Interview exclusive

Gaëtan Laborde (Montpellier HSC) : « Corinne Diacre a sauvé ma carrière »

21/12/2018 à 14:40

A 24 ans, Gaëtan Laborde est déjà un habitué du football professionnel. L'attaquant, qui a grandi au Stade Montois et qui a été formé aux Girondins de Bordeaux, a accordé une interview exclusive à Actufoot. Désormais joueur de Montpellier, il a accepté de raconter la première partie de saison, son entente avec Andy Delort, l'importance de Corinne Diacre à Clermont ou le monde amateur qu'il a côtoyé.

Gaëtan, au delà de l’aspect politique, comment avez-vous vécu ces matches reportés à cause des gilets jaunes ?

Ce n’est pas évident pour nous. Déjà, l’actualité n’est pas forcément facile au quotidien pour tout le monde. Et nous, on se prépare à enchainer, mais on a eu un gros trou, avec deux matches à l’extérieur qui sont reportés. On va avoir deux gros mois de janvier, février où on évoluera souvent à l’extérieur. On aurait préféré jouer maintenant, on va s’adapter.

Quel a été le programme ?

Par exemple, avant le déplacement à Nantes, on a fait une grosse semaine. On ne savait pas trop si on jouait au départ, donc on s’est préparé comme une semaine classique. Puis, quand la rencontre a été annulée, on s’est adapté, on a fait l’équivalent d’un gros match, car tu peux perdre le rythme en 10 jours.

Vous terminez par la phase aller par Lyon…

C’était une semaine importante, avant d’affronter un très bel adversaire. C’est un super match pour finir.

Quel bilan tirez-vous de cette première partie ?

Il se fera après Lyon, mais il est forcément positif. On a prouvé qu’on pouvait être une équipe sur qui on peut compter. La saison est longue. Il reste beaucoup de matches. On ne va pas se prendre la tête. On est bien, on progresse, mais ce n’est que la première partie de saison.

« Avec Andy Delort, ça a immédiatement matché »

Vous êtes l’équipe surprise de cette phase aller…

On en a surpris à un moment. On ne surprend plus grand monde. Les gens connaissent l’équipe, les adversaires s’adaptent, les équipes nous attendent, elles savent comment on joue. Ca fait un moment qu’on y est (en haut), les gens ont compris qu’on n’était pas là par hasard. Ca ne reste qu’une première partie de saison, il est beaucoup trop tôt pour dégager des impressions, mais il est important de garder le fil conducteur.

Comment expliquez-vous cette performance par rapport à la saison dernière, où Montpellier avait plus de difficultés.

Je pense, déjà, parce que l’équipe a gardé une grosse ossature, son état esprit. Défensivement, elle est irréprochable. Elle a un second souffle offensivement, elle s’est amélioré, elle a pris confiance. On a plus de situations. Il y a un collectif qui s’est créé, et, aujourd’hui, c’est beaucoup mieux. On est capable de marquer des buts.

Au coeur de ce renouveau, il y a votre duo avec Andy Delort.

On le vit forcément très bien. A la seconde où on s’est vu, à l’entraînement, on a compris qu’on pouvait faire de belles choses. On a un état d’esprit qui se ressemble, on peut compter l’un sur l’autre. On ne changera pas d’état esprit, on joue l’un pour l’autre, et pour l’équipe, comme l’équipe joue pour nous, donc on a un rendement positif.

Ca a donc matché rapidement…

Oui, très vite. On se connaissait un peu. On a marqué des buts, on s’est fait marquer. En jouant ensemble, on s’est créé des automatismes. Aujourd’hui, on se sent bien. Sur les cinq premières journées, je n’avais pas marqué, puis ça s’est enchaîné. Tout ça se met en place. Vu qu’on s’entend très bien, on parle de tout et de rien, pour s’améliorer : « Dans cette situation, je vais la mettre ici… » On connait les qualités de l’autre. Tu te déplaces, pour avoir le ballon là. Au fur et à mesure des matches, ça prend forme. On l’a vu sur le but contre Monaco, Andy est capable de mettre de très bons ballons.

Vous vous êtes parfaitement adapté à Montpellier.

Les joueurs m’ont bien accueilli, dont Andy. Ca a été la première personne qui m’a écrit sur Instagram. Il était content que je sois là. Ce sont des petites choses, mais, quand c’est la première fois qu’on est transféré, c’est important. Les joueurs cadres de l’équipe m’ont intégré, et, de match en match, je me sens de mieux en mieux.

Vous en êtes à sept buts. C’est un bilan qui vous convient ?

Je suis vraiment content de cette première partie. J’aurais pu en marquer plus. J’ai touché deux-trois fois le poteau, la barre. Je peux toujours mieux faire, je peux encore progresser, c’est vraiment positif. On peut se dire que le fait d’être à sept buts fait que je suis au taquet, mais je peux m’améliorer, je peux être plus efficace avec plus de réussite et de lucidité.

« C’était important de partir de Bordeaux »

Partir de Bordeaux vous a aidé ?

Je pense que ça a été important. J’avais un certain niveau de jeu en partant de Bordeaux. Je l’ai conservé, voire amélioré. J’ai passé un cap. A moi de tenir, de ne rien lâcher, de le garder, voire d’être meilleur. Maintenant, être régulier, c’est important. Je suis en train de faire de belles performances sur cette première partie de saison, j’aimerais le faire sur toute une saison, toute une carrière.

Par quoi est-ce que ça passe ?

Mentalement, il ne faut pas lâcher, travailler. Il y aura des moments difficiles, mais il faut garder ce niveau de jeu-là, conserver la confiance, ça passe par là. Ce n’est que comme ça qu’on gardera ces performances.

Andy Delort vous aide ?

Il me donne des conseils. Il a marqué beaucoup de buts en ligue 1. Je suis plus jeune, j’ai moins d’expérience. Il me montre, il m’apporte, mais moi aussi. On se tire vers le haut, au quotidien, c’est un régal de jouer avec lui.

Crédit : Panoramic

Votre départ de Bordeaux était inéluctable ?

Cette année, c’était très important de le faire. A Bordeaux, au début, je n’ai jamais été la clé de l’attaque, je n’ai jamais eu la confiance. J’avais besoin d’enchainer les matches. Quand j’ai été prêté à Clermont, j’avais pu le faire, avant de réussir à Bordeaux il y a deux saisons. Lors de la saison dernière et le début de celle-là, ce n’était pas le cas. J’en avais vraiment besoin et je suis très heureux de l’avoir fait.

Bordeaux, c’est définitivement terminé ?

On ne sait pas. Bordeaux, c’est 10 ans de ma vie, mon club formateur. C’est un club qui me tient à coeur. Je ne suis pas parti en froid avec le club. Il y a eu un problème entre les dirigeants et les coaches. Je suis resté dans les règles, les gens le savent. Il y a des personnes importantes pour moi là-bas, qui m’ont vu grandir. Je n’ai pas dit adieu.

Et maintenant ?

J’ai pris ça comme une étape dans ma vie. Si je voulais progresser, il fallait que je parte. Il n’y a pas vraiment de sentiment particulier. Après, oui, quand j’ai joué contre, c’était spécial. Mais c’est une étape dans sa vie, il faut avancer dans sa carrière.

Vous avez été prêté, notamment à Clermont. Qu’en retenez-vous ?

Ca a été un des éléments très forts qui fait que je sois ici et que j’ai ce niveau de jeu. C’était difficile, à Bordeaux, de rester six mois sans jouer. Ca m’a redonné de l’allant. J’ai pu jouer des matches, on jouait la montée en Ligue 2. J’ai vraiment kiffé les 6 mois. J’ai remercié la coach. Je le dis d’ailleurs, Corinne Diacre a sauvé ma carrière. Après six mois sans jouer, si j’enchaîne un an, derrière, ça aurait été compliqué de rebondir. Ca m’a permis de m’imposer, on connait la suite.

« Pour les entraîneurs féminines, il y a des barrières à casser »

Récemment, elle a dit de vous, dans L’Equipe, que les entraîneurs sont « obligés de (vous) aimer, car (vous êtes) généreux, (vous donnez) tout, tout le temps. »

C’est la vérité. Je serai toujours comme ça. Ce sont des valeurs qu’a Andy aussi. C’est pour ça que ça matche. En tout cas, ce sont de jolis mots envers moi.

Elle est aujourd’hui sélectionneur de l’équipe de France féminines, et va disputer la Coupe du monde en France, du 7 juin au 7 juillet. Elle vous inspire ?

On s’est écrit pas mal de fois. Quand ça va commencer, je lui ferai un petit message. Je suis persuadé que si elle avait continué, elle aurait pu aller loin. Ce qu’elle a fait à Clermont, c’est extraordinaire, avec l’avant-dernier budget. Sur trois ans, elle joue la montée pendant deux ans. Elle aurait mérité un banc en Ligue 1. J’en suis persuadé, les gens qui connaissent le foot aussi.

Crédit : L’Equipe

Le foot français est prêt à avoir une femme entraîneur en Ligue 1 ?

Le foot est très masculin et elle a fait ses preuves. Ce n’est pas évident pour un club d’avoir la première femme coache. Il y a des barrières à casser. Le jour où une formation va le faire, ça va laisser des opportunités.

Changement de décor, revenons sur votre club d’origine, le Stade Montois.

C’est ma famille. C’est là où j’ai tapé pour la première fois dans le ballon. J’y ai vécu mes premières émotions d’enfance, de très belles années. De vrais amis forts sont encore là. C’est un club très familial, qui m’a inculqué des valeurs que j’ai. C’est ma base.

Vous le suivez encore ?

Bien sûr. J’ai mon cousin, Damien Vignolle, qui joue avec l’équipe une. Ca me donne l’occasion de les suivre, et, si j’ai l’opportunité d’aller le voir, j’irai.

« Quand on dit que c’était bien, alors qu’on a perdu, je ne suis pas d’accord »

Ils ont des difficultés…

C’est sûr que ce n’est pas facile. Ils ont fait une très belle année, ils ont frôlé la montée il y a deux ans. Maintenant, le club lutte pour le maintien, les joueurs qui sont là, sont fidèles, tiennent la formation à bout de bras. Ce n’est pas évident quand c’est difficile. Mais, dès le début, on sait ce qu’on va jouer.

C’est au Stade Montois que vous avez choisi votre poste ?

A la seconde où j’ai eu le ballon au pied, j’ai voulu être attaquant. Il n’y a pas vraiment de débat possible.

Qu’est ce qui vous plait ?

Marquer des buts, être décisif pour l’équipe. Je suis toujours dans la gagne, toujours compétiteur. Même dans un petit jeu, je prends du plaisir dans la gagne. Quand on dit qu’il y a eu du beau jeu, que c’était bien, alors qu’on a perdu, je ne suis pas d’accord. Je ne prends pas de plaisir quand je perds. Je veux tout gagner. Certains en rigolent à l’entraînement. Moi, je ne suis pas d’accord.

En tant que professionnel, quel regard portez-vous sur le football amateur ?

Les clubs amateurs sont en train de se développer. Ce n’est pas le même qu’il y a dix ans. Ca progresse, mais ça pourrait être beaucoup mieux. Cela dit, les équipes ont plus de moyens, le niveau de jeu commence à être élevé. Ca se voit avec les équipes réserves, c’est plus compliqué pour elles. En plus, les clubs formateurs forment de très bon joueurs qui ne passent pas le cap, se retrouvent dans le foot amateur et élèvent le niveau. Ils n’ont pas eu de chance et l’ont aujourd’hui. C’est un vivier pour le monde professionnel. Il y a des joueurs qui s’aguerrissent et qui passent le cap, comme Loïc Diony, Pierre Lees-Melou.

Crédit : RDH

C’est donc possible d’atteindre le monde pro, alors qu’on joue dans le milieu amateur ?

Bien sûr, c’est possible, à tout âge. Même si à 27, 28, 29 ans, c’est plus dur. Mais un jeune talent qui évolue en CFA ou CFA 2 peut y arriver. Au contraire, les clubs regardent énormément ces joueurs-là. Ils ont du potentiel, ils ne vont rien coûter. Les clubs ont tout à gagner. Mon cousin a fait une très bonne saison il y a deux ans, il a eu le malheur de se blesser, et, là, il revient. Je lui ai dit, ne lâche pas, t’es un très bon joueur, et à 22-23 ans, à ce niveau, les clubs regardent.

Pourtant, peu de joueurs atteignent le haut niveau..

C’est compliqué le monde pro. Si c’est tellement rare, c’est parce que le niveau de L1 et L2 augmente. Il y a de meilleurs joueurs, des clubs plus structurés. Il y a des exceptions.

Ce passage par un club amateur vous donne-t-il conscience de l’importance que vous avez auprès des jeunes joueurs en tant que professionnel ?

Bien sûr, c’est évident. Le foot, c’est un sport de rêve. Il ne faut pas oublier d’où on vient. On est passé par des moments comme ça. C’est important d’être proche d’eux, ça fait partie du métier, il faut transmettre, donner du bonheur. C’est un spectacle, on doit donner des petites attentions. On fait du foot pour procurer du plaisir aux gens.

Propos recueillis par Tom Mollaret