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Frédéric Nimani : « Je vais montrer que je ne suis pas mort »

13/09/2018 à 16:34

Il est là... bel et bien encore là. Frédéric Nimani, ancien grand espoir de l'AS Monaco, évolue aujourd'hui en terre helvète. Passé par la Grèce, l'Angleterre ou encore la Norvège, le milieu offensif est aujourd'hui de retour sur le devant de la scène avec une montée en première division Suisse et une première sélection en équipe nationale Centrafrique il y a quelques jours. Interview d'un joueur qui n'a pas dit son dernier mot, loin de là...

Frédéric, pouvez-vous nous raconter où et quand vous avez commencé le football ?

J’ai commencé à l’âge de 4 ans dans un petit club de Marseille à côté de chez moi dans le 13e arrondissement à L’Adriz. Ensuite, j’ai continué au Burel FC jusqu’en Poussins. Puis, je suis parti à l’OM, j’y suis resté un an. Ensuite, je suis revenu dans un petit club à Marseille qui s’appelle Les Caillols. Par la suite, j’ai enchaîné à Vivaux Marronniers. A ce moment-là, j’ai fait une détection d’une demi-journée dans le but d’être sélectionné par la Ligue Méditerranée. C’est là que je me suis fait repérer par un recruteur de l’AS Monaco. J’ai fait un stage de 3 jours là-bas, stage que j’ai réussi, et j’ai donc intégré le centre de formation du Rocher.

Gardez-vous de bons souvenirs de ces clubs marseillais ? Rêviez-vous déjà d’une carrière professionnelle à cet âge ?

Oui, il me reste de très bons souvenirs de ces petits clubs marseillais… on faisait plein de petits tournois et j’ai remporté beaucoup de trophées. Quand j’étais gosse, Ronaldo, Zidane et Dugarry me faisaient rêver ! Je voulais devenir professionnel comme eux.

C’est à l’âge de 13 ans que vous intégrez le centre de formation de l’AS Monaco. Quels souvenirs en gardez-vous ?

Plein de souvenirs… Dès ma 1ère année, Monaco est arrivé jusqu’en finale de la Ligue des Champions. On avait tous été invités pour aller voir la finale face à Porto. Le stade était rempli, on était aux anges. Aussi, face au Real Madrid ou encore contre le Deportivo La Corogne (victoire de Monaco 8 à 3), j’étais ramasseur de balle. Il y avait de très bons joueurs en équipe première comme Morientes, Nonda, Evra, Rothen, Giuly, Ibarra… C’était plaisant à voir !

Ce n’était pas trop difficile à cet âge d’intégrer le centre de formation d’un club pro ?

Non. Je me suis directement intégré car il y avait quelques joueurs du sud que je connaissais plus ou moins car dans le passé j’avais joué contre eux. L’intégration a donc été facile. Il y avait aussi des joueurs de Paris et d’un peu partout en France : on était tous nouveaux et c’était donc plus simple. Je me rappelle qu’on avait fait un stage de 3 jours pour apprendre à se connaître.

Comment jugez-vous la qualité du centre de formation de Monaco à l’époque ? C’était déjà très fort ?

Oui, c’était déjà très bon à cette époque ! Ils sortaient déjà beaucoup de jeunes comme Thierry Henry ou encore David Trezeguet qui ont été champions du monde. Et aujourd’hui, c’est toujours le cas avec Kylian Mbappé. Donc beaucoup de joueurs sont passés par là ! C’est un centre de formation où l’on progresse très bien et très vite. Il y a de bons éducateurs et de bons formateurs.

 

« László Bölöni ? Je ne pourrai jamais l’oublier »

 

C’est avec Monaco que vous allez connaître l’élite et la Ligue 1. Quel est votre plus beau souvenir au plus haut niveau ?

Quand j’ai marqué lors de la 1ère journée, dès mon premier match, en 2006, à Auxerre. Quand ça se passe, tu planes un petit peu. Tu sais que tu as marqué mais tu te dis « ce n’est pas possible, je suis dans un rêve ». C’est une sensation spéciale qu’il faut vivre pour comprendre. Ensuite, il y a aussi le 1er match de la saison 2008/2009 contre le PSG. Je marque et on gagne 1 à 0. C’était mon premier but à domicile. Le stade était plein et il y avait ma famille. Tout était réuni pour être heureux.

Avez-vous gardé contact avec d’anciens joueurs ou entraîneurs qui étaient avec vous à Monaco ?

Plus ou moins car en 2012 László Bölöni m’avait recontacté. C’était lui qui m’avait lancé dans le monde professionnel en Ligue 1. Il m’avait demandé de le rejoindre au PAOK Salonique. Avec ce club, j’ai découvert la Coupe d’Europe (Europa League) et le championnat Grec. J’en garde un très bon souvenir car, après Monaco, c’est la deuxième équipe qui m’a marqué à vie.

Laszlo Bölöni, c’est quelqu’un qui a beaucoup compté dans votre carrière ?

Oui, je ne peux pas oublier quelqu’un qui m’a lancé dans le grand bain. Il m’a fait confiance alors que je n’avais que 17 ans. Quand tu sais qu’il a aussi lancé Cristiano Ronaldo ou Raphaël Varane, des joueurs qui sont maintenant des stars du foot. Ça touche… je ne pourrai jamais oublier ça.

A Monaco, vous allez connaître plusieurs prêts en France (FC Lorient, Sedan, Nantes), en Angleterre (Burnley) et en Grèce (PAOK Salonique). Comment l’avez-vous vécu ?

Ce n’était pas facile mais vu que je n’avais pas beaucoup de temps de jeu, il fallait que je tente autre chose. Monaco voulait grandir et retrouver l’élite. Pour cela, ils étaient obligés de recruter des stars et moi, je n’entrais pas dans les plans du club. Ce sont des expériences qui m’ont fait mûrir et j’ai beaucoup appris dans chaque club où je suis passé. C’était compliqué mais j’en tire quand même de bonnes leçons.

D’après-vous, pourquoi ne vous êtes-vous pas imposé dans ces clubs-là ?

C’est difficile de s’adapter rapidement dans une équipe… il y avait des coachs qui avaient chacun leur manière de travailler. J’étais un peu jeune et c’était difficile mais j’ai beaucoup appris et vu pas mal de choses. Ça m’a servi pour la suite de ma carrière même si je n’ai pas eu beaucoup de temps de jeu là où je suis passé.

« Il fallait fermer sa bouche et accepter mais moi je n’ai pas accepté »

 

Avez-vous des regrets concernant votre passage à Monaco ?

Pas du tout. C’est moi-même qui ai voulu voir ailleurs. Je voulais sortir du « cocon familial », découvrir ce qu’il se passe ailleurs. Peut-être que je me suis un peu perdu en route mais ça m’a permis de voir autre chose et de régler des choses dans ma vie pour essayer de rebondir. Aujourd’hui tout va bien, j’ai retrouvé un niveau professionnel et je suis en sélection nationale pour les qualifications pour la CAN 2019 au Cameroun. C’est vrai, j’ai eu des périodes creuses mais ça m’a permis de réfléchir. Comme on dit, mieux vaut reculer pour mieux sauter. J’ai fait ce que j’avais à faire, je ne regrette rien.

En 2012/2013, vous revenez chez vous dans les Bouches-du-Rhône pour signer à Istres en Ligue 2. Comment s’est passé ce retour dans la région ?

Plus ou moins bien. Le coach José Pasqualetti, qui m’avait eu à Sedan, m’a appelé en me disant qu’il me voulait absolument. J’ai écouté son discours, ça m’a plu, mais quand je suis arrivé là-bas, ce n’était pas vraiment ce qu’il m’avait dit. Je n’y suis resté que 6 mois mais j’étais proche de ma famille donc ça m’a aidé psychologiquement.

Par la suite, vous rejoignez une nouvelle fois la Grèce en signant au OFI Crète. Vous ne disputez que trois matchs. Que s’est-il passé ?

Les conditions étaient compliquées… ils ne me payaient pas, il y avait un gros retard de salaire. Quand tu réclamais ton argent, ils n’étaient pas contents. Du coup, ils m’ont mis de coté. Ici, il fallait fermer sa bouche et accepter mais moi je n’ai pas accepté ça. Je trouvais que c’était normal d’être payé tous les mois. Bref, c’est parti en cacahuètes. Cela faisait plus d’un an qu’ils n’avaient plus rémunéré les joueurs et ils ont fait faillite. Je les ai amené à la FIFA mais j’ai perdu mon procès car leur statut pro leur avait été enlevé. Je n’ai jamais récupéré ce qu’on me devait.

Vous rejoignez alors la Suisse et le club du FC Fribourg. Pourquoi ce choix à ce moment-là ?

Le joueur est considéré comme libre à partir du moment où il n’est plus payé depuis 3 mois. Du coup, je suis parti. Il y a eu des complications avec des agents qui essayaient d’en demander trop. Ça m’a un peu bloqué donc je suis allé en CFA Suisse pour retrouver mes jambes. Puis, j’ai essayé la Norvège mais je n’ai pas aimé. Je suis donc revenu en Suisse dans le même club, à Fribourg. C’est là qu’on m’a appelé pour rejoindre Neuchâtel (2e Division Suisse). J’ai signé en janvier avec eux et ça se passe plutôt bien.

L’année dernière, vous avez remporté le championnat avec Neuchâtel Xamax FCS et vous retrouvez donc l’élite pour cette nouvelle saison. Qu’est-ce qu’on ressent après cette récompense ?

C’est mon premier trophée et j’en suis fier car j’ai beaucoup travaillé en m’entraînant deux fois plus que les autres. C’est une revanche sur la vie ! Ça prouve que j’ai eu raison de faire ces choix pour retrouver le haut niveau, même si je suis retourné un peu plus bas pour mieux rebondir. C’était un défi que je m’étais fixé… c’est donc une belle victoire.

 

« Tenter de revenir dans un des quatre grands championnats européen »

 

Comment est le football en Suisse par rapport au football en France ?

Il commence à bien évoluer et on voit les pas de géants qu’il fait chaque année en Coupe d’Europe. Les Young Boys de Berne se font connaître en Europe et le football Suisse gagne en visibilité. Le niveau commence à s’élever ! Ce n’est pas encore comme la Ligue 1 mais c’est en bonne voie pour en être l’équivalent dans quelques années. Ça joue pas mal au ballon, tactiquement c’est plutôt bien. Il y a encore une grande marge de progression au niveau technique et vitesse de jeu mais c’est quand même très solide.

Conseilleriez-vous aux jeunes joueurs qui sortent de centres de formation en France de partir tenter l’expérience à l’étranger ?

Oui mais ça dépend où. Si c’est en Suisse, je leur dis oui, allez-y ! Ça leur permettra de se mettre en vitrine. C’est un pays proche de l’Allemagne, de la France et de l’Italie et c’est de plus en plus regardé. Les joueurs Suisses sont de plus en plus transférés en Allemagne. Un joueur des Young Boys était supervisé par l’OM. Il faut juste se concentrer, venir pour avoir l’objectif de prendre du temps de jeu et se focaliser seulement sur le foot. Ça peut basculer si l’on pense à autre chose que le ballon. Moi, j’ai eu la chance d’avoir toujours été bien encadré et mes proches ont toujours été là pour moi. J’ai pu garder les pieds sur terre.

Aujourd’hui, vous avez 29 ans. Comment voyez-vous la suite de votre carrière ? Vous voyez-vous revenir en France un jour ?

Je veux durer le plus longtemps possible et essayer de continuer à faire ce que je fais et pourquoi pas tenter de revenir dans un des quatre grands championnats européen. Je veux montrer que je suis là et que je ne suis pas mort. Je sais que ça va être difficile mais quand on travaille sérieusement, ça paye. Aujourd’hui, je suis plus mûr et je sais ce qu’il faut faire ou ne pas faire. Avec la sélection en République Centrafrique, ça va permettre de me montrer au niveau du foot africain. Si notre pays est qualifié pour la CAN, on va être encore plus regardé et donc j’aurai de grandes chances de signer dans un bon petit club européen. Avant ça, je sais qu’il y a du chemin à faire. Il faut garder les pieds sur terre et bosser. Revenir en France ? Si je suis sollicité par un club Français, pourquoi pas !

Vous en avez parlé, vous avez rejoint la sélection nationale Centrafricaine. Pouvez-vous nous expliquer ce choix ?

J’ai donné mon accord le mois dernier et on a fait le nécessaire pour que j’obtienne la double nationalité. Je vais découvrir le foot africain. C’est un choix de carrière mais aussi c’est quelque chose qui est en moi. J’ai 29 ans et l’équipe de France, c’est mort.  J’ai la possibilité de jouer pour mon pays d’origine et ça ne se refuse pas. Le coach m’a appelé, on s’est vu, le projet m’a plu et je n’ai pas hésité une seconde. Je vais pouvoir retrouver le niveau international. Et puis… on ne sait jamais, cette opportunité va peut être m’ouvrir des portes. Je tente le tout pour le tout.

Quel est le niveau de cette équipe nationale ?

Il y a un bon niveau et de bons joueurs comme Cédric Yambéré de Dijon ou encore Geoffrey Kondogbia qui devait venir mais qui a malheureusement eu un problème de cheville, je pense que le mois prochain il sera là. Il y a d’autres éléments qui jouent en Europe ou encore au Maroc. C’est un bon petit groupe et j’y crois : je pense qu’on peut faire quelque chose de bien. On jouera contre la Côte d’Ivoire en octobre, ce sera un bon test. On verra à ce moment-là si on peut rivaliser contre des grosses nations mais je suis confiant.

Keevin Hernandez