Portrait

Enzo Loiodice, « un joueur façon Barça »

22/11/2018 à 17:09

Il aura tout juste 18 ans, mardi 27 novembre prochain lors de cette année 2018, qui aura été l’année de toutes les réussites pour lui. Enzo Loiodice, milieu de terrain, a connu son premier match en professionnel du côté de Dijon, face à Bordeaux le 28 avril dernier. Lundi il était titulaire lors de la victoire des U20 de l’équipe de France face à la Norvège, le seul de la génération 2000. Entre temps, il a obtenu son Bac S, signé son premier contrat pro de trois ans, et s’est imposé au sein de l’effectif dijonnais lors de cette première partie de saison. Tout ça, à tout juste 17ans…

« Enzo est quelqu’un de très mature, qui ne fait pas son âge. C’est vraiment rare pour de jeunes joueurs comme lui. » Ces mots sont signés de Grégory Peres, actuel entraîneur de la réserve de Dijon, qui l’a eu sous son aile en U19. Tous ceux qui l’ont vu grandir et jouer au football sont unanimes, c’est quelqu’un de très intelligent. Son ex-entraîneur poursuit dans ce sens : « C’est un joueur qui se distingue par son intelligence et sa qualité technique. C’est surtout dans ces deux domaines qu’il est au-dessus. Sa grande force, c’est de tout anticiper, il ne se fait jamais surprendre, et je pense que c’est pour cette raison, qu’il réalise un bon début de championnat avec les professionnels. »

Ses premières minutes en Ligue 1 à Bordeaux

Il ne s’est jamais fait surprendre, sauf peut-être une fois… pour son premier entraînement avec les pros. Grégory Peres se souvient de ce moment : « Enzo était arrivé en avance pour s’entraîner avec les U19, il avait prévu d’aller à la musculation. Mais le groupe pro avait beaucoup de blessés, et il manquait un joueur. Je suis allé le chercher pour lui dire qu’il allait s’entraîner avec eux. Il ne s’y attendait vraiment pas. Pour la première fois, je l’ai senti perturbé avec un regard plein d’interrogations. C’est la première fois qu’il n’avait pas un coup d’avance. Mais à l’arrivée Enzo s’en est bien sorti, et quand on voit là ou ça l’a mené… » Le jeune milieu de terrain gaucher a profité de cette fin d’exercice 2017/2018, et d’un grand nombre de blessés pour jouer quatre matchs, et grappiller du temps de jeu, alors que le maintien était déjà acquis. Sa première apparition à Bordeaux (1-3 le 28 Avril), comme il a pu le confier à nos confrères de So Foot, « je m’en souviendrais toujours. J’ai essayé de faire ce que je sais faire, sans en rajouter. Pour moi, c’était déjà extraordinaire de jouer en Ligue 1. » Une fin de saison 2017-2018 qui a débouché sur un début 2018/2019 fructueux. Pour Stéfano Mazzolini qui l’a eu, en U17 du côté de Dijon, cette réussite actuelle du joueur n’a rien d’étonnant : « On s’aperçoit qu’il a su saisir sa chance. C’est sa qualité, même si on lui donne peu de minutes, il va les jouer à fond, et il a tout compris. Il a constamment envie de progresser, en regardant vers le haut. C’est vraiment fort à son âge, d’avoir mis tous les moyens de son côté, pour réussir. »

Enzo Loiodice, dès son plus jeune âge au SC Paris

Ses premiers pas dans sa région natale parisienne

Avant d’en arriver-là, le gaucher a fait ses classes jusqu’à 14ans dans la région parisienne. Fils d’un agent immobilier, et d’une chercheuse, il est né dans le 12ème arrondissement. C’est un garçon très attaché à sa famille, quelqu’un de très casanier. Il a commencé le football à l’âge de 6 ans du côté du Sporting Club de Paris. Nicolas Paolinelli, son entraîneur qui l’a eu en poussins à l’époque (U11 aujourd’hui), revient sur le niveau d’Enzo : « Il était déjà au-dessus de la moyenne, et très fort techniquement. On le faisait régulièrement jouer dans la catégorie supérieure. C’était un joueur petit de taille, mais il s’en sortait grâce à sa technique, et son intelligence. Il voulait tout le temps jouer au football. Sa catégorie jouait le samedi après-midi avant les U13, et dès qu’il manquait des joueurs chez les plus grands, il n’hésitait pas une seconde à aller les aider. Ca prouve qu’Enzo est là, parce qu’il aime avant tout jouer au foot. Sa réussite, elle vient aussi de là. »

Après ça, Enzo Loidoice a rejoint le club des Gobelins en U12. C’est à ce moment-là que sa jeune carrière de footballeur a pris un virage important. Il a pris conscience qu’il n’y avait que le foot qui l’intéressait, comme activité en dehors des études. Ludovic Ebles son entraineur aux Gobelins revient sur un fait qui l’avait marqué : « Lors d’un séjour que j’ai organisé aux Pays-Bas, du vendredi au dimanche, Enzo n’est venu que le samedi et le dimanche avec son père pour le tournoi. Le vendredi il y avait des activités extra-sportives, mais il n’a voulu venir que pour le foot. Il n’y a que ça qui comptait pour lui, en plus de ses études. » En plus de ça, le technicien se souvient, qu’Enzo « avait déjà une très bonne hygiène de vie. Jour de tournoi, je prenais McDo pour les petits. Lui, il prenait tout le temps une simple salade avec une bouteille d’eau. Et quand il y avait match l’après-midi, ses parents l’emmenaient chez l’italien du coin a 11h, pour manger des bonnes pâtes. » D’un point de vue sportif, et sur le terrain, l’international des -20 ans a épaté son ancien entraîneur de par « son aisance technique, sa qualité de passe, mais aussi son agressivité dans le bon sens du terme. En plus de ça, il était tout le temps à l’heure aux entraînements, et très assidu dans son comportement. »

Enzo Loiodice avec son entraîneur aux Gobelins, Ludovic Ebles, qu’il revient souvent voir

Ces deux entraîneurs qui l’ont eu, quand il était plus jeune, s’accordent à dire qu’il s’agit d’une personne avec beaucoup d’humilité, et qui a la tête sur les épaules. Ludovic Ebles se rappelle que « les études avaient aussi beaucoup d’importante pour lui. Quand il était courtisé par Reims et St-Etienne, il a préféré Dijon parce que c’était un club très familial, valeur à laquelle Enzo est très attaché. Mais aussi surtout parce qu’il voulait avoir un lycée adapté, avec une branche particulière, afin de pouvoir se retourner, si jamais il ne réussissait pas dans le foot. »

« Je voulais qu’il soit la machine à laver de l’équipe »

Quand on parle d’Enzo Loiodice, beaucoup voient en lui un profil de joueur atypique comme il n’y a plus beaucoup dans les centres de formation français. Un joueur un peu à l’espagnole. Grégory Peres reconnaît « un joueur plutôt façon Barca. Un style à la Busquets, plutôt grand et longiligne, un joueur très intelligent dans son placement, qui intercepte quand il faut, avec une très bonne qualité de passe. En plus je sais qu’il adore ces joueurs du FC Barcelone, comme Xavi et Iniesta, qui sont deux monuments. » Stéfano Mazzolini est du même avis que son compère dijonnais : « Ce que j’aime beaucoup chez lui, c’est sa simplicité, et sa propreté dans le jeu. Je ne voulais pas qu’il fasse de différence, je voulais qu’il soit la machine à laver de l’équipe. Et il a tenu ce rôle à merveille. D’un ballon moyen, il est capable d’en faire un ballon propre. Il ressemble aux joueurs espagnols, très fort techniquement, avec un jeu fluide, et avec qui, on peut jouer au ballon. » C’est un profil de joueur unique en France, comme on ne voit plus beaucoup sur les pelouses. Il a su s’imposer au sein de l’effectif dijonnais géré par Olivier Dall’Oglio qui loue « son sens de l’anticipation, qui lui permet de combler son manque de puissance. Alors oui ce n’est pas un monstre physique, mais il est solide, et c’est un véritable marathonien. » Dans ses propos relayés à So Foot, le tacticien de Dijon avait aussi évoqué qu’Enzo Loiodice avait encore des choses à apprendre, de par son jeune âge, « notamment dans son jeu long, dans l’utilisation de son pied droit, et sa capacité à déséquilibrer l’adversaire. Mais je ne suis pas inquiet, c’est un joueur qui comprend vite. »

La passe décisive d’Enzo Loiodice face à l’OGCN sur le premier but dijonnais.

Seulement 18 ans dans six jours…et un avenir déjà prometteur

Il comprend vite, et puis il est encore très jeune. A seulement 17ans, Enzo Loiodice est déjà professionnel, et vient de participer aux deux matchs amicaux de l’équipe de France U20 de Bernard Diomède. Il est surclassé, et demeure le seul joueur de la génération 2000, à figurer dans cette sélection. Lundi, le milieu de terrain a disputé l’intégralité de la rencontre, qui a conduit les Bleus à la victoire face à la Norvège (1-0). A n’en pas douter, Enzo Loiodice est sur la bonne voie. Son entraîneur aux Gobelins, Ludovic Ebles, « a vu passer également Adrien Rabiot. Je pense qu’Enzo a les atouts, et les qualités pour être plus fort que lui. Il a fait le bon choix avec Dijon. La preuve puisqu’il joue, et c’est un club qui lui convient très bien. » Nicolas Paolinelli, celui qui l’a vu commencé le football petit, pense « qu’il peut encore viser plus haut, et durer, surtout s’il est toujours aussi bien encadré. Il est déjà surclassé et international en jeunes, c’est un bon point. Ca veut dire que la FFF a déjà un oeil sur lui. » Décrit comme un jeune joueur qui donne toujours tout sur le terrain, avec une envie constante de progresser, et de mettre sa qualité au service du collectif, le jeune gaucher dispose d’un bon package. Et ça pour Stéfano Mazzolini, son mentor en U17, c’est un point essentiel : « C’est un vrai joueur d’équipe, et je pense que s’il ne lâche rien et continue comme ça, il a les moyens de réaliser une belle carrière de footballeur. »

Adrien Santucci