PortraitAmateur-Pro

Du CFA2 à la Ligue 1, l’ascension tardive du « caméléon » Malik Tchokounté

08/11/2018 à 15:32

Formé à l'OGC Nice où il a fait toutes ses classes, découverte du foot amateur, jobs en tant que barman et surveillant de collège en Corse... Puis joueur en National, Ligue 2, et désormais professionnel en Ligue 1 à 30 ans... Malik Tchokounté possède un cursus footballistique complètement atypique. Une ascension que l'attaquant du Stade Malherbe de Caen doit à son travail, son abnégation et sa persévérance, atouts qui lui ont permis d'aller au bout de ses rêves. Portrait.

« Quand je l’ai vu s’entraîner, je me suis demandé ce qu’il foutait en CFA2, pourquoi d’autres clubs ne l’avaient pas pris avant. Après, on loupe tous des joueurs. C’était quelqu’un qui était déjà très intelligent, qui apprend vite, qui a le don de soi. Dans un groupe, Malik est une personne exceptionnelle ». Didier Santini, ne tarit pas d’éloges sur un joueur entraîné et managé pendant quatre ans à Calvi (2009-2013) puis à Dunkerque (2016-2017). Il croit se rappeler de sa première rencontre avec « ce gamin de dix-neuf, vingt ans », non conservé après avoir réalisé toute sa formation à l’OGC Nice (à l’exception d’une saison au Cavigal), et revenu d’une saison difficile avec deux clubs de quatrième et cinquième division anglaise. C’est à Menton (Alpes-Maritimes), en 2009, à l’occasion d’un match de championnat disputé par la formation corse, que Tchokounte, présent sur les lieux, est invité par le technicien en place à venir effectuer un test sur l’Île de Beauté, dès le lendemain. Un avion plus tard, direction l’entraînement pour l’attaquant, qui ne tarde pas à impressionner : « J’ai dit à mes dirigeants qu’il fallait le faire signer tout de suite ! » se souvient encore Santini.

Yohan Mallo est lui, depuis toujours, le meilleur ami de l’attaquant caennais. Tous deux pensionnaires du centre de formation du Gym, enfants du quartier de Nice Nord et scolarisés dans le même collège, puis coéquipiers pendant deux ans au FC Calvi, l’insérapable duo ne compte plus les années passées à grandir ensemble, les fois où ils se rendaient à l’entraînement sans payer les transports en commun. « On faisait un peu les fous » en rigole aujourd’hui Yohan. Les deux copains d’enfance ont d’ailleurs connu la même déception finale de ne pas signer pro avec le club de leur ville, celui qu’ils ont tant adulé, qu’ils aiment encore : « Ce fut un échec pour nous, parce qu’on est Niçois, qu’on aime notre ville. On est toujours fan de l’OGC Nice. Ne pas signer dans le club qui nous a formé pendant plusieurs années, près de quinze ans pour lui, ç’a a été un coup dur, oui » confie-t’ilFred Gioria, son ancien formateur avait confié à l’Equipe certains éléments sur sa non signature de contrat professionnel  : « De catégorie en catégorie, il n’a jamais signé de contrat, mais Malik n’a jamais rechigné. Il n’a pas été gardé car il n’avait pas les qualités pour évoluer en Ligue 1 à court terme, mais il était très respectueux. Je savais qu’il ne lâcherait jamais ».

Yohan Mallo et Malik Tchokounté (à droite) à l’époque de leur formation commune au sein de la pouponnière niçoise (Crédit photo : DR)

« Comme il est grand, on ne lui avait jamais appris à sauter »

Si leurs trajectoires respectives de début de carrière les séparent à la sortie de la pouponnière niçoise, les deux comparses se retrouvent rapidement au FC Calvi, lors de la saison 2010/2011. « Quand je le rejoins à ma signature en Corse, je retrouve un Malik avec un super état d’esprit, qui avait progressé dans pas mal de domaines. Je pense que le fait d’être livré à lui-même, loin de sa ville et de sa famille, d’alterner le foot et le travail a joué en sa faveur. J’ai retrouvé un homme, pas le gamin que j’avais quitté ». Côté foot aussi, « Le 9 » comme le surnomme Yohan Mallo (en référence au surnom donné par les Camerounais à Samuel Eto’o, « le modèle de Malik » lui aussi d’origine camerounaise), a élargi sa palette technique. « Il s’était amélioré sur sa protection de balle, sa vision du jeu, et sur son côté davantage buteur. C’est vrai qu’à l’OGC Nice, il ne passait pas la barre des huit, dix buts. A Calvi, il était entre quinze et vingt. Je l’ai retrouvé plus tueur, plus roublard. Il a cartonné pendant quatre ans » affirme son ami d’enfance. Didier Santini l’a aussi fait et vu progresser : « Il est arrivé très jeune et a progressé dans tous les domaines. Notamment au niveau de sa détente. C’est un grand gabarit d’1,91m et il n’avait pas une bonne détente. Comme il est grand, on ne lui avait jamais appris à sauter. A force de travailler, il est devenu impressionnant à ce niveau-là, avec un très bon jeu de corps. Outre ces aspects de son jeu, Malik a une gentillesse exceptionnelle. Je pense qu’il aurait pu réussir quatre ou cinq ans avant, mais il était peut-être justement trop gentil pour y arriver ».

« Il avait mis un hat-trick contre la réserve de Montpellier en CFA, de Benjamin Stambouli et Teddy Mézague. Ils les avaient massacrés »

De son aveu même, Didier Santini concède avoir tout fait pour faire franchir des paliers à son joueur, qu’il estimait voué à évoluer plus haut que le CFA. « Au bout d’un moment, on a essayé de le faire partir, pour lui. En Ligue 2 notamment, où j’ai usé de mes contacts, mais les gens n’y croyaient pas. Tu avais beau leur dire, en tant qu’entraîneur, que ce mec est un caméléon, qu’il est toujours en train d’apprendre, de progresser… rien n’y faisait. Je l’ai vu faire de sacrés matches. Je me souviens de celui contre la réserve de Montpellier, face à des joueurs comme Stambouli ou Mézague, la CFA professionnelle de l’époque. Il avait mis un hat-trick et les avaient massacrés. En fait, plus il jouait contre des bons joueurs, plus il était bon. Certains clubs pros n’ont pas cru en lui. Pourtant, lorsqu’ils affrontaient Malik en Coupe de Corse, en championnat ou en amical, il les bouffait. C’était incompréhensible pour moi. Fabien Mercadal est l’exception qui confirme la règle ». L’entraîneur du Stade Malherbe de Caen, alors à Dunkerque, prend son téléphone pour faire venir le joueur. « Fabien m’a dit : « Malik ne partira pas sans que tu dises que c’est ok. Derrière, je vois les dirigeants, et j’explique qu’on n’a pas le droit de le garder. Je ne suis pas entraîneur pour retenir un joueur qui mérite d’aller au dessus ».

Malik Tchokounté, à son départ de Calvi (CFA) pour Dunkerque (National). On est en 2013.

 

Joueur de foot, barman et surveillant dans un collège !

Son départ pour Dunkerque, une fois validé, chagrinera tout un club et son village. Footballeur, mais aussi barman pour gagner sa vie, dans des « lieux huppés,  grande classe » , comme les décrits son ancien coach, l’ancien buteur du Paris FC a terminé son parcours corse par un job de surveillant au collège Jean-Félix Orabona, au sein duquel il a fait l’unanimité : « Malik est un caméléon. Quelqu’un qui a travaillé, dans des endroits où ses patrons étaient très durs. Mais ils te le disent, tu lui demandais un truc, il le faisait à la perfection. Quand on l’a fait rentré en tant que surveillant au collège, il ne savait pas quelles allaient être ses responsabilités, ne connaissait pas le métier. A la fin, tout le monde ne parlait que de lui. Un prof a même fait un poème à son égard devant tous les élèves. Le jour où il est parti, tout le monde était en pleurs. Quand il y avait un problème, on l’appelait lui pour régler la chose. Les gens et les enfants ne voyaient que par lui. Quand il revient chaque année, ils s’aperçoivent qu’il n’a pas changé même s’il joue en Ligue 1. A son arrivée à Calvi, il ne gagnait pas d’argent. Ce qu’il touchait ensuite, il le donnait en grande partie à sa famille, et le reste c’était pour vivre » témoigne son ancien entraîneur et mentor. « Je ne connais pas une personne à Calvi qui n’appréciait pas Malik ! » s’exclame son ami, Yohan Mallo, également ancien joueur du club. Il poursuit : « Au club, les présidents étaient comme des pères pour nous. Et il possède toujours une très belle relation avec le coach Santini. Il prouvait sur et dehors du terrain, et Didier aimait ça. Il l’a de suite apprécié, car c’est quelqu’un d’attachant sur qui il pouvait compter ».

Calvi, le soleil, le foot… et les sorties nocturnes !

C’est presque inévitable et Didier Santini, l’ancien entraîneur du FC Calvi le savait pertinemment. Son groupe est jeune et donc forcément exposé à profiter du cadre de vie exceptionnel offert par la commune de Haute-Corse. « Calvi, c’est la Corse, c’est beau, extraordinaire. On avait une très bonne équipe qui est montée de DH en CFA. Mais certains avait du mal à faire la part entre le foot et l’extra-sportif. A cette époque, j’ai eu des joueurs de 21 ou 22 ans à Calvi, comme Garcia (Alexandre) et Lesueur (Dimitri) qui avait déjà joué en National ou en Ligue 2. Ils avaient fait quelques bêtises chez les pros mais pouvaient réussir. Ils ont le même âge que Malik aujourd’hui et étaient peut-être plus talentueux, mais lui savait travailler et s’amuser à côté en même temps. Lui voulait réussir. C’est quelqu’un qui de sain, athlétique, qui encaisse les charges ». Les petites virées nocturnes avaient leur place dans le quotidien des joueurs, il fallait simplement ne pas en abuser et surtout, savoir les assumer. Yohan Mallo concède certains petits dérapages de jeunesse : « En Corse, on était en collocation dans un petit studio ensemble. C’est vrai qu’on sortait pas mal en boîte de nuit (rires). On aimait bien l’Acapulco, les festivals du Calvi on The Rock. On était jeunes, il y avait les femmes, un peu d’alcool. C’est vrai qu’on s’est amusé. On s’est aussi retrouvé à trois dans ce même studio avec Foued Khazri (le frère de Wahbi). Quand on en reparle, on se dit que ce sont nos plus belles années, même si là, il joue quand même en Ligue 1. Après, il n’y a pas ce côté humain qu’on avait en amateur ». S’il fallait assumer derrière sur le terrain, il fallait aussi assumer auprès du coach Santini, généralement bien renseigné et attentif. Ce dernier avait mis en place un système d’amendes. Si certains essayaient de re-négocier leur sort après une sortie nocturne, Malik Tchokounté, lui, assumait quand il « avait fauté ». « Quand il fait une connerie, il accepte direct la sanction. Si jamais il fautait par rapport a ce que moi j’avais demandé, il payait l’amende et ne disait rien du tout. C’est quelqu’un de très droit. Des conneries de jeunesse, on en a tous fait, moi le premier lorsque j’étais joueur » reconnait humblement celui qui officie désormais avec la sélection U18 de la Chine.

L’inséparable duo Tchokounté-Mallo remporte le championnat de France de CFA2 avec Calvi (2011) et réalise le triplé en Coupe de Corse (2011,2012 et 2013). Crédit photo : DR

Tremplin réussi à Dunkerque, vainqueur de la conIFA avec la Seleccioun

Dans la lignée de son aventure particulièrement stable en Corse malgré un statut de joueur amateur, Malik Tchokounté passe également quatre saisons à l’USL Dunkerque, en National (2013-2017). Le destin fait que son entraîneur à Calvi, Didier Santini, s’engage à son tour dans le Nord pour y prendre la suite de Fabien Mercadal en 2016. Bis repetita pour le tandem Santini-Tchokounté, puisque le joueur a l’occasion d’aller se tester à l’étage supérieur. Son mentor ne le bloquera pas : « On ne pensait pas que ça allait se faire mais il a eu l’opportunité d’aller encore au-dessus et je l’ai laissé y aller. Deux club pros le voulaient. Le Red Star, qui descendait en National et le Paris FC, qui s’est finalement maintenu en Ligue 2. Il aurait été fantastique pour moi de le garder à Dunkerque une année de plus, mais il fallait penser au joueur. Il a montré par la suite qu’il pouvait faire une bonne saison en Ligue 2, et aujourd’hui, il est encore plus haut ! ». Malgré les 1236 kilomètres séparant Dunkerque de sa ville natale, Malik Tchokounté maintient des liens forts avec ses origines. Enfant du Stade du Ray, ramasseur de balles les soirs de matches professionnels du temps de sa formation niçoise, puis auteur de quelques déplacements mémorables avec la Brigade Sud et son ami Yohan Mallo les deux copains « vibraient ensemble avec le Gym » se remémore ce dernier. « Il est toujours très heureux quand il revient à Nice. Comme on dit ici en rigolant, on n’est pas Français, on est Niçois. Quand il va venir jouer à l’Allianz ? Il va être très fier de jouer devant sa famille et ses amis, très ému, c’est sûr ». Nouvelle preuve de son attache à ses racines, l’attaquant a intégré « la Selecioun »(sélection exclusivement composée de footballeurs nés sur le sol de l’Ancien Comté de Nice) avec qui il remporte la conIFA en 2014 (Coupe du Monde qui réunit les états et régions non reconnus par la Fédération Internationale de Football). Un succès synonyme de grande fierté pour le peuple niçois dont Tchokounté, buteur lors de la demi-finale était revenu pour le site Foot Mercato : « C’était une aventure un peu surprise. Ça s’est fait rapidement mais c’était grandiose. J’ai été appelé par les entraîneurs en charge de l’équipe que je connaissais très bien. Il y avait mon coach en centre de formation (Fred Gioria). On se retrouve avec plein de collègues avec qui j’ai joué ou contre qui j’ai joué, des Niçois que je connais très bien. On a tous accepté sans savoir vraiment à quoi s’attendre et c’était une belle aventure humaine. Et puis un tournoi, c’est unique ».

Malik Tchokounté sous les couleurs de « la Selecioun » à l’Allianz Riviera. Un tour d’honneur a été organisé après le titre de 2014 lors de la conIFA (Crédit photo : OGC Nice)

12 buts en Domino’s Ligue 2, révélation au Paris FC

Fort d’une quatrième belle saison en National sous les couleurs nordiques avec douze buts au compteur, faisant de lui le troisième meilleur buteur du championnat, Malik Tchokounté signe son premier contrat professionnel en juillet 2017 en faveur du Paris FC. Quelques semaines plus tard, le 25 août, il inscrit son premier but, contre l’AJ Auxerre à Charléty, lors de la 5e journée. Le premier de ses treize réalisations toutes compétitions confondues (12 en L2, 1 en Coupe de la Ligue). Une adaptation rapide qui lui permet de réaliser une première saison plus qu’encourageante. L’ancien du FC Calvi est décisif sur 36 % des actions de son équipe conclues par un but cette année-là (buts, passes décisives). Idriss Ech-Chergui, milieu offensif au Paris FC (2014-2018) a partagé la saison dernière au côté de l’ancienne gâchette du PFC. Il s’en souvient avec beaucoup de plaisir : « On va commencer par la personnalité, parce qu’on est des hommes avant d’être des joueurs. Malik, partout où il est passé, je pense, a laissé une belle image de lui parce que c’est un gars travailleur. Et puis il se bat, sur tout, sur chaque match. Même s’il ne marque pas, il apporte tellement dans le jeu, que tu as besoin de lui. Il a été indispensable la saison dernière et a mis des tops buts. Ce fut un plaisir d’évoluer à ses côtés. Je suis vraiment content de sa réussite et sa signature en Ligue 1. Il me fait penser à la carrière, d’un ami, Khalid Boutaib, qui a percé aussi assez tard. Malik n’a pas lâché ». « Il ne plaît peut-être pas à tout le monde, mais c’est un joueur précieux » déclarait de son côté Mercadal, au sujet de son homme de base, alors auteur de son 5e but sous les couleurs du PFC. Dans les colonnes de Goal, le technicien expliquait pourquoi autant compter sur son joueur : « C’est un attaquant de pivot, à la fois remiseur et attaquant de surface, avec un vrai sens du collectif. Pour un entraîneur, cela a une valeur folle ».

Fabien Mercadal et Malik Tchokounté lors de la pré-saison 2018-2019 avec le Stade Malherbe de Caen. Il s’agit là de la troisième collaboration professionnelle entre les deux hommes (Dunkerque, Paris FC et Caen) Crédit photo : SM Caen

« Si tous les joueurs de football étaient comme lui, ce serait extraordinaire »

Mais comment expliquer cette faculté à continuer d’empiler les buts, alors que le niveau s’élève ? « Dans le foot, on a besoin de joueurs intelligents, qui savent se placer, qui se sacrifient sur le terrain et qui écoutent beaucoup. Si tu montres des vidéos à Malik, en lui expliquant pourquoi il n’a pas marqué, pourquoi il est mal placé, il comprend et assimile. Entre 2012 et 2014, il aurait déjà dû partir en Ligue 2 en Corse, il avait 22 ou 23 ans. Il a rendu fou des clubs à l’époque que ce soit le CA Bastia, le Gazélec ou l’ACA. Il était doué. Je leur disais de le prendre. Il ne coûtait pas un prix exorbitant et puis, c’est un joueur de groupe, qui ne fait pas de vagues. Si demain il doit aller jouer avec la réserve de Caen, il va être exceptionnel de mentalité avec les jeunes, il va leur parler. Si tous les joueurs de football étaient comme lui, ce serait extraordinaire » lui rend hommage Santini. Yohan Mallo, son meilleur ami et ancien coéquipier livre aussi son point de vue : « Il s’est à chaque fois adapté au niveau. D’année en année, il a pris conscience de ses qualités. Quand il est en National, il voit qu’il joue, qu’il a le niveau et qu’il marque des buts. En Ligue 2, pareil, et la confiance augmente encore. Ses partenaires l’ont aussi toujours aidé car il était apprécié partout où il est passé. A Calvi, je pense qu’il croyait encore au monde pro sans y croire. En football, on sait que plus tu prends de l’âge, plus c’est difficile d’arriver au haut niveau. Quand il a eu cette opportunité d’évoluer en National,  il s’est dit que cela allait être un tremplin, et maintenant, il est en Ligue 1, à 30 ans ! Comme il le dit lui-même, il vient de loin ! J’ai l’impression qu’il ne réalise pas trop encore. Des fois, je lui dit, « Hé Malik, tu te rappelles il y a encore quelques années, quand tu travaillais dans un collège à Calvi, ou que tu livrais des pizzas à Nice ? C’est le travail qu’il a fourni qui lui a permis d’en arriver là » assure-t-il.

Idriss Ech-Chergui et ses coéquipiers du Paris FC congratulent Malik Tchokounté, auteur d’un doublé en cinq minutes sur le terrain de Tours, en février dernier (1-2). Crédit photo : Paris FC

A Caen, la consécration !

Une fois n’est pas coutume, on ne se détache pas de Malik Tchokounté guère facilement. Après avoir l’avoir « emmené dans ses bagages » de Dunkerque au Paris FC, Fabien Mercadal, récompensé de son bon travail au sein du club francilien par une opportunité d’entraîner sur un banc de Ligue 1, ne se fait pas prier pour recruter son attaquant à Caen. C’est ensemble qu’ils gravissent les échelons du troisième niveau français, à l’élite. Adoré par ses entraîneurs, qui lui vouent une confiance inébranlable, Malik Tchokounté est aujourd’hui en plein apprivoisement d’une Ligue 1 relevée, à l’image d’un Umut Bozok, issu du monde amateur, qui cherche lui aussi sa cadence. Au contraire du Nîmois, le Caennais n’a pas encore débloqué son compteur après 12 journées. « Marquer son premier but ? Ça trotte dans la tête de tous les attaquants. Mais il a un cursus tellement atypique qu’à la limite, tu t’en fous de ne pas marquer, car tu joues en Ligue 1 ! Comme j’ai l’habitude de le dire à mes joueurs, c’est beaucoup plus facile de dégager un ballon dans la tribune que de marquer un but. Il y a des supers défenseurs et gardiens en Ligue 1, il faut s’adapter, observer » tempère Santini.

« Un bon exemple pour beaucoup de footballeurs qui pensent que leur carrière est finie à 22 ou 23 ans ».

Titularisé à six reprises, dont lors de la première journée en championnat, au Parc des Princes contre le PSG, le « Caméléon » a conscience d’être entré dans une nouvelle dimension. « Il me dit que ça n’a vraiment rien à voir avec la Ligue 2, que ça va beaucoup plus vite notamment dans les 30 derniers mètres aussi. Il faut qu’il s’adapte. Ce serait bien qu’il débloque son compteur pour sa confiance. Je suis monté dernièrement pour Caen – Guingamp, mais il n’a pas pu jouer pour cause de blessure. C’est devenu un peu une obsession chez lui d’inscrire ce premier but. Je l’appelle après chaque match pour prendre la température. Il me dit « Certes je fais un bon match, mais il faut que je marque ». Le coach Santini ne s’inquiète pas trop non plus pour son ancien protégé : « Malik est un attaquant qui pèse beaucoup et permet aux autres joueurs autour d’en profiter. Plus t’es costaud, plus il aime ça. Il préfère tomber sur une armoire à glace qui va l’emplâtrer tout le match plutôt qu’un petit plein de vivacité. Il a besoin de ça. Si son entraîneur est content de lui, de son travail athlétique, de son jeu avec ses partenaires, c’est très bien. Je sais qu’il peut s’adapter ». Il faut dire que pour l’heure, Tchokounté ne souffre pour l’instant d’aucune comparaison. Personne n’a encore endossé la tenue de leader d’attaque du Stade Malherbe de Caen, et la concurrence bat son plein avec l’Antibois Enzo Crivelli, et l’ancien Lyonnais Claudio Beauvue.

Si Malik Tchokounté exerce aujourd’hui son métier de footballeur au plus haut niveau, il le doit pour beaucoup, à son abnégation et à sa persévérance. Didier Santini insiste sur ces points, car nombreux sont les talents qui se sont auto-gâchés, par manque de sérieux, travail et de rigueur. « Le football a tellement changé qu’un joueur comme Malik, dans un groupe, c’est fantastique. C’est un bon exemple pour beaucoup de footballeurs qui pensent que leur carrière est finie à 22 ou 23 ans. Si tu crois en tes rêves, va au bout ! Et lui y est allé. Quand tu plantes 12 buts en Ligue 2 pour ta première saison en pro… C’est très bien qu’un joueur qui sorte d’un centre de formation, qui n’y a pas été gardé, puis qui a connu le foot amateur pendant pas mal d’années soit là où il en est aujourd’hui. C’est une très belle image du sport ».

TG.

 

CV
– OGC Nice (centre de formation jusqu’en 2008) – Thurrock FC (D4 Anglaise, 2008-2009) – FC Calvi (CFA2-CFA, 2009-2013) – USL Dunkerque (National, 2013-2017) – Paris FC (Ligue 2, 2017-2018) – SM Caen (Ligue 1, 2018-maintenant)