ExpatITW

Florian Taulemesse, le buteur français qui cartonne à Chypre

08/05/2018 à 17:35

Florian Taulemesse (32 ans) cartonne en D1 Chypriote depuis le début de la saison. L'attaquant de l'AEK Larnaca en est à 28 buts toutes compétitions confondues. Passé par la MJC Avignon, le Gazélec Ajaccio, le FC Mulhouse, le FC Gueugnon, la D2 espagnole ou encore la D1 Belge, le joueur originaire de Bagnols-sur-Cèze, se livre sans retenue sur sa carrière.

Florian, quand avez-vous commencé le football en club et à quel âge ?

J’ai commencé à 3 ans à Bagnols-sur-Cèze dans ma ville natale dans le Gard à une trentaine de kilomètres d’Avignon. J’y suis resté jusqu’à l’âge de 13 ans 1ère année. Ensuite, je suis parti à l’Olympique d’Alès en National pendant 6 mois. Puis, j’ai rejoint la MJC Avignon en 15 ans National et en 16 ans en National. Après, le club a changé de nom pour devenir l’Avignon Foot 84. J’y ai joué en 18 ans Ligue pendant une saison.

A Bagnols-sur-Cèze, c’était mon père l’entraîneur dans chaque catégorie où je suis passé. Il m’a initié au foot, il me poussait à en vouloir plus. Il n’était jamais satisfait ! Même si je marquais plusieurs buts, il me disait « Tu en as loupé deux que tu pouvais mettre ! » Il a forgé mon caractère. Maintenant, j’en veux toujours plus, il m’a appris à avoir faim. Tout ça, c’est grâce à lui.

A la MJC Avignon, j’ai eu le déclic grâce à Denis Mariette qui est ensuite passé recruteur à l’AS Monaco en Jeunes. Avec lui, j’ai découvert le vrai football, le travail tactique, comment bouger sur un terrain…

Où avez-vous été formé ? Comment était la formation dans ce club ?

Le club qui m’a vraiment formé c’est Avignon. C’était le moment où tu commences à te développer et à comprendre. Ton corps change et tu l’exploites mieux. C’était le seul club qui n’avait pas d équipe en seniors mais qui jouait en jeunes contre des clubs comme l’OM ou encore l’AS Monaco. Pourtant, on arrivait toujours à se maintenir dans cette catégorie. On était une équipe de copains et on se battait l’un pour l’autre.

Vous passez ensuite par le Gazélec Ajaccio. Comment ça s’est passé avec le club corse ?

J’ai fait un essai d’une semaine au Gazélec et j’ai signé là-bas. J’ai commencé à jouer en seniors avec eux, directement par le National. J’ai joué 7 matchs en tant que titulaire et après ce n’était que des bancs, des rentrées en cours de match. L’équipe n’allait pas bien, on était mal classé, c’était dur… C’était ma première en dehors de la maison ! En plus, c’est l’année où j’ai perdu mon grand-père. J’ai perdu confiance. Je suis donc parti rebondir à Mulhouse en CFA pour prendre du temps de jeu, reprendre de la confiance, marquer des buts et lutter pour devenir pro.

Il y a eu le FC Mulhouse puis le FC Gueugnon. Les deux aventures ont été courtes. Que retenez-vous de ces deux clubs ?

J’ai passé 2 saisons à Mulhouse. J’ai connu ma première grosse blessure, au pied… Le coach qui était là-bas, Damien Ott (entraîneur de l’US Avranches), avait tout fait pour me mettre ne confiance et me faire progresser. Il avait beaucoup d’attaches avec moi et il a tout fait pour me faire évoluer. Après ma blessure, quand je suis revenu en janvier, tous les joueurs étaient en vacances mais lui me faisait venir pour m’entraîner devant les buts. On faisait des séances avec le gardien. Il m’a permis de retrouver cette confiance.

Ensuite, mon agent sportif Frédéric Dobraje, qui avait 7 ou 8 champions du monde 98, m’a emmené à Gueugnon en National. Ils venaient de descendre en D2. J’ai débuté avec eux sous les ordres de l’entraîneur Hubert Fournier. J’ai débuté en tant que remplaçant car il y avait des joueurs confirmés. J’ai passé 3 mois sur le banc… Lors de mes rentrées en jeu, j’ai fait plusieurs passes décisives, j’ai marqué trois buts et là je suis devenu titulaire. J’ai fait un premier match en Coupe de la Ligue et j’ai marqué le but de l’égalisation (1-1) qui nous a permis de l’emporter aux prolongations et de se qualifier. Puis, je me suis une nouvelle fois casser le pied. Résultat ? 3 mois en dehors des terrains ! Ça s’est dégradé au niveau des résultats et il y a eu un changement d’entraîneur. J’étais sur le banc et lors de mes apparitions je marquais et faisais des passes décisives. Mais, j’ai continué à être sur le banc. J’ai compris que ça ne changerait pas avec ce coach et qu’il fallait chercher ailleurs.

C’est pour cela qu’en 2009, vous quittez la France pour l’Espagne afin de rejoindre le club de Terrassa. Comment s’est présentée cette opportunité et pourquoi avez-vous fait ce choix ?

Dans mon contrat, j’avais une clause de contrat qui faisait que je ne pouvais pas signer ni National, ni en D2. Comme je ne voulais pas rejouer en CFA, je suis parti en Espagne. J’avais fait un jour d’essai avec Terrassa et j’ai signé de suite. Ils jouaient en 3e division. En plus, ce n’était pas très loin de chez moi (3 heures de route). Le challenge s’avérer être intéressant, je n’ai pas réfléchi, j’ai foncé. J’y ai découvert une nouvelle langue, un nouveau foot. Mais le club avait des problèmes financiers, on n’était pas payé… Sur les 5 premiers mois, je n’avais été payé qu’un mois et demi. A ce moment-là, je pouvais partir pour Cassis Carnoux en National, mais je ne voulais pas retourner en France. J’aimais la philosophie en Espagne et leur façon de vivre. J’ai donc rejoint Moratalla. Je suis arrivé là-bas et il s’est passé exactement la même chose : sur les 5 premiers mois, je n’ai touché qu’un mois et demi de salaire. C’était une période difficile, il fallait demander de l’aide auprès des parents… Les gens pensent que quand tu es joueur pro, tout est beau mais ceci en est la preuve : il y a des moments de galères.

A partir de là, vous allez connaître plusieurs clubs espagnols au fil des années comme Orihuela, Sabadell ou encore Cartagena. Qu’est-ce qui a fait que vous n’avez pas trouvé de stabilité dans un club ?

A Orihuela on devait monter en D2 mais on échoue. Je saute donc sur l’occasion d’aller en D2 avec Sabadell. On se maintient et on me propose un contrat. Par la suite, j’ai une offre de Cartagena, c’était mieux financièrement et j’étais sûr de jouer. L’objectif était de monter en D2 alors qu’avec Sabadell c’était de se maintenir. Je préférais une saison où on prend du plaisir avec un objectif d’accession en division supérieure plutôt qu’une saison compliquée où on lutte pour se maintenir et où on ne prend pas de plaisir. Aussi, c’était un club où il y avait beaucoup plus de supporters. Malheureusement, on n’est pas monté malgré ma saison à 19 buts.

Lequel de ces clubs espagnols vous a le plus marqué. Pourquoi ?

Il y en a deux. D’abord Orihuela car il m’a permis de connaître la 2e division espagnole. Il y avait un entraîneur qui me faisait énormément confiance. Aussi, j’ai rencontré ma femme là-bas et j’ai comme projet d’y retourner vivre dans le futur. Puis, il y a Cartagena. J’y ai fait ma plus grosse saison en Espagne avec des supporters qui étaient derrière moi. Je m’y sentais bien.

En allant en Espagne, vous découvrez un autre football. Qu’est-ce que ça vous a appris ?

J’ai énormément appris même si ce n’est pas là-bas que j’ai appris sur le plan tactique. Mais, j’ai progressé techniquement grâce au travail que l’on faisait avec le ballon, les toro, les exercices de mobilité ou de conservation de balle. En Espagne, c’est du jeu avec le ballon, pas comme en France à mon époque. Peut être que ça a changé maintenant mais en France, je m’en rappelle, on faisait surtout du physique. Quand j’arrivais à l’entraînement, il y avait plein de plots partout sur le terrain. C’était difficile mentalement car on savait ce qui nous attendait : des séances physique toute la semaine… En Espagne, tu arrives serein à l’entraînement, tu sais que tu vas prendre du plaisir.

En 2013, le club belge de l’Eupen vous fait confiance. Comment s’est passée cette aventure ?

Eupen appartenait aux qataris. Le club était géré par Ivan Bravo, ancien du Real Madrid. La plupart des joueurs étaient des africains qui avaient fait l’Aspire Football Dream au Sénégal. Les meilleurs partaient dans l’académie au Qatar, puis ils venaient par la suite faire leurs premiers pas dans le monde pro à Eupen. C’était pour les aider à  gravir les échelons. J’avais décidé de les rejoindre car il y avait un projet sportif et humanitaire avec ces qataris et ces africains. Et financièrement, c’était plus intéressant qu’en Espagne… J’ai donc signé un premier contrat de deux ans avec eux. Malheureusement, sur le dernier match en playoffs, on ne monte pas. Je renouvelle tout de même mon contrat avec eux et la 3e année a été la bonne : on monte en 1ere division belge, la Jupiler League. Ma 4e année au club a été mon meilleur moment de football. Je n’avais pas marqué beaucoup de buts mais au niveau technique et physique j’étais super bien.

Que ressentez-vous au moment de la montée en 1ère division belge ?

On ne monte pas sportivement car on finit 2e et qu’il n’y avait que la première place qui le permettait. Sur le dernier match, on est exæquo avec le leader. Si on faisait nul, on montait au goal average. C’est ce qu’on a fait sauf que c’est le 3e qui était à un point derrière nous qui est monté car ils ont gagné leur dernier match. Mais le club avait des problèmes de licences et leur montée a été refusée. Malgré ça, il y a de la fierté ! J’étais content car sur les 3 saisons précédentes on méritait de monter et que ça ne s’était pas fait par malchance. J’étais pressé de pouvoir découvrir la 1ère division.

Pourquoi avoir quitté le club Belge pour le club Chypriote de l’AEK Larnaca ?

Par rapport au projet, il a fallu que certains joueurs jouent afin de mieux les revendre après et, du coup, d’autres ont payé les pots cassés. C’était ma dernière année de contrat et il fallait que je change de club pour avoir du temps de jeu. J’avais une famille et je ne voulais pas les mettre dans une mauvaise situation. Je suis donc venu à Chypre. Au début, j’avais beaucoup de regrets de les quitter car j’avais passé la plus grande partie de ma carrière là-bas. Aussi, il y avait beaucoup de supporters qui m’aimaient, j’avais créé des liens d’amitiés avec certains joueurs… Il pleuvait beaucoup mais on s’y sentait bien. A Chypre, le directeur sportif était un ancien de Sabadell, le préparateur physique aussi… Je connaissais tout le monde sauf l’entraîneur. Le club était 2e à 1 point de l’APOEL. C’était intéressant car les ambitions étaient de gagner le championnat et de se qualifier pour l’Europa League, compétition que je n’avais jamais disputé. Je ne me suis pas posé de question, je suis venu et on a joué l’Europa League. On est aussi en finale de la coupe de Chypre. J’ai marqué 27 buts toutes compétitions confondues. C’est ma plus grosse saison individuelle !

Quel est le secret de cette forme ?

Je fonctionne à l’affectif. Je réussis quand on attend beaucoup de moi et qu’on me fait confiance, c’est là où je me sens le mieux. Mais, cette confiance, c’est aussi quelque chose qu’il faut gagner, on ne te la donne pas comme ça non plus… Après, en tant qu’attaquant il y a plus ou moins de réussite…

Pouvez-vous nous parler de l’AEK Larnaca ? Que représente-t-il là-bas ?

C’est un nouveau club qui a été créé en 94. Il est dirigé par des espagnols : l’entraîneur, le directeur sportif, 12 joueurs sont espagnols. Il fait beau, il fait chaud. Cela fait quatre saisons que l’on termine 2e. C’est une équipe que tout le monde redoute et qui joue au foot. On peut battre n’importe quelle équipe, la preuve on a gagné face à l’APOEL à la maison.

Comment est l’ambiance dans les stades là-bas ?

Dans des clubs comme l’APOEL Nicosie ou Anorthosis Famagouste ou l’AEL Limassol, les supporters sont très chauds, un peu comme en Grèce. Ils crient beaucoup et font énormément de bruit. Mais, il y a aussi des petits clubs qui n’ont pas forcément de supporters. Il y a de grosses différences entre les grosses et les petites équipes, au niveau des supporters, du budget, du niveau… D’ailleurs, dans le Top 6, on voit toujours les mêmes.

28 buts cette saison toutes compétitions confondues, vous êtes le meilleur buteur du championnat et l’un des meilleurs buteurs français en Europe. Vous devez être très fier de vous…

J’ai inscrit 23 buts en championnat, 3 en Europa League et 2 en Coupe. Ça reste 28 buts marqués à Chypre… Ce n’est pas pareil que la Ligue 1 en France ou la Liga en Espagne, ça a moins de valeur. Même si dans le Top 6, il y a du niveau !

Quelles sont les qualités qui vous permettent de réussir autant là-bas ?

Mes coéquipiers ! Je joue avec de très bons joueurs. Il y a Ivan Trichkovski qui a joué à l’APOEL, au Legia Varsovia,, il y a Jorge Larena, qui est passé par le Celta Vigo et à Las Palmas, il y a Nacho Cases qui a évolué au Sporting Gijon… Il y a de la qualité ! C’est un foot espagnol auquel je suis habitué. Ils arrivent à lire mon jeu et moi j’arrive à lire le leur. Quand tu fais l’appel, ils te mettent le ballon là où il faut, au bon moment. S’ils ont joué en 1ère division en Espagne, ce n’est pas pour rien. La grande partie de ma réussite vient de mes coéquipiers. Je ne suis pas le genre d’attaquant qui va prendre le ballon et dribbler toute l’équipe. Je suis un finisseur et un travailleur pour l’équipe. Je me bats beaucoup et exerce un pressing constant. J’ai des qualités aériennes aussi, mais tout dépend des autres…

D’après-vous, pourquoi ne vous a-t-on jamais laissé votre chance dans un bon club français ?

Je n’ai pas fait de centre de formation et c’est difficile quand on ne passe pas cette étape. Cela fait 3 ou 4 années que je mets des buts. Ma carrière, c’est tout en progression. Je suis mieux sur le terrain car j’ai plus d expérience, je lis mieux le jeu, et je suis mieux physiquement. J’ai peut-être mûri trop tard. Aussi, je suis parti à l’étranger dans des clubs de 2es divisions, du coup j’avais moins de visibilité…

Vous voyez-vous revenir en France pour finir votre carrière ? Quel club vous fait le plus rêver ?

Non, je ne me revois pas revenir en France, sauf si c’est l’OM (Rires). Je suis bien là où je suis ! En Espagne, ce serait possible mais en France non. Il y a la mentalité et plein d’autres choses… En France, on te colle vite une étiquette et après, pour l’enlever, c’est compliqué…

Que peut-on vous souhaiter pour la suite ?

Que l’on gagne la coupe de Chypre le 16 mai et qu’on fasse un beau parcours en Europa League. J’espère aussi continuer sur ma lancée la saison prochaine !