InterviewN2

Fabien Pujo : « St Malo ? Une vraie progression dans mon rôle de technicien »

15/07/2020 à 18:19

Quelques mois après avoir été éjecté du SC Toulon, Fabien Pujo a remplacé Grégory Poirier, parti du côté de Sedan (N2), sur le banc de l’US Saint Malo (N2). Après une pige du côté d’Aurillac, le technicien est heureux de débuter un nouveau chapitre dans sa carrière. Pour Actufoot, il revient sur son parcours, sa méthode et aborde le duo Joye-Boudjellal ! Entretien.

« Aujourd’hui, je rejoins un club qui potentiellement peut accéder au N1 avec un budget en conséquent »

Fabien, revenons sur votre première expérience du côté de Lormont…

J’étais un jeune coach qui intègrait le service des sports et qui en même temps reprenait le club en R3. On monte la première année en R2, puis en R1 dans un projet identitaire, un quartier difficile et moins de 200000€ de budget. Une expérience longue de huit ans où j’étais manager du club mais où j’ai également structuré l’ensemble du pôle sportif. On parvient à rester trois années en CFA 2. Il faut savoir que j’étais toujours entre la collectivité et le club. Ce dernier était en surégime et descendra lors de la troisième saison.

Ensuite arrive Bergerac, c’était un projet d’une autre envergure ?

C’était l’ogre de notre poule en CFA 2 ! Le projet était de remonter en deux ans au niveau CFA, en étant « la plaque tournante » des joueurs qui ne signaient pas un contrat pro, tout en ayant pour objectif de poursuivre la dynamique. Le club voulait directement monter en National après l’accession en N2. Dès ma première saison, on est dans la poule Ouest, on finit quatrième alors qu’on est dans la course pour la montée, proches de Concarneau à la trêve, un concurrent direct à l’accession. La deuxième année, on finit troisième, c’est Cholet qui monte alors que Rennes finit premier. On tutoie l’accession, on fait un 8eme de finale contre Lille en Coupe de France après avoir sortir Lens lors des 16èmes. Pour ma troisième saison, nous avions axé le recrutement en fonction de la poule Ouest mais on bascule dans celle du sud avec beaucoup de duels. Nous avions un recrutement qui n’était pas adapté malgré le fait qu’on soit toujours en concurrence pour la montée. On sentait que ça devenait plus difficile, j’aurais aimé poursuivre mais au vu des moyens qui m’étaient proposés, la montée en National devenait trop compliqué après une accession et deux top 4 en N2.

Cette expérience, vous a offert l’opportunité Sporting Toulon…

Plusieurs projets s’offraient alors à moi, dont le SC Toulon, un club historique avec un projet passionnel… Rétrogradé en DH, avant de remonter en N3 et N2 et puis plus rien ! Dès ma première saison, on monte et je découvre un club émotionnel, à l’image de la ferveur qu’il peut y avoir dans le Sud. Malgré l’accession, nous rencontrons beaucoup de difficultés avec le staff à influer sur la politique sportive et le recrutement ; en d’autres termes, l’effet positif escompté n’a pas eu lieu, c’était même totalement le contraire ! Lors de la deuxième saison, on restait sur dix matchs sans victoires, quatre nuls, plusieurs défaites par un but d’écart et c’est donc à ce moment que le club décide de modifier son staff.

Avez-vous des regrets ?

Malgré les résultats, on estimait qu’il fallait être plus patient mais le club a fait son choix. Victor Zvunka a pris ma succession, ils ont signé neuf recrues de plus mais ils n’ont pas pu faire mieux. La réflexion du président n’a pas été bonne. J’ai par ailleurs mal vécu la situation, c’est la première fois que ça m’arrive.

Il y avait des rumeurs comme quoi Boudjellal avait discuté avec vous à l’époque avant les rumeurs de reprise ?

Au moment où je quitte mon poste d’entraîneur, il émet effectivement le souhait de reprendre le club de Toulon et nous avions un ami commun dans le domaine du rugby. On a crée un lien parce que le projet pouvait m’intéresser. Mais il n’y a pas eu plus à part des échanges !

Quel est votre avis sur ce duo qu’il pourrait composer avec Claude Joye ?

Claude Joye, c’est quelqu’un que je connais très bien. Si je devais le comparer à quelqu’un, ce serait Waldemar Kita (président du FC Nantes) : très interventionniste, beaucoup porté sur l’émotionnel avec le « gagner-perdre »… C’est un actionnaire et il estime qu’il a un droit de regard sur le sportif. Il passe vite à autre chose si ça ne lui plaît pas et il faut qu’il croit en son entraîneur sur un projet. Mais ce qui l’importe surtout, c’est d’empiler les bons joueurs. Mourad Boudjellal, lui, est quelqu’un de très ambitieux, qui a été capable d’aller chercher les bons techniciens. Quand tu es capable de mettre sur le banc Laporte, c’est une preuve qu’il va chercher et payer la grande compétence. Il est là pour mettre le technicien dans les meilleures conditions. Pour lui, il faut de la compétence au niveau des joueurs et surtout avec ceux qui managent.

« On a crée un lien (avec Boudjellal) parce que le projet pouvait m’intéresser. »

Pour revenir à votre actualité, vous avez donc signé à l’US Saint Malo. Comment ça s’est fait ?

J’ai une bonne relation avec Pierre-Yves David. J’ai pu échanger avec lui lors de ma venue avec Bergerac. On sentait déjà le potentiel sur et autour du terrain. On a peu de public dans le sud, ici tu as plus de 1000 personnes dans les tribunes, un terrain et une structuration de qualité. Le Sud Ouest, c’est vraiment la terre de rugby, ici ça pue le foot et il a une place importante. Sur le plan humain, j’avais besoin de retrouver un projet qui me tenait à cœur. Après mon expérience à Toulon, j’ai rapidement eu l’envie de trouver un projet du même acabit. Lors des rumeurs de départ de Pierre-Yves, j’aurais pu me présenter en voyant l’annonce mais Grégory Poirier est arrivé pour un projet sur deux ans. Saint-Malo ne faisait alors pas forcément partie de mes pistes mais après le départ surprise de Greg, j’ai postulé. J’ai alors découvert une vraie priorité locale et régionale. Aujourd’hui, j’ai rejoint un club qui potentiellement peut accéder en National 1 avec un budget adapté à l’ambition et où une vraie réflexion sur le fonctionnement du club est mise en place. Le technicien n’est pas fragilisé ! Je pourrais faire un parallèle avec Pau au niveau du budget qui accède aujourd’hui à la Ligue 2, St Brieuc qui monte en National et je pense que Saint Malo a sa place parmi ces équipes !

Quelle est votre philosophie de jeu ?

Je dirais entre ambition et enthousiasme ! Je mise beaucoup sur l’aspect humain et la bienveillance. Pour être compétent, il faut savoir amener de l’expertise aux joueurs, les impliquer. Même si je suis originaire du Sud, je ne suis pas le gueulard par excellence, j’essaye de créer une proximité avec le joueur, connaître son parcours, instaurer une relation « père-fils ». En terme d’identité de jeu, j’essaye d’avoir de fortes convictions dans ce que je peux proposer. A Bergerac et Toulon, j’ai connu des projets de montée où il fallait savoir gagner le rapport de force, ce rapport psychologique où dès la perte du ballon, il faut pouvoir très vite le récupérer. Il faut qu’il y ait un langage commun, une vraie compréhension. Ce sont les joueurs qui sont acteurs et il faut qu’ils soient capables de s’adapter rapidement aux problématiques de l’adversaire. Sur les séances, on fait très peu de linéaire, beaucoup d’exercices sans ballon, de manière à solliciter la prise de décision. On en revient toujours aux fameux « six moments du jeu ».

Au niveau du mercato, avez-vous déjà ciblé des joueurs ?

J’ai eu la main-mise totale sur le recrutement mais j’ai également bâti mon effectif en accord avec la stratégie du club qui dans sa logique, a attendu ma nomination pour que les mouvements puissent s’effectuer au sein du groupe. J’ai eu tous les joueurs par téléphone, j’ai été libre à 100% de mes choix concernant tous les profils de recrutement. De ce fait, le choix de Saint-Malo, c’est aussi une vraie progression dans mon rôle de technicien. Arriver dans un club où j’ai les pleins pouvoirs, tant sur la formation que sur la gestion des groupes seniors, c’est une grande satisfaction ! Au niveau des recrues, on a privilégié de faire confiance à de jeunes joueurs, pour certains bretons, comme Gwenn Foulon par exemple qui sera d’ailleurs pour l’instant le seul contrat fédéral au club cette saison !

Pour finir, un mot sur la prépa collective, qui reprend le 13 juillet !

Effectivement, nous avons repris collectivement le 13 et les joueurs avaient un programme individuel en amont. Le choix du staff a été très important à Saint-Malo. On sent une vraie évolution au club avec un entraîneur pour les gardiens, un analyste vidéo, deux adjoints à ma disposition. C’est une reprise qui va durer cinq semaines avec notamment 5 matchs amicaux. Granville le 25 juillet, Lorient et Châteaubriant à 17 heures le 1er aout (deux rencontres de 45 minutes, ndlr), Saint-Brieuc à 17h le 5 août, St Lô le 8 août chez nous à 18h avant de finir le 14 août contre Laval.