InterviewAncien pro

Djezon Boutoille : « Je me suis reconnecté au monde réel »

17/02/2017 à 9:33

Né à Calais, et profondément attaché à ses origines ch’tis, Djezon Boutoille est revenu entraîner son premier club, aujourd’hui en CFA, après treize saisons de professionnalisme, dont douze au LOSC. A 41 ans, l’ancien attaquant des Dogues a toujours les crocs aiguisés, pour… maintenir le CRUFC d’abord, le ramener en National ensuite.

Djezon, vivez-vous encore et toujours du football ?

Oui, je suis salarié du CRUFC, entraîneur général du club, chargé de la CFA mais aussi des jeunes. J’interviens tous les jours à leur contact, l’après midi, et je continue donc à vivre de ma passion.

Comment avez-vous géré votre reconversion ?

Après avoir terminé ma carrière lilloise en 2004, avec la satisfaction d’avoir amené le club au plus haut niveau européen (en 2001-2002 et 2002-2003), et être passé de la L2 à la Ligue des Champions en deux ans, sous les ordres de Vahid Halilhdozic, je suis venu en cours de saison à Amiens en L2 avant de revenir chez moi, à Calais. Je savais de toute façon que ça se terminerait ainsi car je suis très attaché à ma région et je ne me voyais pas vivre ailleurs. Je suis toujours resté fidèle à Lille en tant que pro, il était inconcevable pour moi de partir une fois redevenu amateur. Calais, où j’ai d’abord joué avant d’entraîner, c’était une évidence.

Pas trop difficile de passer des pros aux amateurs ?

Non, parce que c’est ce que je voulais. J’ai retrouvé des valeurs que je connaissais bien et je suis surtout sorti de cette bulle dans laquelle on vit forcément un peu quand on est pro. Je me suis reconnecté au monde réel au contact de gens qui ont une autre activité à côté du foot. La transition s’est faite naturellement car le LOSC que j’ai connu a toujours eu un fonctionnement très familial. J’y ai été chez moi comme je le suis aujourd’hui à Calais. Après, il y a des avantages et des inconvénients chez les pros comme chez les amateurs. Si vous êtes passionné de foot comme je le suis, vous faites avec…

« Je voulais vivre le foot dans un autre contexte »

Calais a écrit l’histoire en atteignant la finale de la coupe de France en 2000, en étant quart de finaliste en 2006, alors que vous y étiez joueur, peut-on voir le CRUFC au niveau pro un jour ?

Le National est une ambition légitime qui correspondrait au potentiel du club, à ses structures, son stade de 12 000 places, son histoire etc. Mais la Ligue 2 est un cap encore trop difficile à franchir car il conditionne le passage à un statut pro. Serions-nous prêts à l’assumer ? Je n’en suis pas sûr. Le National, pour une ville de 80 000 habitants, semble être le minimum. Nous y avons été pendant deux ans (2007-2009), on aspire y revenir le plus vite possible même si pour le moment on lutte pour se maintenir.

Peut-on vous revoir un jour dans l’encadrement du LOSC ?

L’occasion ne s’est jamais présentée aussi parce que j’ai voulu privilégier ma famille, mes enfants, qui vivent à Calais. Le monde pro, je l’ai vécu pendant quatorze ans, avec tout ce que cela signifie de côtés positifs et négatifs, je voulais vivre le foot dans un autre contexte.

Si vous n’aviez à retenir qu’un match de vos années Lilloises, quel serait-il ?

(sans hésiter) Le tour préliminaire de la Ligue des Champions en 2000 à Parme. Nous gagnons là-bas 2-0 dans des conditions particulières parce que nous venions d’apprendre la grave maladie de Christophe Pignol (l’ancien défenseur du LOSC souffrait d’une leucémie : ndlr). Emotionnellement, cette victoire, qui nous avait permis de nous qualifier pour la phase finale, avait été très forte. Elle symbolisait l’état d’esprit fantastique qui régnait dans ce groupe, avec lequel nous avions été champions de L2 un an avant.

Propos recueillis par J.L.B.

Crédit photo : LOSC/Twitter