InterviewN2

Fabien Sgarra (Etoile FC) : « Pour amortir cette crise, il faudra peut-être deux ou trois saisons »

07/04/2020 à 16:21

Fabien Sgarra, Directeur Général de l'Etoile FC Fréjus Saint-Raphaël et membre du Collectif des Clubs de N2, nous informe sur les problèmes économiques que vont connaître les clubs après la crise sanitaire et explique les propositions envoyées par les 32 clubs de N2 par courrier à la FFF.

Fabien, que représente exactement ce collectif des clubs de N2 ? Comment a-t-il été créé ?

Le collectif représente 32 clubs sur les 51 qui composent les poules de N2 et il est intégralement créé par des clubs de ce niveau. C’est venu d’échanges entre les directeurs généraux et administratifs de ces clubs. On a l’habitude de parler entre-nous du championnat ou du football de manière générale. Et là, en cette période de crise sanitaire, on a discuté sur les conséquences que ça peut avoir sur le fonctionnement de nos clubs. Je précise que cela a été fait avec l’accord de tous les présidents de clubs qui composent notre collectif. Nous, on est seulement leurs portes paroles. De par nos fonctions, on connaît parfaitement le terrain, le fonctionnement de nos clubs sur le plan financier, administratif, commercial, marketing… On a beaucoup échangé et on en est venu à faire des propositions. Par contre, on n’est pas du tout un syndicat, mais des personnes qui connaissent les risques que pourraient encourir les clubs.

Le foot amateur est en danger ?

Il faut le dire, il y aura un avant et un après crise. Il faut dès maintenant bien commencer à anticiper les conséquences. Il est difficile de parler d’argent dans la situation où on est mais on est obligé de parler de l’après, il faut s’y préparer. Beaucoup de clubs amateurs vont être en danger à différents niveaux. La N2, c’est la division où il y a la plus grande disparité : il y a des clubs qui fonctionnent presque comme des pros avec les contrats qui vont avec ,et d’autres qui sont plus proches des clubs amateurs.

Pourquoi votre collectif n’aborde pas la question de la reprise des compétitions ?

On n’a pas souhaité rentrer dans le domaine sportif car il n’y a pas de bonne ou de mauvaise décision par rapport à ce que va faire la Fédération. Actuellement, à l’heure où l’on se parle, aucune décision n’a été prise. Mais on fait confiance à l’instance fédérale pour la prendre sachant qu’elle va en satisfaire certains et en décevoir d’autres. Mais on sera obligé de l’accepter, on n’a pas le choix de toute façon.

Les propositions faites dans votre courrier à la FFF sont-elles réalisables ?

Ce qu’il faut savoir, c’est qu’aujourd’hui, il y a beaucoup de points de convergence, notamment avec l’U2C2F. Le Comex a déjà pris des mesures, les ligues et districts aussi par rapport à la suspension et au report de tous les prélèvements concernant les licences et l’arbitrage. Tout ce que la Fédération devait aux clubs de N2, le versement a été anticipé pour faire un peu plus de trésorerie. Nous, derrière, on a essayé de faire des propositions censés et réalisables. Bien entendu qu’on aura besoin du soutien de la Fédération, c’est pour cette raison qu’on a envoyé le courrier d’abord à la FFF avant de l’envoyer aux médias. Cette démarche a été faite dans le but de faire fonctionner nos clubs à la fois sur le plan structurel et financier. Toutes les procédures d aides d’Etat mises en place, et ça s’applique à tous les clubs, ces mesures aujourd’hui sont très contraignantes. Il y a un risque financier par rapport à l’indemnisation. Aujourd’hui, on ne connaît toujours pas les délais. De plus, la recette des clubs (la billetterie), n’existe plus alors que tout repose là-dessus. Il y a également des risques et de vraies inquiétudes au niveau des subventions.

Pouvez-vous nous expliquer plus précisément les problèmes auxquels font face les clubs ?

Comme les clubs sont obligés de payer leurs salariés (l’indemnisation prend le relais après), il y a des risques de pénurie financière. C’est une vraie inquiétude qu’on a fait remonter à la Fédération. Par rapport à cette inquiétude, sur le court terme, si la saison s’arrête, il y aura une perte ou une limitation du prix de la licence dans les clubs. Des 6 ans aux Seniors, ils n’auront pas terminé la saison et les clubs devront faire un effort financier. Il y aura la perte des partenaires privés qui se préoccuperont de sauver leur société et ses salariés plutôt que d’aider les associations, et ça se comprend. Il y a cette crainte de voir disparaître ces petits partenaires, une crainte aussi par rapport au versement des subventions. Les collectivités vont devoir s’occuper de l’aspect économique de leurs villes. Après la crise sanitaire, il va y avoir une crise économique indéniable. Par exemple, à Fréjus-Saint Raphaël, il y a des restaurants et des hôtels fermés, des activités liées au tourisme qui aujourd’hui sont à l’arrêt. Les collectivités, les mairies, la région, les départements vont devoir leur venir en aide. Cette manne financière va peut-être être diminuée pour le tissue associatif, ce qui est logique. Les associations comptent plus de bénévoles que de salariés, c’est donc normal qu’une mairie privilégie de relancer l’activité de sa ville ou de son secteur géographique par rapport à une association sportive ou culturelle.

 

« Si demain le foot amateur s’arrête, nos propositions vont avoir toute leur quintessence. »

 

C’est donc un long chemin qui attend les clubs ? Il faudra du temps pour se remettre sur pied ?

Oui et c’est pour cela que dans les propositions et perspectives qu’on a communiqué à la Fédération, on a parlé de la saison 2020-2021 mais aussi on a proposé des mesures pour les saisons suivantes. Pour amortir cette crise, il faudra peut-être 2 ou 3 saisons. Le modèle économique des clubs va être remis en question. On va être amené à revoir notre modèle et nos budgets à la baisse. Cela méritait qu’on leur fournisse des éclaircissements pour que notre tutelle fixe la ligne de conduite. Mais ce n’est pas simple, des petits clubs de district aux clubs de N1 qui sont aux portes du monde pro, il faudra trouver un compromis.

Pensez-vous que la Fédération avait besoin de ces éclaircissements ?

Les instances ont l’air conscientes et ont mis rapidement en place des mécanismes comme le report de certaines échéances. Mais il y a des mesures comme l’annulation des prélèvements, l’indemnisation kilométrique et autres qui doivent être étudiées. Pour la fédération aussi c’est difficile. Elle a besoin de réactualiser, de revoir et corriger son budget de financement. Ils ont instauré le lancement d’un fond de solidarité pour les clubs amateurs, maintenant il faut que ça s’affine, qu’ils voient de leur côté comment le répartir. C’est pour ça que c’est important que notre collectif et d’autres à des niveaux différents comme ça a pu se faire avec les clubs de National, se créent. Cela va permettre d’avoir de la matière grise pour déterminer des priorités par rapport au fonctionnement des clubs. Si 600 clubs a peu près ont le même ordre d’idées, alors peut-être que la Fédération ira sur ce terrain-là. Si demain le foot amateur s’arrête, nos propositions vont avoir toute leur quintessence.

D’après-vous, vers quoi se dirige-t-on au niveau sportif par rapport à la suite des championnats ?

Ce qui est le plus important, c’est la santé publique. Il faut impérativement que toutes les décisions soient prises en prenant en considération la santé des joueurs ou que toutes les personnes qui gravitent autour du club soient prises en considération. Aujourd’hui, le foot est devenu secondaire. Je comprends que certains aient envie de reprendre une activité. Le football peut aussi être une source de revenus importante, mais aujourd’hui, on voit mal comment on pourrait reprendre dans la situation actuelle. Quand on ne connaît pas la date de fin du confinement… Pour moi, ce serait une sage décision d’arrêter le championnat. La Fédération a décidé qu’elle ne voulait pas de saison blanche, c’est un choix fort. Elle a aussi affirmé qu’il y aurait des montées et des descentes. Il n’y aura pas de bonne ou de mauvaise décision par rapport à ce gel des classements. Il y aura des contents et des mécontents. A Fréjus-Saint Raphaël, on n’est pas impacté ni par une montée, ni par une relégation, c’est donc plus facile que pour d’autres. Il est impossible de prendre une décision qui va satisfaire tout le monde, mais je pense que nous en sommes tous conscients et que nous sommes assez responsables pour repartir sur une saison pleine la saison prochaine.

L’Etoile FC Fréjus Saint-Raphaël est-elle touchée par cette crise économique liée au coronavirus ?

Aujourd’hui, on a la chance d’avoir un club avec une bonne santé financière. Dans la période qu’on traverse, c’est un atout ! Ça veut dire qu’on a bien travaillé dans le passé pour avoir un club sain financièrement. Cela nous permet de continuer à payer les joueurs avec beaucoup de sérénité. Mais on est obligé nous aussi d’anticiper l’avenir à court ou moyen terme et par rapport à ce que peut être la saison prochaine, c’est-à-dire une perte de recettes sur les partenaires privés et publics. On est obligé de le prendre en considération. On n’a pas de problème de trésorerie, mais c’est une situation qui ne doit pas perdurer. On est en train de fixer le budget pour l’année prochaine, donc on est obligé de prendre en considération les conséquences de cette crise sanitaire.

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