InterviewMonaco-PSG

Fabrice Poullain : « Avec le PSG c’était toujours compliqué de jouer Monaco »

20/11/2020 à 10:30

A quelques heures du choc de Ligue 1 ce vendredi entre l'AS Monaco et le Paris Saint-Germain, rencontre avec Fabrice Poullain, ancien joueur professionnel ayant porté les deux maillots dans les années 80. Entretien. (Crédit photo : vintage.paris)

Pour revenir sur votre carrière de joueur, pourriez-vous me parler de votre expérience au PSG ?

Paris, c’est forcément une période super intéressante et importante dans ma carrière. J’arrivais de Nantes, j’avais tout à prouver. Je suis arrivé l’année où Gérard Houllier a posé ses valises, on fait champions de France la première année (1985-1986). On a établi un record d’invincibilité. On a vécu une année extraordinaire. Puis les premières sélections en Équipe de France sont arrivées. Donc le PSG m’a aidé à pallier à une apothéose. J’ai passé 3 ans là-bas en osmose avec tout le monde, sportivement c’était super intéressant, humainement aussi. Avec Francis Borelli comme Président, et les tribunes Auteuil et Boulogne au Parc. Pour un gars comme moi qui vient de Nantes, Paris restera un club hyper intéressant et important pour moi.

Vous avez joué avec Safet Susic, Luis Fernandez…

C’est bien ça. Il y avait Safet Susic, Luis Fernandez, Omar da Fonseca, Joël Bats. C’était costaud. Dominique Rocheteau également, Pierre Vermeulen, on était 12 ou 13 à être arrivés cette saison-là à Paris. C’était une équipe en reconstruction. Gérard Houllier arrivait tout droit de Lens, il ne connaissait pas trop les joueurs qui venaient de signer. Mais j’ai vécu une année géniale.

PSG 85/86
Effectif du Paris Saint-Germain lors de la saison 1985/1986 (Crédit photo : histoiredupsg.fr)

Vous êtes encore en contact avec certains d’entre eux ?

Quand on se croise oui mais sinon au quotidien non. J’avais Luis de temps en temps au téléphone, il m’avait pris un peu sous son aile comme j’arrivais de Nantes. Il m’a fait passer une super année avant de partir pour le Racing. Quand je les croise il n’y a pas de soucis mais il n’y a pas de réels contacts quotidiens.

Fabrice Poullain : « Le fait d’avoir remporté un titre avec Paris me rapproche un peu plus du club »

Et à Monaco, comment ça s’est passé ?

Je pensais que pour récupérer une place en Équipe de France il fallait que je change. La dernière année au PSG a été compliquée, on était à la limite de descendre, j’ai été blessé. Je suis quelqu’un qui se remet tout le temps en cause et qui a besoin de nouveaux projets. J’ai eu ce contact, Monaco me voulait avec Arsène Wenger, Henri Biancheri. Je suis allé là-bas, blessé. J’ai eu beaucoup de mal à m’adapter à la mentalité, venant du nord aller dans le sud n’est pas toujours simple. La vie a fait que j’y suis resté presque 25 ans. J’ai été dirigeant du club. C’est une expérience très enrichissante. Avec le recul je n’agirais pas de la même manière.

Beaucoup de stars aussi à Monaco…

Emmanuel Petit était encore tout jeune. Il y avait Manuel Amoros, Mark Hateley, Patrick Battiston, Jean Luc Ettori. George Weah est arrivé après du Libéria. Ce sont des joueurs que j’ai côtoyés et contre qui j’ai joués (avec Nice). Weah et Petit sont arrivés avec un énorme talent. Avec du recul c’est intéressant de voir ce qu’ils sont devenus.

Fabrice Poullain
Fabrice Poullain sous les tuniques du PSG et de l’AS Monaco (Crédit photo : asmonaco.com)

C’est le PSG qui a le plus marqué votre carrière ?

Évidemment. Nantes reste mon club formateur. Mais on a gagné le premier titre avec le PSG, c’est quelque chose qui restera gravé. C’est un moment très fort de ma carrière. Ce club m’a permis d’aller en équipe de France. Donc oui le PSG m’a le plus marqué. Mais je n’oublierais jamais le FC Nantes qui m’a lancé.

Par rapport aux confrontations entre le PSG et l’AS Monaco, comment se terminaient-elles généralement ?

Je ne sais plus combien j’ai pu en jouer. Quand j’étais au PSG c’était toujours compliqué de jouer Monaco. Les matchs étaient très engagés. Monaco avait toujours le beau jeu. Ils mettaient aussi beaucoup d’agressivité. Les confrontations étaient compliquées, au Parc comme là-bas. Les scores étaient toujours serrés. Des matchs nuls ou victoires par un but d’écart.

Aujourd’hui, après être passé par les deux clubs, est-ce que vous supportez un club plus que l’autre ?

Je ne suis pas trop dans ce sens-là. J’aime suivre le football pour le jeu. Le fait d’avoir remporté un titre avec Paris me rapproche un peu plus du club, c’est sûr. Ce qui m’intéresse vraiment c’est la qualité du jeu, ce qui est proposé et produit. Je suis un passionné de football. Nantes reste mon club de cœur, Paris m’a apporté mes titres, Monaco c’était dans la continuité. J’aime regarder le football. Évidemment certaines équipes proposent plus de jeu. Il y a tellement de mouvement et de changement qu’il est difficile, pour ma génération, de s’identifier à un club. Il y a une autre mentalité. À mon époque le maillot signifiait vraiment quelque chose.

Fabrice Poullain : « Je vois quand même Paris gagner »

Un petit pronostic pour la rencontre de ce weekend ?

Tout dépend des compositions d’équipe. Mbappé retourne à Monaco donc il va vouloir jouer et prouver. J’ai du mal parce que tout est un peu basé sur des individualités. Si elles sont bien on dira que Paris est irrésistible, si elles ne le sont pas on dira l’inverse. Monaco reste sur deux belles victoires face à Nice et Bordeaux. Il y a beaucoup de changement et j’ai beaucoup de mal à me retrouver dans cette équipe. Le problème des clubs est la stabilité. C’est ça à Monaco. Le club a vraiment besoin de stabilité et tranquillité. Ça me fait mal au cœur parce que je pense qu’il y a beaucoup de choses à faire. Le pronostic peut être très équilibré. Je vois quand même Paris gagner. Mais je pense que si Monaco retrouve une défense et des bases. Le match peut être très équilibré.

Vous êtes entraineur chez les féminines à Niort. Si une équipe de jeunes ou féminine du PSG ou Monaco vous appelle, vous diriez oui ?

Oui. J’étais un peu sorti du football parce que j’ai eu besoin de souffler mais je suis vite revenu, le football me manquait. Puis j’avais besoin de redonner au football ce qu’il m’avait apporté. J’ai 58 ans, je suis de la génération que l’on va moins chercher. C’est le grand handicap. On est une génération un peu oubliée. On travaille beaucoup, j’ai passé mes diplômes, mes formations, pour me remettre au goût du jour. Tout va vite, les mentalités, les talents, il faut se remettre à jour à chaque fois. Entraineur n°1 non, mais pour apporter une expérience oui, je suis partant et ça m’intéresserait. Mon challenge aujourd’hui est à Niort où j’entraîne les féminines.

 

Propos recueillis par Nicolas Issner.