmosphériques. Se changer en extérieur peut entraîner l’apparition d’autres maladies virales. Le point de vue de l’hygiène a aussi son importance. Et pour échanger, pour que le coach donne ses consignes, cela s’avèrerait compliqué dans de telles conditions » a-t-il justifié dans nos colonnes.

Un couvre-feu avancé à 19h pourrait donc pousser un peu plus les instances du football à aller sur le même chemin que le District de l’Escaut car les conditions ne sont déjà pas optimales pour jouer au ballon. En attendant, il faudra faire des sacrifices, c’est sûr, mais profitons tant qu’il en est encore temps. Moins, c’est toujours mieux que rien. Alors allons caresser le cuir de 6h à 21h avant que la permission de minuit ne se transforme en interdiction de sortie.

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