Interview L2

Gaharo Doucouré (FC Chambly-Oise) : « Je ne veux pas brûler les étapes »

02/07/2020 à 16:35

Il y a un an, Gaharo Doucouré (33 ans) a raccroché les crampons pour intégrer le staff technique du FC Chambly-Oise en tant qu'adjoint de Bruno Luzi. Pour Actufoot, le défenseur central picard revient sur l'année écoulée, la découverte de la Ligue 2 depuis le banc et ses ambitions !

Gaharo, comment allez-vous ?

Ça va, on était impatient de reprendre les entraînements après cette longue coupure. Tout va très bien, nous sommes prêts pour la nouvelle saison.

La reprise de la Ligue 2 a été officialisée pour le 22 août. Vous êtes soulagé ?

Oui soulagé, on avait hâte même si la préparation va être longue car le 22 août, c’est loin !

La mise en place de toutes les précautions sanitaires est-elle compliquée ?

C’est une lourde organisation, mais si nous sommes bien organisés en amont, ça va rouler tout seul. D’ici là, ça va être de plus en plus simple avec moins de contraintes.

« Nous ne voulions pas qu’il parte »

Vous êtes adjoint de Bruno Luzi depuis l’été 2019. Expliquez-nous votre rôle…

C’est simple, je suis dans l’animation de certaines séances. On travaille beaucoup en groupe, on est aussi dans la gestion des joueurs, on communique beaucoup. On a un rôle important, bien défini. Chacun à sa place, Bruno est le coach, mais il n’hésite pas à s’appuyer sur nous pour passer des messages, pour gérer des séances.

Sous les feux des médias, Bruno a-t-il changé ?

Non, je connais Bruno depuis bientôt 15 ans, il a toujours été le même : proche de ses joueurs, du staff, des supporteurs. Même dans son franc parler, il a toujours été le même. Je pense que c’est ce qui fait sa force et sa réussite.

Vous y avez cru à son départ ?

Franchement, à un moment donné oui, car il était vraiment déterminé. Nous ne voulions pas qu’il parte, car nous sommes proches et les conditions de travail sont simples. Et puis l’inconnu fait peur.

« C’était compliqué d’enchaîner les séances »

En plus de votre poste d’adjoint, vous avez continué à jouer en réserve. Vous avez gardé en vous cette envie de jouer au ballon ?

J’ai joué l’année dernière, mais je vais arrêter. C’est un investissement et si je ne peux pas m’investir à fond, je ne préfère pas continuer. C’était compliqué d’enchaîner les séances. Donc, j’ai décidé de rejoindre l’équipe CDM du SFC Champagne 95 en Régional 3 pour le plaisir avec des potes. C’est un petit niveau, sympathique.

La saison dernière, Chambly s’est maintenu et a même été leader lors des premières journées. Incroyable mais vrai…

Nous étions sur la dynamique de la montée, on ne s’est pas pris pour d’autres, on a joué avec nos qualités, c’est ce qui a fait notre force. Après il y a eu un trou d’air au niveau des résultats sur une période, mais on a bien fini.

Après une montée, la seconde saison est souvent la plus compliquée. Comment la voyez-vous ?

Oui, c’est ce que tout le monde dit. Si on reste sur nos principes, on a un an d’expérience à ce niveau-là, on va tout faire pour la jouer du mieux possible. On sait d’où l’on vient, on sait où on veut aller. L’objectif est d’aller chercher le maintien le plus vite possible. Nous sommes armés pour !

Avez-vous été impressionné par le niveau de la Ligue 2 ?

Oui, par les grosses équipes et on voit tout de suite la différence. Dans l’ensemble, on voit que c’est au-dessus de la National 1. Maintenant, on a réussi à s’y adapter.

Quelle est la principale différence entre la National 1 et la Ligue 2 ?

La médiatisation déjà, après le niveau de certains joueurs qui ont joué en Ligue 1 et on sent la différence… Ça va vite sur les erreurs.

Le poste de numéro un vous fait-il rêver ?

Je viens d’intégrer le staff, je veux monter petit à petit, je ne veux pas brûler les étapes. Ça demande énormément de travail, il faut avoir les compétences pour occuper ce poste. On ne peut pas y arriver du jour au lendemain. Il faut prendre le temps, il faut se préparer, il y a pas mal d’étapes avant d’y arriver.

« Le football amateur est très important, mais il n’est pas aidé »

Votre carrière vous l’avez essentiellement faite à Chambly. Vous n’avez pas eu d’opportunité ou vous n’avez pas voulu tenter ?

Je suis attaché à Chambly depuis mes premières années. J’ai eu l’opportunité de partir à Beauvais en National pour jouer la montée en Ligue 2. J’y ai joué quatre mois mais je n’étais pas à ma place là-bas, donc je suis revenu. À partir de là, je voulais rester un maximum de temps à Chambly.

Comprenez-vous l’envie des joueurs de nos jours à vouloir tout, tout de suite ?

Je le vois de plus en plus malheureusement… C’est le problème actuel : les jeunes veulent brûler les étapes, ils ne se rendent pas compte. Pour arriver en haut, il faut prouver. J’arrive de moins en moins à comprendre cette vision des choses. Je le répète souvent : si vous avez vraiment le niveau pour jouer au-dessus, il faut déjà être au-dessus des autres dans votre niveau.

Quel est votre regard sur le football amateur ?

La chance que j’ai et que j’entraîne en parallèle l’équipe senior du SFC Champagne 95 (Départemental 2, NDLR). Du coup, je suis au quotidien avec les mecs qui travaillent le soir et c’est compliqué. Le football amateur est très important, mais il n’est pas aidé. Son rôle est important auprès des jeunes dans l’éducation, dans l’apprentissage des valeurs. Il ne faut pas laisser le football amateur de côté !

Que peut-on vous souhaiter pour la saison prochaine ?

Pour Chambly, un maintien rapide. Pour moi, postuler et passer mon BEF. J’aspire à évoluer au niveau des diplômes.

Propos recueillis par Farid Rouas.

Crédit Photo : Les Reporters Incrédules