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Le FC Gobelins, nouveau géant de la formation ?

05/12/2018 à 16:57

Modeste club de quartier du XIIIème arrondissement parisien au début des années 2000, le Gobelins FC a connu une croissance fulgurante sur la dernière décennie. Des U15 et U17 respectivement aux plus hauts niveaux régional et national, des signatures régulières de ses jeunes en centre de formation et des joueurs formés au club évoluant aujourd’hui en Ligue 1, Liga ou Serie A. Alors qu'il vient de souffler ses 50 bougies cette année, le FC Gobelins n'a jamais autant attiré les regards et la lumière, bien au-delà des frontières de son arrondissement, au point de faire de l'ombre à ses nombreux voisins de la région parisienne.




Le grand éveil du FC Gobelins a été rendu possible par l’implication d’hommes viscéralement attachés au club. En premier lieu l’actuel président, Frédéric Pereira, qui y a pris sa première licence en 1981 alors qu’il n’avait que 7 ans. Après des expériences de joueur hors de son club de cœur, au niveau Ligue, National, puis au Portugal, il revient y donner un coup de main d’abord en tant que joueur en 2006-2007. Il convainc alors Henrique Marques, qui était à cette époque chez l’omnipotent voisin de CFA2 l’US Ivry Foot, de le rejoindre en tant que directeur général pour restructurer le FC Gobelins. Un pari gagnant : les résultats ne tardent pas et le club parisien trouve un nouveau souffle.

« Le club passe avant tout le monde ici »

Encore jeune, Frédéric Pereira apprend aux côtés d’Henrique Marques, qui a fait passer un véritable « cap » au club. Celui qui est revenu en tant que joueur monte au fil des années dans la direction. Il prend totalement en main le sportif en 2010 et devient officiellement président en 2016. « Notre réussite ? C’est un mélange, lance Frédéric Pereira. J’ai su faire confiance à des jeunes du club à l’image de Nicolas Ducteil qui a 28 ans dirige aujourd’hui nos U17 Nationaux. Henrique a fait venir Ludovic Ebles, notre actuel responsable jeunes sur le football à 11. Christophe Darini, le responsable de l’école de foot, et ici depuis toujours. » Un savant mélange de jeunesse et d’expérience que l’on retrouve même à la tête du club puisque Philippe Surmon, qui a créé le Gobelins FC en 1968, est toujours co-président. « Il gère tout le volet administratif, ce qui me permet de me concentrer sur le sportif ». Ils sont près d’une dizaine de dirigeants à être là depuis 20-30 ans« J’ai la chance d’avoir à mes côtés un trésorier d’expérience en la personne de Patrick Jouanin, relate Frédéric Pereira. La famille Haustraete, avec notamment Evelyne qui s’occupe de toutes les inscriptions en école de foot, et la famille Darini tiennent aussi une place très importante chez nous. Je pense aussi à mon vice-président Abdelkrim Boulila, notre couteau suisse. Il dirige les Vétérans, mais il est surtout le premier à rendre service pour quoi que ce soit, il va même jusqu’à chercher les ballons dans les arbres ! » Mais si le club peut compter sur ses anciens, le jeune président tient à le souligner : il n’y a pas aucun passe-droit. « Le club passe avant tout le monde ici, c’est toujours l’intérêt du club qui prime. Personne ne triche chez nous, ceux qui trichent ne restent pas. »

Des éducateurs fidèles qui ont grandi aux côtés du club

Ludovic Ebles, responsable des jeunes sur le football à 11.

L’actuel directeur sportif et coach de l’équipe National 3, Namori Keita, au club depuis plus de deux décennies, enchérit. « Nos éducateurs ont progressé au fur et à mesure que le club a grandi. Notre socle de coachs sur les équipes importantes n’a pas bougé, ou presque, depuis plusieurs années. Cela nous permet d’avancer en toute confiance et de faire évoluer tout le monde. Sur chaque catégorie on a un éducateur présent depuis une dizaine d’années. Fidéliser ses éducateurs est important pour un club, en tout cas une partie d’entre-eux car tous ce n’est pas possible. »

Pour fidéliser ses coachs, issus du cru, le FC Gobelins les a tout simplement accompagné dans leur formation. « Il faut qu’ils progressent alors on les accompagne sur des formations diplômantes, développe Namori Keita. Les obligations réglementaires nous demandent de faire évoluer nos éducateurs au fur et à mesure des montées des équipes. J’en suis l’exemple parfait : lorsque j’ai commencé en 1997 je n’avais aucun diplôme. Depuis, j’ai passé tous mes diplômes en étant licencié au FC Gobelins et aujourd’hui je suis titulaire du DES. »

La formation dans les gènes

Le secret du nouvel élan pris par le club ? La formation, qui est devenu la priorité. « On investit beaucoup chez les jeunes, on met beaucoup d’éducateurs pour encadrer nos équipes.« , commente le président. « On est sur la même longueur d’onde avec l’équipe dirigeante, ajoute Namori Keita. On part du principe que pour faire tourner l’équipe fanion il faut de bons jeunes. Les clubs font souvent l’inverse : ils capitalisent sur l’équipe première comme locomotive. C’est un peu le discours présidentiel, mais ça ne fonctionne pas toujours. En Ile-de-France il y a des clubs de niveau National en senior avec rien derrière. Nous ça ne nous intéresse pas. »

Près de 1450 licenciés pour 44 équipes

Ainsi, du petit club de quartier des débuts, le FC Gobelins n’a plus grand-chose à voir. Ce dernier a plus que doublé son total de licenciés en moins de 5 ans, passant de 631 lors de la saison 2011-2012 à près de 1450 aujourd’hui. Une fusion avec le Stade Olympique de Paris ayant favorisé cela en juin 2012. Cette saison, le club compte près de 44 équipes engagées en championnat et fait partie des 5 plus gros clubs français en termes de licenciés.

Par la qualité de ses éducateurs et une structuration rigoureuse, le FC Gobelins, qui évoluait à un niveau district il y une décennie, a gravi les échelons. Cette année, les U15 jouent en Régional 1, les U17 en National et les U19 en Régional 2. Désormais, l’une des grandes préoccupations du directeur sportif est que le club reste « homogène » et « cohérent« . « Il est important de réduire les écarts entre nos équipes pour bien travailler et préparer les équipes A de la saison suivante. Les équipes B sont constituées des premières années qui sont voués à évoluer en A la saison suivante. Après avoir passés une saison ensemble, ils se connaissent bien et c’est plus simple pour la suite… On veut faire grimper nos équipes B en championnat régional. Aujourd’hui, on a 5 équipes en U15, 4 en U17, 2 en U19. La réserve de nos U17 est déjà en R3, et nous jouons la montée avec nos équipes U15 D1 et U19 D1. »

Une passerelle vers le monde professionnel

Karl Toko-Ekambi a été vendu 20 M€ à Villareal par Angers l’été dernier. 

Des efforts qui sont en train de payer avec plusieurs joueurs issus du FC Gobelins aujourd’hui titulaires en puissance dans leur club à l’instar de Karl Toko-Ekambi (26 ans, Villarreal), Souhaliho Meité (24 ans, Torino), Arnaud Nordin (20 ans, Saint-Etienne), ou encore Enzo Loiodice (18 ans, Dijon). « Notre objectif est d’en former le plus possible afin d’avoir des retombées. » , lâche Frédéric Pereira. Dans cette continuité, la saison dernière 10 jeunes joueurs des Gobelins ont signé en faveur d’un club pro pour rejoindre leur centre de formation. Soit l’un des meilleurs totals pour un club amateur en France.

Les 10 jeunes ayant signé en faveur d’un centre de formation :

David (2003, Nancy), Massil (2003, Lens), Sougoutou (2003, Monaco), Dani (2003, Auxerre), Kader (2003, Troyes) Rayan (2003, Strasbourg), Yakin (2003, Lille), Jordy (2001, Auxerre), Terry (2002, Tours) et Hady (2002, Guingamp).

Autre grosse satisfaction récente : la montée de l’équipe U17 en championnat National. « C’était notre grosse priorité la saison dernière, devant l’équipe fanion, souligne Namori Keita. L’objectif est clairement de passer un nouveau cap en jeunes, en démarrant par les U17. C’est selon moi la catégorie charnière afin d’avoir un socle solide sur le plan de la formation, en tout cas en Ile-de-France. Cela nous permet d’attirer des garçons du Val-de-Marne, de Paris, mais aussi de plus loin : d’Essonne, du nord et de l’ouest de la région parisienne. » Ils sont trois clubs de niveau National en U17 à proximité  dans le sud parisien : Créteil, Montrouge et les Gobelins, la concurrence fait donc rage… « Cela nous permet aussi d’attirer des garçons dès U15, où nous sommes au plus haut niveau régional (R1), poursuit le directeur technique. Cette saison on a déjà récupéré pas mal de U16 afin de préparer l’année prochaine, mais on compte aussi sur notre formation et notre école de foot pour alimenter cette équipe. Aujourd’hui en U17 National on a quand même 4 garçons qui ont toujours été au club, dont notre actuel meilleur buteur. Dans le futur, on souhaite aller encore plus loin en accentuant notre travail sur la préformation afin d’avoir au moins 50% de l’équipe issue du club.  L’idée est aussi de les fidéliser pour faire monter nos U19 en Régional 1 dans les 2 ans (Ndlr : ils sont actuellement en R2). C’est aussi un objectif, afin d’avoir une continuité jusqu’aux seniors… »

Le National 2 dans le viseur de l’équipe fanion

Des seniors qui ne sont pas en reste. Si en 2010-2011 l’équipe fanion était en DHR, elle joue aujourd’hui les premiers rôles en National 3 avec une volonté affichée d’accéder à l’étage supérieur. La réserve évolue en Régional 2 et la C dispute actuellement la montée vers la D1. Des équipes en progression constantes car pouvant s’appuyer sur un riche vivier. « En considérant les joueurs présents depuis plus de 5 saisons au FC Gobelins comme étant du club, aujourd’hui environ 45% de l’effectif National 3 vient de chez nous, commente le coach de la National 3. Cette année on a juste apporté quelques retouches, de manière à mieux nous équilibrer, avec des joueurs d’expérience comme Ramos, Sanogo, Ngwem ou Miatoudila. On a voulu piloter le recrutement intelligemment, sans dépasser la vingtaine de joueurs au sein de l’effectif. »

Le XIIIème arrondissement : un quartier, une identité

Les U13 Régionaux du FC Gobelins.

Une chose dont il faut bien prendre conscience lorsque l’on passe les portes du club des Gobelins est que tous les éducateurs « socles » et dirigeants sont de Paris 13, ou des alentours très proches (Ivry, Vitry). Tout comme… Karl Toko-Ekambi, Souhaliho Meité, Arnaud Nordin et Enzo Loiodice, qui ont tapé dans leur premier ballon au pied des tours de cet arrondissement populaire de la capitale. « Il y a une vraie identité aux Gobelins, expose Namori Keita. Les jeunes du club se sont d’abord des jeunes qui habitent à proximité. On représente 60% des licenciés du XIIIème arrondissement. Nous, les éducateurs, nous avons grandi ici. Nous y avons toujours notre famille, nos parents. On s’ouvre un peu plus maintenant, mais on a d’abord des jeunes du quartier car il y a tout simplement beaucoup de talent ici. C’est un arrondissement populaire de Paris avec beaucoup d’immeubles à loyer modéré. Cela induit donc beaucoup de jeunes sportifs qui auparavant allaient jouer au Paris FC ou à l’US Créteil, mais aujourd’hui évoluent chez nous sans complexe, puisqu’on est au même niveau voir mieux. On est vraiment inscrit dans le paysage désormais. On est un club qui compte en jeunes depuis 3-4 ans et en senior on commence à être imposants et respectés. »

D’anciens joueurs professionnels pour attirer la lumière

De l’ombre le FC Gobelins en fait à ses voisins parisiens, et encore plus lorsque le président Frédéric Pereira réalise des « coups » en faisant venir d’anciens joueurs pros, afin de braquer les projecteurs sur les terrains de Paris 13. Lors de la saison 2016-2107, Fabrice Abriel, ex-milieu de terrain de Ligue 1 passé par Lorient, Nice, Marseille, a coaché en binôme les seniors en DH. Cette année, l’ex-défenseur du PSG et international brésilien, Paulo César travaille aux côtés de Nicolas Ducteil en U17 National.

Mais si le FC Gobelins aime tant titiller le monde professionnel du bout des doigts, ne parlez pas de partenariat avec une entité pro à Namori Keita. « Ce n’est pas l’orientation que l’on souhaite prendre. On travaille avec tous les clubs professionnels, on ne souhaite pas se limiter car chacun à ses forces et ses faiblesses. Nous ne souhaitons pas cela pour nos jeunes car en fonction de leur âge et de leur tempérament tel ou tel club est plus ou moins adapté. »

Poursuivre sa croissance sereinement

Les U17 Nationaux des Gobelins. 

L’appétit vient en mangeant pour le FC Gobelins. Après une décennie de croissance à grande vitesse, le club ne compte pas en rester là et se projette déjà sur les 10 prochaines années. « On veut maintenir nos U17 en Nationaux et nos U15 en Régional 1, tout en faisant monter nos U19 au plus haut niveau National« , annonce le président Frédéric Pereira. En senior, le club compte évoluer à « minima » en National 2 dans les 5 ans, mais pour cela « il faudra davantage étoffer la structure administrative (qui prend en charge les déplacements, l’organisation, la sécurité…) avec plus de permanents.« , commente Namori Keita. Le FC Gobelins ne compte qu’un permanent à ce jour.

Le club de Paris 13 doit également se doter d’infrastructures adaptées à ses besoins comme l’explique son directeur sportif. « On vient de nous livrer notre stade Boutroux. On a désormais une très bonne surface de pratique. On travaille avec la ville de Paris pour avoir des tribunes d’ici la fin de saison. On espère également être titulaires du stade à 100% rapidement, car nous sommes pour le moment obligés de le partager avec d’autres associations. Certaines de nos équipes sont obligées de s’entraîner sur 3 stades différents, ce n’est pas évident, mais on fait avec. »  Par ailleurs, le projet de réhabilitation complet du quartier doit permettre au FC Gobelins d’avoir à sa disposition de nouveaux vestiaires, une salle de sport et de musculation, afin de « faire évoluer sa pratique. » À ce sujet, Frédéric Pereira se réjouit de pouvoir compter sur le « soutien » du maire du XIIIème arrondissement de Paris, Jérôme Coumet.

« Il ne faut pas perdre notre valeur sociale première »

Le FC Gobelins grandit vite, et va certainement continuer sur ce chemin. Pour autant, il n’en oublie pas sa vocation première : le travail social qui incombe tout club amateur, qui plus est dans un quartier populaire. « Nous disposons d’une structure appelée le Lieux d’accueil innovant, gérée par le club, précise Namori Keita. Une équipe éducative accompagne les projets des jeunes du quartier, sportifs ou non. Nous avons par exemple aidé des jeunes à monter un projet pour qu’ils puissent se rendre au Sénégal, leur pays d’origine. Nous développons aussi d’autres projets pour permettre à des jeunes, qui n’ont jamais quitté Paris, d’explorer des coins de France et de Navarre. On invite tous les jeunes du club, mais aussi du XIIIème à passer la porte de notre association. C’est quelque chose d’important pour nous, garder notre valeur sociale initiale. Il ne faut pas la perdre. »

Par Julien Guibet.