15 ans ActufootInterview

Eric Borghini : « Actufoot met en valeur les bonnes pratiques du football »

17/03/2017 à 10:33

C’est une histoire qui nous passionne. Une histoire que l’on défend à chaque instant. Une histoire à laquelle on s’attache. 15 années maintenant qu’Actufoot accompagne le football départemental dans ses bons comme dans ses mauvais moments. D’abord dans le 06, puis au niveau national (depuis février 2017) de nombreuses personnalités ont accompagné l’évolution du réseau depuis son premier numéro le 21 décembre 2001. Pendant un mois, nous partons à la rencontre de 15 acteurs du football qui ont marqué notre histoire.

Président de la Ligue Méditerranée et membre du COMEX, président de la commission de l’Arbitrage, Eric Borghini est une figure emblématique du football amateur et professionnel. Il nous a chaleureusement ouvert son bureau dans le centre de Nice pour une entrevue passionnante mêlant souvenir du passé et projets futurs. Entretien.

« Je crois beaucoup au football comme vecteur de paix et de fraternité entre les hommes »

Eric Borghini, si je vous dis Actufoot, vous me dites…

Une bande de copains. Des jeunes venus me voir au District de la Côte d’Azur, il y a maintenant 15 ans pour m’exposer leur projet de faire un journal dédié au football départemental dans le 06. Le projet m’a immédiatement enthousiasmé parce qu’il n’existait pas vraiment une caisse de résonance médiatique pour les compétitions amateurs du District de la Côte d’Azur.

Aujourd’hui, les deux plus gros médias traitant du football amateur dans les départements (Actufoot et Footengo) fusionnent pour ne former qu’un. Quel regard avez-vous sur cette nouvelle aventure au niveau national ? 

J’en pense que du bien ! Je trouve que c’est une très bonne idée d’avoir un média, Actufoot.com, qui s’intéresse spécifiquement au football amateur fédéral. Et qui garde en local les spécificités pour tous les districts. C’est une très belle évolution.

My Coach, par le biais de l’opération Label Educateur, et Actufoot mettent en lumière les bonnes pratiques dans le football. C’est important aujourd’hui de valoriser ces actions qui permettent d’améliorer l’image du football ?

Un peu partout en France, le mauvais côté du football amateur ressort. Quand nous avons une structure qui permet de mettre en lumière les bonnes pratiques, les valeurs réelles qui sont celles du football, c’est-à-dire la solidarité, l’amitié, la convivialité, l’esprit sportif, mais dans un cadre maîtrisé où le jeu dépasse l’enjeu et pas l’inverse, ce n’est que positif pour le monde amateur. Je crois beaucoup au football comme vecteur de paix et de fraternité entre les hommes. Le football est un sport sans sélection, n’importe qui peut y jouer. Il suffit d’avoir un maillot, un short, une paire de basket et on joue au football. Il est universel parce qu’il est simple, il permet de rapprocher des hommes et des femmes de toutes cultures, religions, ou encore conditions sociales. Le fait de jouer ensemble, permet de créer cette solidarité. C’est ça le football. C’est bien qu’on puisse mettre en lumière ces valeurs là et qu’il y ait un média qui soit dédié à ça.

Quel souvenir, article, moment, vous a le plus marqué sur Actufoot ?

Il y a un moment d’émotion particulier que toute ma famille a partagé. C’est le jour où Actufoot m’a désigné comme dirigeant de l’année. il y avait seulement Claude Colombo et mon épouse dans la confidence, pour recueillir toutes les informations personnelles. Il y a eu dans cet article de très belles photos, des vidéos avec ma fille qui était toute petite, mon épouse, Claude Colombo. C’est quelque chose qui m’a touché et que je retiens encore aujourd’hui.


ACTUFOOT AWARDS 2010 – Personnalité de l’année… par actufoottv

Depuis ce moment, qu’êtes vous devenu ?

J’ai vieilli (sourires). J’ai été à la tête du District Côte d’Azur jusqu’en septembre 2016 avant d’être élu président de la Ligue Méditerranée. Je préside maintenant la Ligue, en étant un président à temps plein, même en étant à Nice. Je suis en contact permanent avec mon équipe sur place à Aix-en-Provence. Je donne mes instructions, je valide. L’autre temps fort, de mon évolution dans le football, a été mon élection au Comité Exécutif de la fédération en 2012 (COMEX). Avec un dossier extrêmement compliqué à piloter, celui de la réforme de la gouvernance de l’arbitrage français. J’ai porté, à la demande de Noël Le Graët, cette réforme qui a été massivement adoptée par l’assemblée fédérale (plus de 85% des voix, ndlr). Avec Pascal Garibian (Directeur Technique de l’Arbitrage), on a mis en place la réforme votée et on a obtenu des résultats tout au fil du mandat. L’arbitrage français a retrouvé, d’une certaine manière, ses lettres de noblesse. Il a également retrouvé une lisibilité sur le plan international. Clément Turpin et son équipe, ont participé aux Jeux Olympiques, à l’EURO 2016. Stéphanie Frappart, notre leader dans l’arbitrage féminin, a participé de son côté à la Coupe du Monde Féminine au Canada, aux JO à Rio. Elle a été nommée arbitre centrale de Ligue 2 masculin.

Justement en tant que président de la commission des arbitres, quel regard avez-vous sur le niveau de l’arbitrage français ?

Nous avons une très belle génération d’arbitres, à qui on a donné les moyens de travailler. Ce n’est pas tout d’être doué, il y a un gros travail derrière cette réussite. Vous pouvez avoir des gens doués, s’ils ne travaillent pas, ça ne le fait pas. Le point d’orgue de notre réforme a été la professionnalisation des arbitres de L1 qui va se poursuivre en collaboration avec la LFP et les clubs pros, qui nous donnent les moyens financiers de mettre en place cela. Il faut également souligner que la France expérimente l’arbitrage vidéo. C’est une expérimentation qui dure deux ans et qui va permettre ensuite à la FIFA de prendre sa décision avant la Coupe du Monde 2018 en Russie. Un gros effort sur l’arbitrage féminin doit être effectué. On a eu 74% d’augmentation en 4 ans du nombre des licenciés féminines (115 000), mais chez les arbitres ça n’a pas suivi. Là, il y a un gros travail à faire en région, dans les Ligues, dans les Districts. La fédération a donné un certain nombre d’outils aux Ligues, pour recruter, fidéliser.

En septembre vous deveniez président de la Ligue Méditerranée. Quel premier bilan pouvez-vous faire du début de votre mandat ?

Il est déjà costaud, parce que sur tous les engagements pris durant la campagne électorale de la Ligue, on en a déjà tenu un certain nombre. On a mis en place 9 groupes de travail pour examiner beaucoup de dossiers. D’abord les dossiers financiers, toujours dans le sens de trouver des possibilités financières pour les clubs. On a fait un groupe sur les compétitions en suivant la refonte des championnats nationaux séniors au niveau de la FFF. Il y a aussi tout ce qui concerne la technique avec l’amélioration de notre centre technique régional. On souhaite l’optimiser pour y rajouter, à la demande d’Olivier Echouafni (Sélectionneur de l’Equipe de France Féminine), un pôle espoir féminin. Mais aussi le centre inter-régional de formation par exemple. On a également travaillé sur un recalibrage des commissions. Par exemple, nous avons fusionné la commission de la Coupe de France avec celle des championnats pour n’en faire qu’une. Pour, à la fois, réduire le nombre de commissions mais aussi réduire le nombre de bénévoles afin de gagner en efficacité. Quand on est dirigeant il faut appliquer une ligne de conduite pour que notre Ligue redevienne une Ligue moderne. C’est déjà le cas sur le plan sportif avec trois clubs dans les six premières places de L1. Il nous reste à travailler sur le plan administratif et le plan de la gestion pure de la Ligue. Cela passe par une réorganisation de l’organigramme de notre administration régionale. Par exemple, on va recruter un CTRA (Conseiller Technique Régional en Arbitrage). Nous sommes la seule Ligue en France à ne pas en avoir un.

Depuis vos débuts, quelle analyse faites-vous de l’évolution du football amateur ?

Le football amateur s’est considérablement professionnalisé. Maintenant dans les clubs il faut des gens compétents. Il y a des réformes importantes comme la feuille de match informatisée, c’est le symbole de cette évolution, de cette professionnalisation du football amateur. Les règlements se sont complexifiés. Il faut des gens pour bien les analyser, bien les comprendre. La gestion d’un club ne s’improvise pas désormais. C’est la raison pour laquelle on fait des formations pour les dirigeants, pour les trésoriers de club. Parce qu’on ne peut pas s’inventer comme ça secrétaire d’un club.

« On est la première fédération de toute l’Europe à donner autant d’argent au football amateur »

De la Ligue à la FFF. Samedi, un nouveau moment fort dans votre longue carrière. Avec l’élection du président de la FFF. Vous figurez sur la liste de Noël Le Graët, quel va être votre rôle ?

De poursuivre ma mission à la tête de l’arbitrage français pour parachever le travail qui a été commencé. Avec pour objectif d’inscrire l’arbitrage français sur cette trajectoire de modernité et d’excellence. La fédération est une véritable entreprise, contrairement à ce que pensent certains. Quand vous avez un budget de 250 millions, plus de 200 employés et 2,2 millions de licenciés, vous êtes plus proche du modèle de l’entreprise que du modèle associatif. Il faut donc à la tête de ce type de structure des hommes rompus aux affaires, à tout ce qui concerne la sphère économique, parce que l’argent est le nerf de la guerre. Non pas pour le plaisir de faire de l’argent, d’être productif mais parce que cet argent est mis à la disposition du football amateur pour une grosse partie.

Pourtant beaucoup disent que la FFF ne fait rien pour le football amateur…

Cette année on a redistribué 68,6 millions d’euros au football amateur (54,7 millions d’euros en 2012, ndlr) en tenant compte de l’argent de l’UEFA. On est la première fédération de toute l’Europe à donner autant d’argent au football amateur. Alors quand j’entends dire qu’on ne fait rien pour le football amateur, c’est tout de même un rien à 68,6 millions d’euros. Prenons exemple du contrat Nike (qui a été renouvelé pour une durée de 8 ans à partir de 2018, ndlr) qui est évalué à 51 millions d’euros. Vous avez 5 millions d’euros par an de dotations pour le football amateur. C’est actuellement ce que commande à Nike tout le football amateur. Le partenariat avec Nike va permettre de couvrir gratuitement 50% des besoins en matériels sportifs pour les Ligues et Districts. On va avoir une économie de moitié, ce qui est énorme.

Quelles sont les grandes lignes du programme porté par Noël le Graët ?

Pour reprendre une formule célèbre : « un changement dans la continuité ». Désormais on a une organisation territoriale puissante et structurée pour un meilleur service aux clubs. On veut faire vivre cette nouvelle organisation avec un accompagnement fort notamment dans le domaine de la gestion des ressources humaines. On souhaite renforcer les moyens d’actions des Ligues et des Districts. On veut aussi accompagner la structuration des clubs, on veut renforcer la performance et la compétitivité du football français. Amplifier les efforts en matière de détection et de formation des talents par la mise en œuvre d’un parcours d’excellence sportive. Créer les meilleures conditions possibles pour le parcours de nos sélections. Cela passe par l’investissement dans les nouvelles technologies, par le renforcement du pilotage des sélections de jeunes avec notamment Marc Keller (actuel président de Strasbourg). On veut aussi créer un pôle espoir pour le futsal et développer le Beach Soccer. En ce qui concerne l’arbitrage, on va proposer la création de 10 postes de cadre technique répartis géographiquement sur tout le territoire. On veut aussi développer les outils de formation avec des kits de formation à l’arbitrage qui soient à la fois pertinents et performants. Poursuivre les efforts pour intégrer la formation des arbitres au sein de l’institut de formation du football. Pour qu’à terme l’institut de formation du football forme tous nos cadres techniques qu’ils soient joueurs, entraîneurs ou arbitres. On souhaite redynamiser le football national. Mais aussi promouvoir le côté éducatif du football comme étant le facteur de cohésion sociale. Avec le renforcement de la dimension citoyenne des écoles de football et le lien entre foot et éducation nationale. Réaffirmer en permanence les valeurs du football, tout en réprimant de manière adaptée les comportements nocifs. Ouvrir le football à tous, partout dans les meilleures conditions. Créer une politique de solidarité territoriale du football avec un plan en direction des territoires ruraux, des quartiers prioritaires et l’outre-mer. C’est un programme réaliste et ambitieux que propose Noël Le Graët pour le mandat 2017 – 2021. Nous souhaitons renforcer le soutien au haut niveau féminin. Avec un parcours spécifique pour les joueuses, la post-formation, une licence club féminine. Et à cet égard, la Coupe du Monde 2019, que la France organisera, est un challenge très important.

Quelles sont les différences avec les autres candidats à l’élection ?

Le principal concurrent c’est Jaques Rousselot, chez qui d’ailleurs je n’ai pas vu véritablement un programme. J’ai surtout vu de l’aigreur par rapport à la liste conduite par Noël Le Graët. J’ai surtout vu une contestation de la méthode de gouvernance. C’est du pur fantasme mais c’est populiste de dire que les élus n’ont plus de pouvoir et que ce sont les salariés qui commande. C’est faux. Je le conteste, parce que le président ne se comporte absolument pas comme un dictateur. A la fédération, ce sont bien les élus qui dirigent. Les élus prennent des décisions. Il y a eu 50 réunions du Bureau Exécutif de la Ligue du Football Amateur (BELFA), les 50 PV ont été transmis au COMEX. Ces 50 PV ont été validés par la suite par le COMEX sans jamais retoquer le travail qui a été fait par les élus du football amateur. Et derrière les services, les salariés ont appliqué les décisions prises par le BELFA confirmées par le COMEX.

« Un joueur qui m’a marqué ? Zidane »

Un peu de légèreté. Quel est votre plus beau souvenir dans le football ?

Je pense d’abord à tous ceux qui nous ont quittés dont j’ai été très proche et qui m’ont toujours soutenu. Ensuite c’est toutes les belles choses et la richesse des rencontres humaines que j’ai pu faire. Au niveau professionnel, c’est le Marseille de Tapie avec des joueurs qu’on a pu admirer, la coupe de France avec l’OGC Nice (1997), l’épopée de Monaco en Ligue des Champions (2004). C’est autant de souvenirs et d’émotions que seul le football peut apporter. Les rencontres humaines dans l’arbitrage me bouleversent, me percutent. Nous avons au niveau de la Ligue 1, Ligue 2 ou encore National des arbitres extraordinaires. Ce sont des sportifs accomplis, des garçons sains. J’ai beaucoup de chance grâce au football d’avoir pu rencontrer toutes ces personnes. Je suis heureux de les voir évoluer, de voir ce qu’ils deviennent. Ils m’apportent beaucoup. C’est le carburant pour continuer. Je continue parce qu’ils sont là, parce que je veux les soutenir et les porter jusqu’au firmament de l’arbitrage international.

Vous avez connu de nombreux jeunes dans le District Côte d’Azur devenir pro par la suite. Quel est celui qui vous a le plus marqué ?

Zinedine Zidane. Je l’ai connu quand il jouait à Cannes. J’ai le souvenir précis quand Claude Colombo l’a expulsé en Gambardella à la Bocca. Il a eu une carrière extraordinaire qui continue là avec le Real Madrid. Il a été un joueur merveilleux, il a tout gagné.

Pour finir, sur un terrain, quel genre de joueur seriez-vous ?

Sur un terrain ? Je suis très mauvais en tant que joueur (sourires). Je serais l’arbitre. Toujours.