Grand angleDossier

Focus sur le poste de gardien de but, ses spécificités et la formation en France (1/2)

18/01/2021 à 17:21

A quelques mois du début de l'Euro, Actufoot vous propose une série à retrouver chaque lundi sur l'état des lieux des différents postes. Aujourd'hui, focus sur celui de gardien de but et la formation française avant un second épisode cette semaine consacré au niveau des gardiens français aujourd'hui.

Poste à part pour certains, joueur comme un autre pour d’autres, la définition du gardien de but ne fait pas l’unanimité. Pourtant, le dictionnaire apporte un éclairage : « Dernier défenseur d’une équipe, au football et dans quelques autres sports, comme le handball ou le hockey. Au football, c’est le seul joueur pouvant se servir de ses mains pour contrôler le ballon. » C’est à cette définition du terme que se rapproche le plus celle de Christophe Lollichon, ancien entraîneur des portiers de Nantes, Rennes et Chelsea. Pour lui, le dernier rempart est avant tout un bon joueur de foot. « J’ai l’habitude de dire que c’est un joueur de champ qui a le droit de se servir de ses mains », précise le désormais recruteur des gardiens pour la formation de Londres. 

Un bon gardien, de multiples qualités

Si par le passé, le gardien de but avait plus cette mission de rester dans ses 5m50, depuis les années 1990, début 2000, de plus en plus de gardiens ont un rôle plus vaste, avec plus de responsabilités. Véritable défenseur supplémentaire, il est souvent amené à sortir de sa surface, à anticiper les mouvements adverses en ayant une très bonne lecture du jeu.

« Un bon gardien, ce n’est pas qu’utiliser ses mains, il doit être très bon avec ses pieds. J’ai eu la chance d’être formé à Nantes et, dès le plus jeune âge, on a été mis avec les joueurs dans les jeux de conservation de balle », nous explique Alexis Thébaux. Ancien portier de Caen et Brest, le natif des Sables d’Olonne est arrivé chez les Canaris après le passage de Christophe Lollichon (1985-1996) mais l’héritage est resté. Aujourd’hui en N3 avec Thonon Evian, il dispose d’une très grande expérience en France (151 matches en L1, 147 en L2). Initialement attaquant, c’est à l’âge de 10 ans qu’il est replacé dans les cages. « J’étais un peu plus grand et un peu plus costaud. Et j’en avais marre de courir partout », confie en souriant Alexis Thébaux. Toutefois, la vie de gardien n’est pas pour autant reposante. Christophe Lollichon assure qu’un gardien comme Petr Cech « faisait 5,5 kilomètres par match. » Etonnant, non ?

La morphologie a, elle aussi, évolué. Les portiers ont une envergure qui ne cesse de s’agrandir mais « celle-ci ne fait pas tout, ils doivent aussi être rapides ». Une évolution athlétique donc mais aussi un rôle de soutien pour son équipe grâce à sa qualité de pied. « Le portrait d’un gardien idéal, (mais ça peut être mal interprété), il fait 1m95, il est explosif, il a une très bonne connaissance et lecture du jeu. Et il a des pieds qui lui permettent d’être un quatrième ou cinquième défenseur mais aussi un premier attaquant », lance Christophe Lollichon. Une sorte de gardien libéro des années 1970-1980. « Aujourd’hui, c’est un mélange de Cech, Courtois, Ederson ou Neuer. C’est vraiment un poste extrêmement complexe, avec des responsabilités importantes, il faut l’utiliser comme un 11ème joueur de champ et non pas dix joueurs de champ et un gardien. »

Un mental d’acier

Si les critères physiques sont bien évidemment importants, l’aspect psychologique est aussi essentiel et va de pair avec les qualités athlétiques évoquées ci-dessus. « Un gardien faible mentalement ne peut pas atteindre le haut niveau. Il doit avoir du leadership, pas forcément qui hausse la voix tout le temps mais il doit être respecté par les joueurs, de par son calme, sa capacité à gérer l’intensité et la pression, de par sa connaissance du jeu. Un gardien peut terminer épuisé psychologiquement un match », explique encore l’employé des Blues. « La fatigue ce n’est pas la même que les joueurs, ils courent beaucoup, ils dépensent beaucoup d’énergie dans les courses. Nous, c’est beaucoup dans la psychologie, dans la concentration au maximum, être prêt à tout moment et c’est ça qui prend beaucoup d’énergie », complète Alexis Thébaux.

Un modèle de formation à perfectionner

Cette saison, aucun gardien français* ne sera dans les buts des 16 équipes en 8èmes de finale de Ligue des Champions (*sauf Edouard Mendy qui est franco-sénégalais, mais de nationalité sportive sénégalaise). Une stat qui fait mal et pointe du doigt des imperfections dans la formation des tricolores.

Il faut que les gardiens apprennent à gérer l’incertitude. C’est un axe de progression au niveau français.Christophe Lollichon (Chelsea FC)

« Comme sans doute dans tous les pays, il y a de tout. Ca bosse super bien dans certaines académies. Mais on a des manques et du retard sur les Espagnols par exemple où on intègre plus les gardiens dans les entraînements collectifs. On est en déficit là-dessus. Les coachs d’équipe ont l’impression qu’ils vont dévaluer l’exercice parce qu’ils ne sont pas bons au pied alors qu’en même temps, paradoxalement, le week-end ils veulent un gardien qui joue avec les pieds », souligne Christophe Lollichon. Même outre-Manche, l’entraîneur des gardiens a eu des problèmes avec certains coachs qu’il a côtoyés. Ce n’était pas le cas de « Mourinho qui acceptait tout le temps mes requêtes et pourtant ce n’était pas l’adepte de la passe en retrait au gardien ou du jeu court. » 

Si la répétition des gestes est importante, un gardien a besoin de varier ses entraînements. « Pour améliorer ses qualités moteurs, l’éducation physique des jeunes gardiens est une condition très importante à la réussite future. Cech a fait du volley, du judo, du hockey et a été joueur de champ avant d’être gardien. Il avait déjà une éducation physique et sportive de haut-niveau à son arrivée », confie le formateur.

« A Nantes puis à Rennes, on faisait de la gymnastique et du trampoline. Il faut sortir du cadre spécifique gardien pour apporter des activités annexes comme la boxe. Tout ça va permettre aux gardiens de se renforcer dans ce poste. En France, on a très souvent été dans des situations d’entraînements mécaniques, robotiques, prévisibles. Or, le match c’est tout sauf des choses sûres qui vont arriver. Il faut que les gardiens apprennent à gérer l’incertitude. A l’entraînement il est important de faire des gammes (répéter des gestes) mais il faut très très vite transposer ces gestes là dans des situations où le gardien va devoir réfléchir. C’est un axe de progression au niveau français », conclut Christophe Lollichon.

Cette semaine, Actufoot vous dévoilera un second épisode consacré au niveau actuel des gardiens français. A suivre…

Photo : Icon Sport

☟ CONTINUEZ VOTRE LECTURE ☟