Portrait Certifié Espoir

Dayot Upamecano, la monstrueuse transformation d’un roc

28/03/2018 à 19:58

De nouveau appelé avec les Espoirs de l’Équipe de France lors de la trêve internationale, Dayot Upamecano (19 ans) continue son apprentissage du plus haut niveau. S'il avouait rêver du groupe A et de Coupe du Monde 2018 en février, le défenseur du RB Leipzig (Bundesliga) sait qu'il est mêlé à une concurrence tout aussi prometteuse et talentueuse que lui, et qui part avec un petit temps d'avance, du fait de sa plus grande expérience. Celui qui a commencé à jouer dans les quartiers d'Angers avec ses amis devra se montrer patient pour atteindre ses rêves. Certifié espoir.

Monde amateur, intégration en structure professionnelle, puis saut de l’ange à l’étranger, très jeune. Comme de plus en plus de talents français, Dayot Upamecano vit un début de carrière atypique. C’est à seulement seize ans que le défenseur central décide de quitter le centre de formation de Valenciennes pour s’envoler en direction de l’Autriche, au sein du meilleur club du pays, le Red Bull Salzbourg. Mais revenons d’abord à ses premiers pas, effectués dans le petit club amateur de la Vaillante d’Angers. L’imposant défenseur n’y a laissé que de bons souvenirs : « De mémoire, il arrivait d’Évreux avec sa famille. Il a passé deux ans en poussins chez nous, c’était déjà un enfant qui avait tout pour réussir. Une dimension athlétique énorme, de grandes qualités de vitesse et de puissance, un toucher de balle cohérent. C’est le genre d’enfants qui jouait au football depuis ses trois ou quatre ans » confie Emmanuel Charrier, responsable de la catégorie poussins (U8) de l’époque. C’est en effet dans les quartiers d’Angers, avec ses amis, que Dayot Upamecano tape dans ses premiers ballons. Issu d’une famille où il est le seul à montrer de l’intérêt pour le football, son histoire avec le petit club angevin s’achèvera d’ailleurs suite à l’un de ses déménagements familiaux, ce dernier l’amenant à retourner du côté de na ville natale, Évreux (Normandie) : « S’il n’avait pas déménagé, Dayot aurait intégré le SCO d’Angers à onze ans. Des pépites comme lui, il y en a beaucoup qui passent. Maintenant, tous ceux qui ont la chance d’aller plus haut, cela dépend de tout un tas de paramètres. Et lui en a bénéficié, à savoir, un repérage assez tôt, un bon cadre familial, et des qualités qui font qu’il était déjà au-dessus de sa catégorie ».

« Il possédait tout le bagage athlétique, après, on se posait la question de savoir s’il avait l’intelligence de jeu, le bagage technique pour faire du haut niveau »

Du côté du FC Évreux 27, on reconnaît que l’incroyable ascension n’avait pas été autant anticipée : « Si on se permet de comparer avec ce qui s’est fait chez nous, en prenant par exemple le cas d’Ousmane (Dembelé), dès le plus jeune âge, on savait que c’était une pépite. Parce que techniquement, intrinsèquement, et dans le maniement du ballon, il était au-dessus. Dayot a vu le jour un peu plus tard dans le sens, où, en U12, on n’aurait pas forcément mis une pièce sur sa trajectoire actuelle, aux portes des plus grands clubs d’Europe. Dire le contraire serait vous mentir. Arrivé en U13, il avait ce potentiel athlétique mais il était un peu brouillon techniquement, et, en plus, dans sa génération, il y avait de très très bons joueurs au même poste. Ils étaient peut-être même plus forts que lui à ce moment la. Mais comme il avait une force de caractère et qu’il était à l’écoute… Il n’avait pas peur de se faire engueuler au niveau footballistique. Il ne se braquait pas, et, au contraire, prenait note et exécutait dans la foulée. En U14, on a commencé à le distinguer par sa force athlétique, sa puissance, sa vélocité et sa vivacité. En fait, il était grand et costaud et à la fois très rapide et puissant. Il possédait tout le bagage athlétique, après, on se posait la question de savoir s’il avait l’intelligence de jeu, le bagage technique pour faire du haut niveau » explique Romaric Bultel, alors responsable des catégories U13 et U15 au sein du club normand. Ce dernier, ainsi que l’ensemble de l’équipe éducative du FC Évreux 27 a travaillé spécifiquement dans le développement des derniers aspects cités : « Le cumul d’entraîneurs, d’expériences, et d’intervenants fait qu’il a emmagasiné un maximum de choses. Il a écouté un peu partout. En U15, on était vraiment sur l’aspect technique et tactique, car il avait un peu tendance à abuser de son gabarit. Par moment, il pouvait être un peu trop confiant dans sans ses interventions. Cela lui arrivait de tomber sur des attaquants malins, rusés, qui arrivaient à l’embobiner. Par excès de confiance, il ne se plaçait pas tout le temps bien. On a réussi à aiguiser cette pierre ».

Un monstre de puissance, de nature discrète

Modeste et « lucide », l’éducateur de la Vaillante n’estime pas être un « héros », mais plus comme « un petit maillon » sur le parcours du prodige : « C’est un enfant qui savait déjà jouer avant d’intégrer le club, j’en garde un très bon souvenir. Il avait une frappe monstrueuse, capable de marquer du milieu de terrain. Il dégageait une puissance phénoménale, on avait l’impression qu’il avait déjà un an ou deux d’avance ». Karamba Baruaxakis, issu de la même génération au sein du club angevin se souvient : «On jouait ensemble chez les poussins. À l’époque, c’était un des plus forts de notre catégorie. Il jouait même attaquant avec moi. Il courait super vite et était déjà très technique ». Impressionnant sur le terrain, le joueur du RB Leipzig se montrait plus réservé en dehors : « Dayot était un enfant assez discret, mais toujours avec le sourire, participatif et passionné par le foot. La dimension club apporte à ces joueurs le cadre, les règles de vie, et il s’en était très bien imprégné » termine celui, qui dix ans plus tard, coach toujours au sein de la structure amateur angevine.

De retour à Évreux, Dayot n’a pas changé d’attitude. Romaric Bultel témoigne : « Dayot, mais comme Rafik Guitane, Ousmane Dembelé, ou Samuel Grandsir, tous passés chez nous, font partie d’une génération. Et la nouvelle est totalement différente. Les souvenirs que j’ai de lui sont ceux d’un garçon discret, introverti, agréable, super serviable, prêt à donner un coup de main sans qu’on le lui demande. Et ça, ça ne se fait plus. Maintenant, on est obligé de tout cadrer pour que ça se fasse. Il a un profil atypique, il ne parlait pas beaucoup à part avec les copains. Il n’était pas à l’écart car il dégageait déjà une force naturelle. C’était un leader naturel au vu de sa prestance, et puis sur un terrain, il sait se transformer et sait les attentes d’un coach ».

 Mise en lumière à Valenciennes et envol européen

Après quatre années au FC Evreux 27, c’est Valenciennes qui flaire le bon coup Dayot Upamecano. Seul club, d’ailleurs, à avoir fait une approche concrète auprès du club normand. Romaric Bultel se rappelle : « Après des essais, l’issue pour Dayot avait été très positive avec Valenciennes. Il s’agissait de sa première signature en structure pro, c’était des moments agréables, forts. J’avais pris le relais par rapport aux discussions avec le VAFC, on l’a accompagné, véhiculé. Une fois à Valenciennes, on a continué de l’aider dans son intégration, pour les transports, car tout seul, ce n’était pas forcément jouable » explique celui qui échange encore de temps à autre au téléphone avec son ancien protégé. Côté football, le jeune Upamecano ne tarde pas à s’imposer dans le club nordiste. Titulaire en U17 Nationaux à 16 ans, puis en U19 à 17 ans, le numéro 5 du RB Leipzig garde toujours un temps d’avance :  « Chez nous, il a reçu un max d’ingrédients psychologiques, tactiques, techniques. Cette culture du foot amateur, l’envie de se surpasser, la détermination, l’agressivité… Quand il a été intégré à Valenciennes, cela lui a donné une mise en lumière. Il a été surclassé, c’était une très belle continuité. Il a progressé sur ses défauts tout en garder son temps d’avance athlétiquement. Il avait besoin de sortir du cocon d’Evreux, de se montrer au sein d’un club professionnel et d’emmagasiner un max d’entrainement et de pratique. Valenciennes est une structure qui bosse bien, il a su s’exprimer et eux lui faire confiance. Pour connaître leurs formateurs, je peux vous dire qu’ils ont été très importants dans sa progression. Il avait besoin de plus sportivement, de 6,7 séances par semaine, des soins médicaux et on ne pouvait évidemment pas lui proposer à Évreux ».

« Il a déjà un CV et pas mal de matchs à son actif. Et il n’a que 19 ans… »

Deux saisons de formation valenciennoise terminées, Dayot Upamecano tape logiquement dans l’oeil de plusieurs clubs européens, et quitte le centre du club de Ligue 2, naturellement. « Il a reçu de grandes sollicitations, avec sa signature à Salzbourg, il est devenu le grand garçon qui prenait son envol » continue celui qui est désormais responsable technique au FC Évreux 27. S’en suit un prêt au FC Liefering en D2 autrichienne, club filial du RB Salzbourg, où l’international espoir fait rapidement ses armes, avant l’explosion dans les deux clubs de Red Bull : « Aujourd’hui, il est titulaire en Espoirs, a fait une saison pleine en Autriche, deux campagnes d’Europa League dont une où il est toujours en lice, les poules de Ligue des Champions, et il est titulaire en Bundesliga dans une équipe bien classée. Quand on voit le cursus, c’est de plus en plus rare. Il a déjà un CV et pas mal de matchs à son actif. Et il n’a que 19 ans… »  énumère le formateur 

Un rêve de Coupe du Monde en Russie prématuré ?

Lors d’une interview réalisée pour le quotidien allemand Bild en février dernier, Dayot Upamecano déclarait : «Bien sûr que je rêve d’aller en Russie, mais la concurrence en équipe de France est incroyablement grande, surtout à mon poste. Mais je me battrai jusqu’au bout. J’ai beaucoup travaillé, c’est ma seule recette. Je rêve de devenir l’un des plus grands défenseurs du monde un jour». Avec les Espoirs pour cet avant dernier rassemblement avant le Mondial, les chances de voir le roc des Bleuets rêvetir la tunique des A semble se réduire, à moins d’une, voire même deux blessures dans son secteur. « Je pense qu’il ne faut pas brûler les étapes. C’est bien qu’il ait cette soif, cette envie, il n’a pas froid aux yeux et c’est pour ca aussi qu’il en est arrivé là. Maintenant, d’un point de vue personnel, je pense que ça fait juste. Il y a une charnière en place, et des remplaçants performants » constate objectivement Romaric Bultel.

« Il a ce rôle de leader, mais il peut l’appuyer davantage »

Questionné sur les progrès que son ancien protégé doit réaliser, ce dernier commente :« Je n’ai pas vu énormément de match de Leipzig cette saison, donc il m’est difficile de porter un jugement. Après, s’il veut passer un cap, je pense qu’il doit être beaucoup plus important pour le collectif au niveau de la finition. Il doit s’y distinguer davantage, notamment sur les coups de pied arrêtés. Il a le bagage et les capacités pour travailler la finition. Aussi, il a ce rôle de leader, mais il peut l’appuyer davantage. Enfin, on a encore l’impression qu’il est très confiant sur son profil, son gabarit, et peut avoir tendance dans son jeu à intervenir, alors qu’avec un peu plus de réflexion et d’anticipation, il pourrait éviter pas mal de duels, ne pas être tout le temps dans le feu, même si ses qualités physiques restent son point fort. Il évolue à un poste qui demande beaucoup de concentration, d’expérience, et de rigueur ». En fin de compte, le cocktail qui a manqué à l’Equipe de France, et à sa défense, contre la Colombie (2-3), vendredi dernier puis contre la Russie hier (1-3)…

Crédit photo : DR / Visuel : Actufoot