Portrait

Henri Michel, talent d’Aix

02/05/2018 à 11:28

La semaine dernière, la France du football a dit adieu à Henri Michel, son ancien sélectionneur. Au moment des hommages, Actufoot a contacté ceux qui l'ont connu à ses débuts, à Aix-en-Provence, où il a joué. Entre l'AS Aixoise, où il a débuté en jeunes et en professionnels, et qui est aujourd'hui le Pays d'Aix FC, et l'Aix Université Club, l'ex-joueur de Nantes a laissé la même image. Celle d'un futur talent...

« Je l’ai vu arriver à l’AS Aixoise, où il a débuté, contrairement à ce qu’il disait, vers 9 ans. » Antoine Crespi replace, d’emblée, les débuts d’Henri Michel dans le monde du football. L’international, décédé la semaine dernière, est un enfant de la cité provençale. Et il a bien joué dans les deux clubs d’Aix en Provence. Mais c’est donc à l’ASA qu’il a commencé. Le temps d’une saison, avant de rejoindre l’Aix Université Club, puis de revenir finir sa formation à l’AS Aixoise, où il est passé professionnel. « Je l’ai fréquenté de pupille en juniors. J’ai fait les deux clubs avec lui. C’était un enfant qui était doué pour tout faire. Il aurait pu être champion de tennis, de natation », se souvient Christian Ranguis.

Mais le talent de Henri Michel pour le football est sans égal. « Il n’y avait aucun souci pour voir le potentiel. Il avait disputé, à 12 ans, le concours du jeune footballeur. Il avait fini 1er des plus jeunes. En moins de 14 ans, il a fini premier au niveau national, devant des milliers de petits », poursuit Christian Ranguis. « Il a marqué tout le monde dès son arrivée. Il était tout maigre, mais avec sa gueule d’ange, dès qu’on l’a vu avec un ballon dans les pieds, tout le monde l’a pointé du doigt. On a dit « le petit 4 sera international ». A 10 ans, il savait tout faire, dribbler, marquer. Il ne faisait pas des montagnes de passes, il dribblait beaucoup. Il portait le ballon, car il était facile. Il courait très vite. Il avait des qualités physiques énormes », est encore subjugué Antoine Crespi, qui a aussi côtoyé le futur sélectionneur dans les deux clubs.

Henri Michel est resté attaché à ceux qui l’ont vu grandir. « Il n’a jamais abandonné ses copains d’enfance. C’était un très bon garçon, très gentil, flamboyant. Ce n’est pas quelqu’un qui avait la grosse tête », raconte Evelyne Grégoire, la trésorière du Pays d’Aix FC, nouveau nom de l’AS Aixoise, et qui l’a connu très jeune. « C’était un charmeur. Ma soeur était la muse des quatre copains qu’ils étaient, elle était tout le temps avec eux. » Parmi eux, donc, Christian Ranguis, qui garde des milliers de souvenirs de son ami. « C’était un type qui sortait de l’ordinaire, un blagueur, qui aimait la vie. On perdait 1-0, il partait en jonglant jusqu’aux 18 mètres et il marquait. Ce qu’il disait, il faisait », rappelle-t-il, avant de livrer un témoignage inédit. « Il était brûlé sur la moitié du corps. Il s’était renversé une casserole de lait quand il était petit. Ca nous faisait drôle. Il n’en parlait pas et n’en avait pas honte. » Même quand il allait à la plage, après une balade à vélo.

Henri Michel, au premier plan

Naturel, Henri Michel était un garçon qui avait tout pour réussir. Sur le terrain, comme dans la vie. « On l’appelait Blake le rock. C’était un phénomène hors norme. Il était vif, intelligent, il s’intéressait à tout », argumente Christian Ranguis. « Il était casse couille, brancheur, taquin. Il était toujours dans le défi, marrant. Je me rappelle d’un retour de match de Marseille, il a commencé à emmerder tout le monde. On lui est tombé dessus. Et plus on le tapait, plus il rigolait. C’était un personnage très attachant », rembobine, avec émotion, Antoine Crespi.

Sous les couleurs de l’Aix Université Club (4e debout en partant de la gauche)

A l’ASA ou à l’AUC, qui lui a rendu hommage, celui qui a porté avec « élégance » le maillot nantais, a surtout démontré un talent incroyable. « Le ballon, c’était minute après minute. Il était très doué. On savait qu’il serait un excellent joueur de football. Au lycée, je lui disais heureusement que tu étais avec moi, au moins je ne serai pas dernier. Les profs savaient qu’il serait professionnel, donc ils lui foutaient la paix », évoque Antoine Crespi. Les débuts chez les grands ne se font pas attendre. C’est un international argentin qui lui a ouvert la porte. « Il jouait en juniors, et l’entraîneur de l’équipe première m’a demandé qui pouvait jouer avec nous, j’ai dit Henri Michel. Il est venu avec nous à Caen. Il avait tout, la technique. Il était complet. Il avait déjà de l’élégance », retient Aurélio Moyano, capitaine de l’effectif professionnel 1964 à l’AS Aixoise. « Mais il avait déjà du caractère. A Caen, justement, l’équipe avait oublié un bagage dans le train. L’un des joueurs cadres de l’équipe a dit à Henri Michel d’y aller, qui lui a répondu d’y aller lui. » L’aventure commençait. Henri Michel n’a plus jamais quitté le groupe pro. Un leader était né…

Crédit photos : ASA / AUC