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Éric Rabésandratana « Le foot amateur ? C’était une bonne expérience »

05/04/2019 à 16:47

Mais que devient Éric Rabésandratana ? Pour Actufoot, l'ancien défenseur du PSG revient sur sa carrière, sa reconversion et nous donne son avis sur l'élimination du PSG en Ligue des Champions. Une interview croustillante !

Que représente le département du Val-d’Oise pour vous ? C’est là où vous avez commencé…

J’ai commencé à Franconville, j’avais 6 ans. Je n’avais pas encore l’âge d’avoir une licence. J’avais fait juste un tournoi et on avait fait un match. J’avais mis 21 buts (rires). Ça a bien marqué l’entraîneur qui a essayé de se débrouiller pour que, même sans licence, je puisse jouer. Ça a commencé comme ça… J’étais à Franconville parce que j’y habitais depuis ma naissance, c’était un peu le début de ma destinée. Ensuite, j’ai joué à l’AS Saint-Ouen l’Aumône. Je suis arrivé là-bas parce que mes parents connaissaient un dirigeant du club. C’était un très bon club pour commencer à l’époque. Pierre Ducrocq était d’ailleurs sorti de ce club avant moi. Les conditions étaient bonnes, c’était parfait pour enchaîner. Mais je n’y suis pas resté très longtemps car mon père a été muté à Nancy. Ca m’a permis de commencer avec les sélections du Val-d’Oise, puis j’ai fait les premières sélections de Paris avant de partir à Nancy.

Quel regard portez-vous sur votre carrière ?

C’est un mélange de fierté d’avoir réalisé quelques rêves, mais aussi de frustration car on se dit toujours qu’on peut toujours faire mieux. Dans l’ensemble, je suis quand même satisfait… Mon regret, c’est de ne pas avoir pu rester un peu plus longtemps à Paris. Luis Fernandez ne voulait pas que je reste, on n’avait pas une entente particulièrement intéressante pour que ça continue. Moi, je voulais rester mais je me suis retrouvé obligé de partir. J’ai enchaîné les galères à cause de cette situation. J’aurais pu rester toute ma carrière à Paris sans problème, j’y étais bien.

Quel souvenir gardez-vous de votre passage à Paris ?

Que des bons, malgré qu’il y ait eu des moments plus difficiles que les autres. Jouer pour sa ville et pour son club, c’est quelque chose d’important. On voit de moins en moins de joueurs capables de se battre pour un club. On se bat pour sa carrière, mais on ne voit plus trop de joueurs de club qui sont identifiés à celui-ci, qui y sont attachés, qui ont l’ADN du club et qui ont envie de se battre pour lui. L’argent aide un peu à oublier la passion. C’est bien dommage car c’est ce qui sert de moteur à certains joueurs qui se perdent par la suite à cause de contrats ou de choses qui peuvent les intéresser financièrement, ça les déroute de leur progression normale.

Comment s’est passée votre reconversion ?

Ça a été plus dur car j’ai arrêté sans vraiment faire le choix d’arrêter. Je me suis retrouvé en fin de contrat en Belgique. L’entraîneur, c’était José Riga qui a été au FC Metz après. Il voulait repartir sur des jeunes. Je me suis retrouvé au placard du jour au lendemain alors que j’avais fait de bonnes prestations durant un an et demi avant cet arrêt. Je me suis retrouvé dans la galère et psychologiquement je n’étais pas prêt pour partir faire des essais. Je n’avais pas d’agents car j’avais eu deux mauvaises expériences au niveau des agents. Je ne voulais plus en prendre. J’avais 34 ans, c’était un âge où j’aurais pu arrêter ma carrière mais j’aurais pu continuer aussi…

Après ça, vous allez connaître le foot amateur ?

Oui, en tant que joueur d’abord dans la région bordelaise. C’était une bonne expérience. Ensuite, j’ai commencé à entraîner les équipes de jeunes là-bas. Finalement, je me suis retrouvé avec une expérience américaine qui a été enrichissante sur le côté sportif, mais pas du tout au niveau relationnel. Je suis parti avec les mauvaises personnes dans de mauvaises conditions. Je suis donc revenu en France. Entre temps, j’avais déjà commencé la radio sur France Bleu Sud-Lorraine à Nancy. C’était une belle expérience et une belle histoire d’amour car je suis passionné de radio et j’aime beaucoup ce média. Je trouve que c’est le plus naturel de tous les médias. Ça me correspond parfaitement !

Pourquoi ne pas être devenu entraîneur ? Ce n’était pas pour vous ?

Si, je pense que je suis fait pour entraîner ! Après, le problème, c’est de tomber dans les bonnes conditions. De mes mauvaises expériences dans le football, je me souviens d’un climat où on n’est pas bien épanoui. parce qu’il faut avoir les bonnes personnes autour de soi. Je ne veux pas retomber dans cette situation. Je pense en moi que je suis fait pour entraîner mais pas dans ces conditions. Pour l’instant, je m’y retrouve bien ici à la radio parce que je ne suis pas intégré dans le monde du football mais j’en parle. Et ça me va très bien pour l’instant car c’est ma passion !

Vous n’êtes jamais très loin…

Je ne suis jamais très loin, c’est normal. Forcément, j’y ai passé 17 ans en tant que professionnel. Il y a aussi toutes les années en jeunes depuis l’âge de 6 ans. Ça fait beaucoup d’années dans une vie. On est obligé de rester au contact de sa passion, mais aussi de son travail car c’était mon travail à un moment donné. Il y a des conditions dans lesquelles j’ai besoin d’écouter, pour ça que la radio me va très bien et que je n’entraîne pas pour l’instant. Mais je mets en place des entraînements pour aider les enfants à progresser. C’est nécessaire quand je vois l’évolution du football… Je veux donner la chance aux enfants, les aider à gagner du temps et à se développer plus facilement. Et si je tombe sur des enfants doués, j’ai des contacts dans des clubs pour leur faire faire des essais. C’est mon plaisir de voir la progression des enfants, de les voir grandir. C’est facile de faire progresser les enfants. On a l’impression que non mais le football c’est 80% de gestion humaine et 20% de football. Les 20% de football, je ne vais pas dire que tout le monde peut les faire mais presque. Mais la gestion humaine, tout le monde ne peut pas le faire ! J’ai souffert de ça en étant joueur et je sais qu’aujourd’hui, ça, je peux le faire. Donc il faut le faire !

Quel est votre regard sur le PSG et sur l’élimination en Ligue des Champions ?

C’est un match raté. Il coûte cher mais c’est un match raté quand même. C’est bien dommage car on était en pleine évolution avec un entraîneur qui est là pour mettre les choses en place progressivement, c’est ça que j’aime. Il part de la base, il commence d’abord à mettre un état d’esprit. Ensuite, il essaie de mobiliser les joueurs. Puis, il tente de mettre un fond de jeu. On ne brûle pas les étapes. Il a été modéré dès le départ, il n’a pas dit « Je vais gagner la Ligue des Champions cette année ». Il sait très bien que le chemin est long et que c’est réservé aux équipes qui ont de l’expérience. On l’a vécu contre Manchester où on a été battu par l’expérience, aussi par notre peur mais aussi par l’expérience.

Crédit photo : ICON SPORT/DAVE WINTER