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Fred Dembi (Cholet) : « Ce côté médiatique, ça fait partie du métier de footballeur »

01/10/2020 à 16:56

Arrivé du Congo à l'approche de ses deux ans, Fred Dembi (25 ans) a effectué sa formation du côté de l'US Quevilly avant de connaître des émotions particulières en Coupe de France notamment avec Rouen. Entretien avec le nouveau milieu de terrain du SO Cholet, débarqué cet été pour continuer de viser plus haut !

« La dernière étape du plan que je me suis mis en tête quand j’ai repris en R1 est d’évoluer chaque saison dans la division supérieure »

Fred, vous êtes arrivé en France très tôt. Pour quelles raisons ?

Mes parents ont vécu principalement au Congo, moi je suis arrivé en France à un an et demi avec ma mère, mon grand frère et ma grande sœur pour notre éducation car c’est mieux de venir en Europe pour avoir le meilleur avenir possible. En Afrique, c’est un peu plus compliqué, les moyens ne sont pas les mêmes. A notre arrivée, nous avons d’abord vécu pendant trois ans sur Paris chez mon oncle maternel, ma mère était beaucoup absente car elle était femme de ménage dans des entreprises. Elle partait tôt le matin et revenait tard le soir parce qu’elle travaillait loin de là où mon oncle habitait. A mes quatre ans, on a déménagé sur Rouen, à Saint Étienne-du-Rouvray où ma mère a obtenu un travail dans les EHPAD pour s’occuper des personnes âgées.

Non prédestiné à faire du football, c’est donc votre frère qui vous initie ?

Ma mère étant très occupée, je restais souvent avec mon grand frère et ma sœur. C’est à travers lui que j’ai découvert cette passion pour le foot. J’étais un des plus petits mais mon frère me faisait jouer avec les gens de son âge alors qu’on a sept ans d’écart ! Quand j’ai eu l’âge de prendre une licence, j’ai rejoint le club de mon quartier, l’AS Madrillet Château Blanc en Normandie.

Des débuts qui vous ouvrent les portes de l’US Quevilly ?

J’ai commencé en débutant jusqu’à poussin où on avait une génération fantastique avec trois autres copains à moi. On était les quatre seuls « petits » autorisés à jouer avec les plus grands durant des tournois au city stade sur un terrain de quartier où on faisait des 4 contre 4. En benjamins, lors de ma première année, l’US Quevilly m’avait observé durant les plateaux, j’ai réussi à leur taper dans l’œil et j’y ai fait toute ma formation jusqu’en senior ! C’est d’ailleurs Emmanuel Da Costa, actuellement sur le banc de Sporting Club de Lyon, qui m’a lancé dans le grand bain et un première saison pleine pour moi en N3 lors de la saison 2014-2015.

Un grand bain qui ne sera pas un long fleuve tranquille cependant. Comment vivez-vous la suite ?

Je suis allé faire des essais dans des clubs pros mais aucun ne m’a retenu sauf un qui s’est avéré concluant aux Queens Park Rangers mais malgré mon forcing, la direction de Quevilly a mis son véto concernant mon départ… pour en prime m’écarter du groupe première ! J’ai donc basculé avec l’équipe réserve qui évoluait en CFA2. Je suis bien retombé sur mes pattes au point d’attirer le regard du directeur sportif du Havre, qui m’a directement fait signer pour jouer en équipe réserve. Nous sommes allés chercher le titre lors de la saison 2015-2016 et j’avais l’occasion de m’entraîner très souvent avec le groupe Ligue 2 à partir de janvier !

« Se lever à 4h du matin, charger des colis et les livrer dans les centres commerciaux, ça a duré un temps ! »

Vous avez alors 20 ans quand vous quittez le Havre, un départ qui va vous éloigner progressivement des terrains ?

Une expérience qui m’a conduit à rejoindre le club d’Avranches lors de la saison suivante, avec qui je résilie en décembre et me retrouve sans club pendant six mois. Un essai à Marseille Consolat (aujourd’hui, Athletico Marseille, ndlr), qui était en National à l’époque, s’était bien déroulé mais ma signature ne dépendait pas que de moi. On me demandait de quitter mon agent à l’époque pour me mettre avec un autre que je connaissais pas, j’ai refusé et je suis resté sans nouvelle. Un ultime essai à Granville, où je n’ai pas été bon du tout, m’a contraint à prendre du recul et arrêter le football. Je me suis mis à travailler avec mon ami dans le secteur de la livraison. Se lever à 4 heures du matin, charger des colis les livrer dans les centres commerciaux (rires). Ca a duré un temps ! Avec les économies dont je disposais, j’ai pris la direction de l’Angleterre afin de pouvoir faire le vide !

Une expérience bénéfique ?

J’ai séjourné dans une auberge de jeunesse durant trois semaines à mon arrivée. J’allais courir le matin, ensuite je passais mes journées en allant me balader dans les rues de Londres. Un jour, j’ai participé à une rencontre organisée par des connaissances, ce qui m’a permis de retrouver quelques sensations. Après réflexion, j’ai fait le choix de rentrer en France afin de signer une licence dans un club. J’atterris donc à Deville Maromme à 22 ans, pensionnaire de R1 entraîné par David Giguel avec qui on finit en tête du championnat. Je l’ai suivi en National 3 au FC Rouen en 2018, il a fait de moi son capitaine et on a également été titré ! J’ai eu la chance d’être sélectionné en équipe de Normandie pour la Coupe UEFA des Régions. Suite à la montée en N2, j’ai réalisé une grosse saison en championnat comme en Coupe. La dernière étape du plan que je me suis mis en tête quand j’ai repris en R1, c’était d’évoluer chaque saison dans la division supérieure.

« Ils n’ont pas tenu compte du côté humain »

Cette rencontre face à Metz avec Rouen (32e de finale de CDF en 2019-2020), c’est de la joie suivie d’une grosse incompréhension. Quel regard posez-vous sur cette soirée aujourd’hui ?

Oui totalement, c’était la plus belle mais en même temps la pire soirée de ma vie ! Je n’ai rien fait de mal avec mon geste (Fred Dembi avait enlevé son maillot pour rendre hommage à son ami et joueur professionnel de Guingamp, Nathaël Julan, décédé tragiquement dans un accident de voiture, ndlr), la FFF aurait pu être compréhensive. Quelques mois plus tard, en Allemagne quand les joueurs allemands ont brandi des tee-shirts Black Live Matters, le comité allemand a par la suite annulé les cartons jaunes de Sancho et Thuram qui avaient célébré leurs buts en retirant leur maillots. Encore une fois, ils n’ont fait preuve d’aucune compréhension par rapport à mon geste, ils n’ont pas tenu compte du côté humain et ont appliqué la règle à la lettre…

Avez-vous été surpris par l’engouement autour de cette rencontre ?

J’ai voulu rendre hommage à un ami, à un footballeur professionnel et à un grand homme ce jour-là. On avait réalisé un gros exploit où j’ai marqué un super but au bout de six minutes de jeu… Quand on prend de la hauteur sur notre performance, un club de quatrième division n’avait pas éliminé une écurie de Ligue 1 sur le score de  3-0 depuis des années. Par la suite, j’ai appris que j’étais suspendu, je me suis dit « bon allez je tweet ce que je ressens, en mentionnant la FFF » et je suis allé me coucher. Le lendemain, j’avais reçu des appels, des messages de journalistes qui avaient vu mon tweet et qui m’ont alors sollicité…

Vous n’avez pas craint une sur-exposition médiatique ?

Non pas vraiment ! J’ai su bien gérer ce côté médiatique, ça fait partie du métier de footballeur. J’ai voulu exprimer mon sentiment concernant ma sanction, aujourd’hui, on vit dans un mode où les réseaux sociaux nous permettent de se faire entendre plus facilement et de toucher un grand nombre de personnes…

Cette riche expérience à Rouen vous a ouvert les portes de Cholet en National, vous permettant de poursuivre votre plan de carrière !

Mon intégration s’est hyper bien déroulée. J’avais déjà eu le directeur sportif et le coach durant le confinement deux, trois fois. Le groupe compte de nombreuses arrivées, on est tous allés les uns vers les autres ce qui a facilité la cohésion. Ensuite, on a fait une bonne préparation collective ! Malheureusement pour moi, je me suis blessé à l’adducteur d’où une absence lors des deux premières rencontres de championnat. J’ai effectué mon retour depuis le match contre Sète et j’ai toute la confiance de mes coéquipiers ainsi que celle du staff, ce qui me permet de m’épanouir dans l’entre-jeu.