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Droits TV : les chaînes gratuites au secours du football français ?

16/01/2021 à 16:40

Espérer voir un match de Ligue 1 en clair apparaît de moins en moins utopique. En raison des nombreux rebondissements concernant la rétribution des droits télé, les millions de suiveurs du foot français peuvent légitimement s'imaginer, dans un futur proche, regarder des rencontres de L1 sur TF1, M6 ou France Télévisions. Mais est-ce vraiment le chemin vers lequel on se dirige ? Et cela pourrait-il être une bonne idée ? Actufoot prend position et tente d'expliquer pourquoi, plus qu'une solution, cette hypothèse s'avère essentielle.

Téléfoot, Canal+, lot 3, pay-per-view, 1,153 milliard d’euros… Les données et chiffres relatifs à l’attribution des droits télés donnent mal à la tête. Depuis l’arrivée de Mediapro au sein de cette jungle, il apparaît de plus en plus difficile de s’y retrouver et de comprendre comment fonctionne cette rétribution des droits. Ce qui est en tout cas clair, c’est que les principaux diffuseurs peinent à assurer le rôle qui leur est confié : assurer et assumer la diffusion des matches de Ligue 1. Le désormais fameux fiasco Téléfoot, presque devenu pléonasme s’il en est, a par ailleurs ouvert la voie à une crise terrible pour le football français, aussi bien professionnel qu’amateur.

Des droits et… des devoirs

Et, comme si cela ne suffisait pas, Canal+ s’est joint à ce marasme, en annonçant, ce mardi, rendre son lot numéro 3 (composé des matches de Ligue 1 diffusés le samedi à 21h et le dimanche 17h) à la Ligue. Conséquence : un écran noir pourrait être à craindre à partir du mois de février. Autant dire, comme le formulait Pierre Rondeau, spécialiste des questions économiques dans le sport, dans un entretien qu’il nous avait accordé ce jeudi, que l’« on est vraiment dans la merde ». Heureusement, depuis ces annonces, d’autres acteurs se sont invités dans la danse. Le groupe M6, dans un premier temps, a adressé un courrier à la Ligue, dans lequel il propose de retransmettre, en clair, quelques affiches de notre chère – et le qualificatif n’est, bien entendu, pas choisi au hasard – Ligue 1 Uber Eats.

« Sans vouloir s’immiscer dans les discussions actuelles autour des droits de la Ligue 1, nos chaînes n’ayant pas vocation à se porter acquéreurs de lots, nous souhaitions toutefois vous indiquer que (…) nous pouvions mettre à votre disposition nos antennes pour la diffusion de tel ou tel match afin d’offrir de la visibilité à votre compétition et ses sponsors, éviter toute rupture de diffusion et assurer ainsi le lien social nécessaire autour de la diffusion de la Ligue 1″, peut-on lire dans ce courrier que s’est procuré Le Figaro. Dans la foulée ce vendredi, TF1 et France Télévisions ont à leur tour proposé d’en faire de même. Cette solution, qui pourrait paraître farfelue, semble pourtant ne pas être une si mauvaise idée.

D’ailleurs, l’équipe d’Actufoot avait réfléchi à la faisabilité de cette hypothèse avant qu’elle ne soit rendue publique. Mais alors, quels en seraient les avantages ? Et quels éléments joueraient en la faveur du groupe de France Télé ? Déjà, pour le téléspectateur – ou plutôt le consommateur – cela permettrait de ne pas avoir à payer un nouvel abonnement, surtout en cours de saison. Car on est bien d’accord, débourser en moyenne 60 ou 70 euros pour (avoir le luxe de) visionner des matches d’une telle qualité, cela semble un peu abusé, non ? Face à ce désintérêt de son public, contraint de se tourner vers des moyens de streaming illégaux, cela permettrait aussi à la Ligue de revaloriser un peu le championnat hexagonal. Après tout, voir un Dijon-Nantes, un dimanche à 15 heures sur France 3 Bourgogne, cela constituerait quelque part un charme nouveau de notre championnat.

Aussi, qu’il s’agisse de TF1, de M6, ou de France Télévisions, tous, à leur niveau, bénéficient d’une expérience non-négligeable dans le traitement, la retransmission et la gestion de la diffusion de matches, voire de multiplex (coucou la Coupe de France). Leurs équipes techniques sont déjà en place. De même que leurs dispositifs. Donc il ne manquerait plus qu’à définir les termes de répartition des rencontres. Une rétribution par région, sur les canaux respectifs, avec un match en prime-time sur France 3 National le dimanche soir à 21 heures, pourrait être une hypothèse. TF1 et M6 pourraient également diffuser chacun un match ou deux par journée.

Le Netflix du foot, ou presque

Ainsi, tout le monde s’y retrouverait. Les chaînes généralistes, qui diffuseraient gratuitement – et temporairement – les rencontres des championnats de L1 et L2 pourraient, en contrepartie, s’entendre sur un partage avec la Ligue des revenus liés à la publicité. Le consommateur, quant à lui, aurait (enfin) la possibilité de voir du football français gratuitement à la télé. Ou presque, car il continuerait à payer un abonnement déguisé, sous la forme de la redevance audiovisuelle, dont le prix atteint les 138 euros par an, soit 11,50 euros par mois. Moins cher qu’un abonnement à beIN Sports, Téléfoot ou Canal. Mais plus cher qu’un abonnement à Netflix. Citoyennes, citoyens, bienvenue dans le monde nouveau des droits télé.

Harry Hozé

Crédit photo : Icon Sport

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