Expat'Interview

Florent Indalecio à la conquête de l’Australie

17/03/2020 à 11:30

Florent Indalecio possède un parcours atypique. Viré du centre de formation de l'ASSE à 15 ans pour des problèmes de comportement, gravement touché par une tumeur bénigne au genou un an plus tard puis parti tenter sa chance dans le foot aux États-Unis à peine la majorité obtenue, celui qui a écumé les clubs dans la Loire a mené sa vie jusqu'à atterrir en Australie l'an dernier. Ouvrier dans le bâtiment, il s'est également relancé dans le foot en signant pour une équipe de cinquième division australienne. Une étape obligatoire pour ce jeune homme de 23 ans qui rêve de jouer plus, beaucoup plus haut.

« J’étais un élève turbulent et insolent »

Vous êtes recruté par l’ASSE très jeune et cela ne se passe pas comme il le faut. Pourquoi ?

Je jouais à l’ASPTT et je me rappelle qu’on avait une sacrée équipe. On arrivait tout le temps en finale des tournois et on les remportait parfois face à Saint-Etienne. J’ai été recruté par l’ASSE mais ça ne se passait pas bien pour moi à Tezenas Dumoncel (Groupe Scolaire partenaire de l’ASSE). J’avais un mauvais comportement, j’étais un élève turbulent et insolent. Je me suis fait virer du centre deux semaines avant la fin des cours. Les coaches ne voulaient pas me conserver, le football n’a pas suffi. J’étais trop jeune, et à cette époque, je ne m’en rendais pas compte.

Un événement grave a ensuite marqué votre parcours.

Je devais signer à l’Olympique de Saint-Etienne en 16 fédéraux mais je suis finalement parti à Andrézieux. Je jouais avec une attelle au genou à ce moment là, mais je ne savais pas ce que j’avais donc je continuais à pratiquer. Je ne suis pas quelqu’un qui se plaint beaucoup donc je faisais avec la douleur et les radios ne diagnostiquaient rien jusqu’au jour où j’ai fait une IRM. Il m’a été détecté une tumeur bénigne au genou, un truc qui arrive à une personne sur 100 000 ! On m’a plâtré pendant un mois et demi avec la jambe pliée. J’ai perdu tout le muscle, il a fallu recommencer à zéro une fois cela terminé. Avec six mois de kinésithérapie à coup de deux séances par jour, j’ai réussi à revenir assez vite. Pour me concentrer pleinement sur le foot, j’ai fini par arrêter les cours après la troisième et je me suis mis au sport en salle pour prendre beaucoup de volume. J’ai pris treize ou quatorze kilos en un an.

« Je me suis dit que si lui avait pu y arriver, je le pouvais aussi ».

Vous parvenez à tenter votre chance aux Etats-Unis. Racontez-nous !

Je passe par Cote Chaude, l’Etrat et de nouveau à Andrézieux. Je pars ensuite à Miami pour un « Try Out ». Ce sont des essais avec 200 ou 300 joueurs. J’avais alors 18 ans en janvier 2016 et j’avais réussi à être pris dans la quinzaine de gars retenus. Je rentre en France et le Red Star où se trouvait mon ami Fousseni Diwara m’autorise à m’entraîner avec les U19 pour que je sois en forme avant de repartir en Floride. Une fois là-bas, on est dans des conditions exceptionnelles mais j’attrape une tendinite au genou et je ne joue pas le premier match. Ensuite, ça a été compliqué pour revenir. Les autres et notamment les Français qui étaient avec moi touchaient le chômage aux Etats-Unis. Moi, je n’avais que dix huit-ans et il n’y avait que les primes donc c’était difficile pour vivre. J’ai décidé de rentrer du jour au lendemain en France. Et je signe à Saint-Chamond en DHR qui me donnait un petit fixe.

Après ça ?

Je stoppe le foot pendant un an et je me mets à travailler. Un soir, alors que je surfe tard sur Instagram, je vois qu’un ex-coéquipier cubain rencontré à Miami, Franck Lopez, poste sa signature aux LOS Angeles Galaxy avec l’équipe réserve. Ils évoluent en deuxième division professionnelle, là où est notamment passé Didier Drogba. Mon collègue était un bon joueur, mais je me suis dit que si lui avait pu y arriver, je le pouvais aussi. Je reviens donc dans le foot, à Hauts Lyonnais, et je travaille pour mettre de l’argent de côté en vue de mon départ. Mais je fais l’erreur de dire au président que je risque de partir en décembre. Du coup, il a refusé de me donner un petit fixe. Le coach de l’époque, Fred Marcon, m’adorait. Mais par rapport à mon arrêt d’un an et au fait que j’allais partir, je ne jouais qu’un match sur deux, voire trois.

« On s’est retrouvé à dormir sur le canapé d’une fille pendant plusieurs jours »

Comment se passe cette deuxième phase de tests aux USA ?

Franchement, je n’y suis pas allé pour profiter de Los Angeles. J’étais très déterminé et j’ai montré de très belle choses sur les matches amicaux disputés tout en ayant des statistiques. Mais mes trois buts et deux passes décisives ne leur ont pas suffi à me garder.

Vous voilà maintenant en Australie à 23 ans. Que de chemin !

Je ne savais pas trop quoi faire, je n’avais plus de club. Un pote est parti en Australie pour travailler en construction dans le bâtiment. Je l’ai rejoint, ça n’a pas été facile au début. J’ai habité chez lui mais on a dû rapidement bouger et on s’est retrouvé à dormir sur le canapé d’une fille pendant plusieurs jours. J’avais deux semaines pour trouver un travail et je voulais essayer de bien gagner ma vie. Je suis aussi rentré dans une entreprise qui bosse dans le bâtiment.

Et le foot dans tout ça ?

La saison commence en mars et je suis arrivé en avril dernier. Il fallait que je fasse de l’argent donc je me suis concentré sur le travail. J’ai quand même fait des essais avec des clubs de NPL2 (3e division) qui voulaient me faire signer, mais mon visa Working Holiday (visa temporaire d’un an) m’en a empêché. Ils n’ont le droit de faire signer que deux joueurs étrangers et les quotas étaient déjà remplis. Ils m’ont dit de revenir l’année suivante mais j’ai laissé ça de côté pour continuer mon boulot dans le bâtiment. Il s’avère que le frère de mon pote français en Australie joue dans un club en NPL4 (cinquième division) et m’a poussé à venir m’entraîner. Ils peuvent signer autant de joueurs étrangers qu’ils veulent. J’ai donc rejoint le Fraser Park FC, une structure portugaise à Sydney qui possède un effectif cosmopolite. On a des Français, Croates, Argentins, Portugais… Le niveau est plus faible mais tu es mieux rémunéré qu’en France alors que le foot n’est pas le sport numéro un du pays.

« En Australie, ta rémunération peut vite évoluer »

Comme des joueurs amateurs en France, vous conciliez foot et travail.

En effet, mais en Australie, ta rémunération peut vite évoluer. J’ai commencé à 25 dollars de l’heure dans le bâtiment pour arriver à 32,50. Le rythme, c’est 5 jours de travail et on est payé 1300 dollars à la semaine. Pour ce qui est du foot, c’est seulement deux entraînements par semaine pour un salaire également hebdomadaire de 450 dollars australiens. Et les primes de victoire sont belles ! Lorsqu’on additionne le tout, on monte à des salaires qui tournent autour de 4000 euros mensuels. Après, si je commence à évoluer plus haut, je ne pourrai plus concilier foot et travail par rapport à l’exigence du niveau. Et je ne serai donc peut-être pas autant gagnant financièrement. C’est un choix à faire, mais ce que je fais aujourd’hui, ça demande de charbonner comme on dit (sourire).

« Tu ne peux pas te permettre de rêver sans avoir prouvé »

Comment envisagez-vous la suite ?

Le but, c’est de tout arracher cette année, puis de signer dans un meilleur club. L’idéal serait de signer en NPL2 ou en NPL1. Je ne vise pas un truc de fou, j’aimerais passer un cap avant de rêver de A-League (première division australienne). Tu ne peux pas te permettre de rêver sans avoir prouvé. J’ai réussi à me faire pas mal de contacts ici, des anciens professionnels. Mais je n’ai pas de vidéo donc c’est difficile de se montrer. Et ça ne va pas être facile car ça joue très, très physique avec de longs ballons devant puis des duels. Mon football n’est pas comme ça, je vais devoir m’adapter à leur conception du sport. J’aimerais pouvoir gravir les échelons dans le foot australien et obtenir le statut de résident voire un « visa player ». Avec ça, t’es tranquille ! Avoir juste à taper dans le ballon, c’est quand même plus sympa (sourire).

Vous encouragez d’autres joueurs à suivre votre prise de risque ?

Bien sûr, mais il faut avoir un sacré mental. Tout est une question de motivation, de détermination. J’essaye de motiver quelques potes qui évoluent en R1 ou en R2 en France et qui auraient le niveau pour jouer en Australie selon moi. Je suis prêt à tout faire pour eux pour les accueillir au mieux. Certains ne sont pas chauds de venir, je peux le comprendre aussi puisqu’on est à 17 000 km de la France. Ce sont des sacrifices à faire mais qui peuvent finir par payer. Pourquoi ça se passerait bien pour moi et pas pour les autres ?

Le Fraser Park FC de Florent Indalecio a joué deux matches de championnat (un nul 1-1, une victoire 1-0). La Fédération Australienne vient cependant de suspendre l’ensemble des championnats de football jusqu’au 14 avril en raison de la pandémie de coronavirus.