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Frau : « Educateur, c’est apprendre à mettre son ego de côté… »

10/03/2017 à 13:50

Deux ans après y avoir terminé sa carrière professionnelle, c'est aussi à Sochaux, son club formateur, que Pierre Alain Frau (36 ans) a entamé sa reconversion. Toujours dans le football, toujours avec passion, et toujours sans trop se projeter vers le futur que l'ancien attaquant de Lyon, Lens, Paris SG, Lille et Caen encadre les U15 du club. 15 ans après. En toute humilité.



Pierre Alain, depuis quand aviez-vous préparé cette reconversion ?

En fait, c’est venu assez tardivement car je n’avais pas de projets particuliers en tête, c’est venu avec la fin de la carrière, naturellement. Lorsque je suis revenu au FC Sochaux en 2013 après mon passage à Al Wakrah, au Qatar, mon objectif était de finir là où tout avait commencé pour moi, et de rester pour envisager la suite. Une sorte de solution idéale qui me permet de continuer à vivre de ma passion.

L’adrénaline de la compétition ne vous manque pas ?

Forcément un peu mais j’ai conscience de la chance qui est la mienne de pouvoir continuer à me lever tous les matins pour aller sur un terrain de football. Y’a pire dans la vie.

Vous positivez votre situation mais n’est-ce tout de même pas difficile de tourner la page, de découvrir une autre réalité ?

On repart de zéro, c’est certain, avec d’autres repères, une autre posture avec, finalement, assez peu de choses que vous utilisez de votre carrière de joueur professionnel. On se sert un peu de certaines choses mais devenir éducateur est un nouveau métier qui impose un apprentissage et une nouvelle approche du football. Joueur, vous ne vous préoccupez que de vous-même. Educateur ou coach, vous devez penser à tout, pour tout le monde. Il faut s’y faire et, surtout, mettre son ego de côté, ne surtout pas le laisser prendre le dessus, faire preuve d’humilité.

« Je me sens comme un prof d’école et j’aime ça »

Pourquoi les U15 ?

Les U15 ou une autre catégorie, peu importe, la démarche est la même, dictée en l’occurrence par les circonstances et les postes qui se libéraient au sein du club. Je voulais de toute façon repartir d’en bas car j’estime que je dois apprendre autant que je dois transmettre des messages, ma vision du football et du collectif.

Avez-vous un chemin que vous souhaiteriez prendre désormais dans votre carrière d’éducateur ou d’entraîneur ?

Non, je n’ai aucune visibilité sur le futur. J’ai toujours fonctionné comme ça joueur, je continue. Je profite de la vie, de ce qu’elle me propose sans me prendre trop la tête non plus sur mon avenir. J’ai passé mon DES (équivalent de l’ancien DEF), le formateur ou le DEPF sont à faire, j’attends de voir comment me situer. Depuis que j’ai rangé les crampons, j’ai enchaîné les diplômes, désormais je veux me donner un peu de temps pour réfléchir, ne pas me précipiter.

Une carrière de coach dans le monde amateur serait-elle pour vous déplaire ?

Il ne faut jamais dire jamais. Ceci dit, je suis depuis tellement longtemps dans le milieu professionnel que j’aurais peut-être du mal à me faire aux conditions forcément plus difficiles qu’offre le foot amateur dans les clubs.

« Les jeunes d’aujourd’hui ne viennent pas suffisamment avec le sourire… »

De votre nouveau rôle, quelle est le domaine que vous préférez, le plus, et le moins ?

J’aime beaucoup transmettre ma vision du football, faire partager mon expérience, conseiller les gamins qui sont des footballeurs à l’état brut qui ont, pour la plupart, beaucoup de talent, mais qui manquent encore de réflexion et de repères collectifs. Je me sens comme un prof d’école et j’aime ça. Pour le côté moins amusant, j’ai plus de mal à me passionner pour toutes les démarches administratives propres à mon poste, notamment tout ce qui concerne les relations avec les collèges…

Votre passé et votre notoriété sont-ils des avantages ou des inconvénients ?

Ils ne suffisent évidemment pas pour devenir un bon éducateur mais ils ne sont pas non plus des inconvénients. Je me sers pas mal de mon expérience pour essayer d’aider les gamins, parce que je suis passé par là avant eux.

A 15 ans, vous étiez déjà en centre de formation, ont-ils la même approche, les mêmes rêves que vous ?

Les mêmes rêves, je le pense. Mentalement, je ne me souviens plus trop de mon état d’esprit. Je regrette juste que trop de jeunes aujourd’hui ont tendance à subir les événements. Je trouve qu’ils ne viennent pas suffisamment avec le sourire.