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Estac : Laurent Batlles, l’ascension irrésistible

24/02/2021 à 11:03

D’entraîneur adjoint des U15 Nationaux de Saint-Étienne en 2014-2015 à premier de la Ligue 2 BKT avec l’ESTAC Troyes, Laurent Battles a imposé sa tactique, son expérience et sa vision de jeu et n’a cessé de grimper vers le monde professionnel.

3-4-3. Voilà de quoi est composé le tank Troyen qui écrase tout sur son passage. À la baguette, Laurent Batllès. Il est doté d’une simplicité qui le rend atypique. Il pense le football d’une manière différente. Cela se voit dans les tactiques qu’il utilise sur la pelouse. Virulent parfois, il vit ses matchs intensément, parfois beaucoup, comme ça a été le cas lors de la rencontre contre les Palois. Ce visage-là, c’est celui d’un homme enhardi, qui ne mâche pas ses mots et qui prône un football aussi efficace offensivement que défensivement.

Entre dévouement et abnégation

Il serait malavisé d’évoquer l’entraîneur sans produire quelques lignes sur le joueur qu’il était. Ses passages, dans différents clubs professionnels, ont laissé de précieux souvenirs dans la mémoire des supporters. C’est au Toulouse FC qu’il fait ses premières classes. C’est là où il découvre l’envers du décor. Sa première saison en tant que professionnel est vécue comme un enfer.

Il rejoint le Stade Rennais, le SC Bastia, l’Olympique de Marseille, revient au Téfécé, part pour le Grenoble Foot 38 et termine finalement sa carrière professionnelle avec l’AS Saint Étienne. Comme les rares images nous le montrent, Laurent Battlès était un joueur technique, vif et agressif. Comme face à Toulouse où il décroche un missile des 30 mètres qui vient s’écraser dans la lucarne droite, ou encore son superbe but égalisateur en 2010- 2011 face à l’OM. Ses prouesses font l’unanimité dans le cœur de tous les supporters des clubs où il a rendu service. Laurent Battlès c’est finalement plus de 600 matchs dans les jambes, une expérience solide dans le jeu et finalement une explication rationnelle à son succès en tant qu’entraîneur aujourd’hui.

Une montée en crescendo

Même avec une carrière aussi bien fournie et un repos bien mérité, Laurent Battlès a décidé de ne jamais rester trop loin des terrains. D’abord recruteur, le natif de Nantes a ensuite décidé de passer ses diplômes à savoir : le BEF (Brevet d’Entraîneur de Football) qui vise le niveau régional et sénior, le DES (Diplôme d’État Supérieur) qui vise l’élite nationale, où autrement dit, le niveau amateur et enfin, le BEPF (Brevet d’Entraîneur Professionnel de Football). Pendant qu’il passait son BEPF, Laurent entraînait déjà la CFA 2 des Verts. Dans le même temps, il suppléait Christophe Galtier en tant qu’entraîneur adjoint des pros et c’est grâce à ces premières ficelles qu’il a pu se forger un premier avis sur l’après-carrière, comme il l’a précisé en 2017 durant son interview avec Crescendo-blog.

« Il faut rester bien les pieds sur terre dans sa carrière car à la fin on retombe vite d’un nuage et d’un cocon qu’on nous met pendant toute notre carrière. »Laurent Battles

La pression psychologique que peut vivre un entraîneur est, on le sait, nécrosante par moments mais ça n’a pas fait peur à l’ancien joueur formé à Toulouse. Il existe toujours cette épée de Damoclès qui fixe l’entraîneur et se détache au fil des mauvaises prestations. Laurent Battlès a une approche très intéressante du football puisqu’il va chercher la substantifique moelle de chacun afin d’élever les individualités. Comme ça a été le cas avec l’équipe réserve de Saint Etienne qu’il parvient à faire monter en National 2 et à maintenir. Mais quelle est la formule magique qui lui permet d’assumer cette montée en crescendo ?

La quintessence de la tactique

Il y a des statistiques qui ne mentent pas. Aujourd’hui Troyes est en tête de Ligue 2 avec 15 victoires, 7 nuls et 4 défaites. Dans toutes ses rencontres à domicile, Troyes n’a jamais perdu. C’est aussi la 4ème meilleure défense de Ligue 2 ; celle qui subit le moins de tirs par matchs (6,3/matchs), celle qui récupère le plus de ballon dans le camp adverse (11/matchs), et celle qui presse le plus activement, en parallèle c’est également la 4ème meilleure attaque du championnat avec le meilleur taux de possession du championnat (64%), le plus gros nombre de passes (500,7 matchs) et bien sûr, l’équipe compte dans son effectif des belles performances individuelles.

Ces résultats sont le fruit du travail acharné de Laurent Battlès, qui a révélé à So Foot, durant une interview, les fondations de ce football qui marche aussi bien. Dans cette partie-là, nous retenons bien évidemment la volonté d’imposer un 3-4-3 qui a fait ses preuves à de nombreuses reprises comme contre Valenciennes, lors de la 8ème journée du championnat. À l’initial, l’entraîneur de Troyes avait choisi de commencer par un 4-3-3 classique. Malheureusement sur un dégagement totalement manqué de Gallon, Salmier s’en va mettre une vilaine semelle sur l’attaquant Valenciennois, Kévin Cabral. Un geste qui lui aura valu l’exclusion immédiate. Pour remédier à cette absence, deux choses : la malice et le sens du jeu de Laurent Battlès. Le coach va installer un 3-3-2-1 qui lui permettra d’aller chercher le nul à 10 contre 11. Une prouesse remarquable.

Un 3-4-3 évoqué aussi durant l’écrasante victoire face aux Corses d’Ajaccio (4-0) avec une défense centrale Giraudon-El Hajjam-Raveloson, où il fait passer Tardieu, à la base central droit en numéro 6. Une formation qui, lui-même le sait, permet de marquer beaucoup plus de buts mais si mal maîtrisé dans le secteur défensif, peut couter très cher : « Il a aussi fallu travailler énormément l’aspect défensif et la sécurité à la perte du ballon. » a-t-il confié à So Foot.

Une montée en Ligue 1 pour couronner la saison ?

Plus récemment, la dernière victoire en date de Laurent Battlès remonte à la 25ème journée, contre Rodez, avec notamment la mise en place de ce schéma tactique : le 3-4-3. Un match intéressant à étudier puisque la formation Ruthénoise évoluait en 3-5-2. Une belle prestation qui conduira Laurent Battlès et les siens à l’emporter 2 à 1 dont un permier but marqué dans les 3 premières minutes de jeu.

Finalement, ce travail tactique est aussi la parfaite représentation de ce que Laurent Battlès produisait lorsqu’il était encore en activité. Il prône un jeu de mouvements, une volonté de créer de l’espace dans les interlignes et de se décrocher du marquage. Comme il le faisait lorsqu’il portait le numéro 10 durant ses années de footballeur. Gagner ce n’est pas seulement prouver sa supériorité sur le terrain mais aussi en dehors, comme il le souligne parfaitement, il y a un travail d’analyse pointu, une prise de conscience de ses forces et ses faiblesses qui sont un vecteur véritable de réussite. « Je n’ai pas la prétention d’avoir des clés particulières, j’avance avec mon équipe et je progresse tous les jours. » C’est par cette façon de penser idyllique qu’il promet à son effectif une montée au summum du niveau professionnel en France. Avec cette capacité d’adaptabilité et de surprise, nul doute que Laurent Battlès n’est qu’à l’orée de cette ascension irrésistible.

Rami Aissaoui