Edito

Finale de la C1 2019 : Barça-Ajax ? Non, Reds-Spurs !

10/05/2019 à 11:28

Le Landerneau du football souhaitait voir en finale de la C1, Barcelone et l’Ajax mais il s’est passé exactement le contraire.

Le football n’est pas une science exacte. On ne le dit presque plus tant il s’agit d’un vieux cliché. Pourtant, on vient de le vérifier encore une fois. L’affiche de la finale n’était pas prévisible, sauf pour les fans des deux camps finalistes, bien sûr. Des millions de passionnés voulaient voir s’affronter Barcelone et l’Ajax Amsterdam, à Madrid, le 1er juin 2019,  dans une sorte de grand hommage à Johan Cruyff qui, avec son mentor, l’historique entraîneur Rinus Michels, a transféré le Football Total d’Amsterdam à Barcelone. Le pronostic fut un fiasco total ! Cette prévision a sans doute surmotivé Tottenham et Liverpool qui se sont sentis vraiment peu considérés dans les plans sur la comète. Résultats des courses ? Barcelone qui avait gagné 3-0 chez lui, au match aller, a encaissé un sévère 4-0 dans la ville des Beatles. Et Tottenham qui avait perdu 0-1 contre l’Ajax, à Londres, au match aller, est allé s’imposer 2-3 au match retour, dans le pays de Rembrandt.

Cette édition met en valeur le football à 100% car les deux clubs qualifiés ont démontré en 1/2 retour un enthousiasme de tous les instants pour accomplir un exploit. D’évidence, les 1/2 finales sont des finales avant la lettre. Que s’est-il passé lors de Liverpool-Barcelone ? Le match s’est déroulé à Anfield Road avec 55 000 personnes survoltées. Les joueurs du Barça ont senti le souffle des supporters des Reds sur leur nuque. Le public anglais est entièrement concentré sur le jeu, au lieu d’allumer de fumigènes. Les fans anglais jouent leur rôle de 12e homme à fond et ne vont pas au stade pour faire du cirque. Les Reds ont marqué très vite, à la 7e minute, ce qui leur a donné l’élan souhaité. Les joueurs de Jurgen Klopp ont privé de ballon le Barça, et autant le Barça joue bien quand il a le ballon autant il se met à déjouer quand il en est privé. Le Barça n’a plus Iniesta pour récupérer la balle. Busquets est vieillissant. Rakitic, pas dans un grand soir. En deuxième mi-temps, les Reds ont inscrit trois buts grâce au légendaire fighting-spirit britannique.  Dans ce match, Suarez a passé son temps à montrer sa face négative- gestes vicelards pour pourrir l’adversité- alors qu’il est si bon quand il joue sur sa vraie valeur (puissance, art du placement et frappe sous n’importe quel angle). Messi, mis sous l’éteignoir, n’a pas joué l’esprit positif tant l’ambiance hostile était stressante.  En fin de match, le 4e but sur corner a été marqué à cause de l’inattention des Catalans. Un but presque comique. L’élimination du Barça n’est pas un scandale. Barcelone n’a pas pu développer son jeu de possession. Donc à la trappe ! Il faut se souvenir d’un fait de jeu très important en fin de match aller gagné 3-0 par Barcelone : Messi donna un caviar à Ousmane Dembélé qui seul face à la cage quasi vide a tiré à côté. A ce moment-là sur le visage de Messi, qui n’incendie  jamais un partenaire en public, on a pu voir une grande désolation : et si ce 4e but allait nous coûter cher ? pensait-il visiblement. Et il avait raison.

Dans l’autre 1/2  finale, Tottenham s’est rendu à Amsterdam en ayant perdu 1-0 à Londres. Les Spurs devaient donc jouer leur va-tout, ça passe ou ça casse. Les Néerlandais ont marqué 2 buts en 35e puis  se sont écroulés physiquement et mentalement.  Dans leur tête, il y avait trop présent, le score des deux matchs : 3-0. La suffisance des Bataves est leur handicap N°1. Avec ou sans Johan Cruyff, ils ont perdu trois finales de Coupe du Monde, parce qu’ils gâchent tout au dernier moment, dans un mélange de fierté et d’angoisse. Ce défaut récurrent leur colle au maillot. En face, Tottenham a tenté crânement sa chance avec deux joueurs fantastiques : Hugo Lloris et Lucas Moura qui devrait s’appeler plutôt Vivra. Le gardien niçois a évité le 3-2 par un arrêt décisif qui a permis ensuite le 2-3. Quant au Brésilien, il était en état de grâce. Son deuxième but a été marqué avec le ballon qui est passé dans une forêt de jambes pour atteindre sa cible.

Liverpool et Tottenham se sont qualifiés parce qu’ils ont développé un bel état d’esprit. Exténuant de jouer comme ils l’ont fait. Ils doivent être encore sur les rotules  à l’heure où vous lisez ces lignes. Y-a-t-il des enseignements à tirer ? Oui, le club est toujours plus fort que le joueur. Le Barça avec Messi ne s’est pas qualifié. Ne dit-on pas qu’il est le meilleur joueur du monde avec C. Ronaldo lui aussi éliminé avec la Juventus Turin ? Harry Kane ne jouait pas mais les Spurs ont gagné. Firmino et Salah ne jouaient pas mais Liverpool s’est qualifié. Le collectif est toujours plus fort que telle ou telle vedette. Voilà un constat que le PSG ne sait pas faire. Lucas a marqué car son entraîneur M. Pochettino l’a mis en confiance alors que le PSG lui avait coupé les ailes.  Tottenham et Liverpool sont des clubs anglais mais dans la direction, le staff et sur le terrain il n’y a pas que des Anglais, loin de là. Cependant l’âme du club est là, autant à Liverpool qu’à Tottenham. L’âme du club ne s’achète pas, cela s’entretient. Aucun joueur ne doit être au-dessus du club, sinon tout le club est en danger identitaire. Il faut bien choisir les joueurs pour savoir s’ils sont compatibles avec l’esprit du club. Prenons Hugo Lloris ? Il va très bien avec les Spurs, bon club qui devait passer un cap. C’est ce que l’on disait de Lloris. Depuis qu’il joue à Londres, il est devenu champion du monde et les Spurs sont toujours bien placé en Premier League. Lloris a fait passer un cap à Tottenham, et Tottenham a fait passer un cap à Lloris. Mariage parfait ! M. Pochettino le sait très bien, il a dit tout haut : «Hugo Lloris est le meilleur gardien du monde.»  Le football anglais- dont on sait qu’il n’est pas sclérosé par la fiscalité- vient de réaliser le rêve absolu avec 4 clubs finalistes : Liverpool-Tottenham (Champions League) et Chelsea-Arsenal (Ligue Europa). Chapeau les artistes ! Nous, on se régale : Noël au printemps. On songe à ce mot magnifique de Bill Shankly, l’entraîneur mythique des Reds : «Le football ce n’est pas une question de vie ou de mort. C’est bien plus que cela ».

Par Bernard Morlino

Crédit photo : Liverpool FC / Facebook