Interview expat'Arabie Saoudite

Hervé Renard (Arabie Saoudite) : « Je ne vendrai jamais mon âme, ma fierté »

15/02/2021 à 19:05

A un peu plus d'un mois de la reprise des qualifications pour la Coupe du Monde 2022 avec l'Arabie Saoudite, le sélectionneur des Faucons Hervé Renard s'est confié dans nos colonnes sur sa découverte du Moyen-Orient, du football saoudien et son évolution personnelle. Entretien. (Crédit photo : DR).

Les qualifications pour la Coupe du Monde 2022 vont bientôt faire leur retour après un an et demi de pause. Dans quel état d’esprit êtes-vous avant de recevoir le Yémen (le 25 février) ?

Impatient mais également avec un sentiment étrange. Cette coupure fut très longue, certainement trop longue. Mais il va falloir s’adapter à cette situation.

Contrairement à la sélection marocaine où les joueurs sont éparpillés à travers l’Europe, est-ce un luxe de pouvoir vous concentrer sur un seul pays pour faire vos choix ?

Cela permet surtout de les voir en action chaque semaine. Ce qui est un privilège. Surtout que la qualité de ce championnat saoudien est de plus en plus attractive.

Au-delà d’un objectif à accomplir, que représente la possibilité de jouer une Coupe du Monde avec l’Arabie Saoudite, la deuxième consécutive pour vous ?

C’est un immense nouveau challenge, sur un nouveau continent. Une remise en question, comme un nouveau départ après tant de rêves accomplis sur le continent Africain.

Vous êtes un privilégié du foot ?

Il ne faut jamais perdre de vue que le football est un jeu, à enjeux certes, mais un jeu. Pour avoir été un travailleur indépendant, comme la plupart des gens de ce monde, être sélectionneur est un luxe et un privilège.

« J’ai besoin de cette adrénaline »Hervé Renard

Les places qualificatives pour valider le ticket pour le Qatar sont chères dans la Zone Asie. Cela ajoute une pression ?

Les places sont très chères dans la zone Asie, mais je suis venu sur ce continent en connaissance de cause. Donc il faut assumer ses responsabilités.

Disputer une Coupe du Monde dans un pays rival et potentiellement y briller est quelque chose de stimulant ?

Cela m’aide à avancer, j’ai besoin de cette adrénaline. Car l’objectif à atteindre est tout sauf facile mais tellement passionnant.

Les tensions diplomatiques entre les deux pays influent-elles sur le football ?

Aujourd’hui, et ceci depuis très peu de temps, ces tensions se sont dissipées. C’est une aubaine, comme un signe du destin, nous devons être absolument présents au Qatar pour cette Coupe du Monde 2022.

Au-delà de l’équipe nationale, observez-vous attentivement les sélections de jeunes ? Menez-vous des réflexions plus profondes avec votre staff ?

Il est très important pour nous, le staff, d’avoir une réflexion à moyen terme. Mon staff était présent à la Coupe d’Asie U 23 en Thaïlande, avec à la clef un titre de vice-champion d’Asie et une qualification pour les Jeux Olympiques au Japon. Sans oublier le titre de Champion d’Asie obtenu en 2018 par les U19.

Vous disiez dans un entretien pour So Foot que l’Asie vous rappelle l’Afrique sur certains aspects. Lesquels ? Qu’est-ce qui change du coup ?

L’Arabie Saoudite me rappelle l’Afrique de par la passion que le Football suscite également ici. Ce qui d’Europe peut paraître étrange à entendre, mais un derby Al Nasr/Al Hilal à Riyadh ou Al Ahly/Al Ittihad à Jeddah, cela vaut le détour.

Hervé Renard est épanoui de son arrivée à la tête de la sélection saoudienne en juillet 2019. Son objectif ultime : Amener les Faucons au Mondial 2022 au Qatar (Crédit photo : DR)

Il y a des codes à acquérir lorsqu’on découvre un pays et de nouvelles cultures ?

Déjà être entraîneur, c’est avoir une capacité d’adaptation très importante. Alors à l’étranger, cela demande une adaptabilité énorme ainsi qu’une ouverture d’esprit très importante.

« Le monde du football me rend perplexe sur l’être humain, dès qu’il y a trop d’argent en jeu, les relations humaines perdent de leur beauté »Hervé Renard

Qu’est-ce qui a changé chez le Hervé Renard de 2008 qui découvre la Zambie et celui d’aujourd’hui?

J’ai la même passion, la même envie de relever des challenges difficiles, quel qu’en soit l’endroit. Mais en toute franchise, je suis un peu abîmé depuis cette période de 2008. Le monde du football me rend perplexe sur l’être humain, dès qu’il y a trop d’argent en jeu, les relations humaines perdent de leur beauté. Ou peut-être est-ce l’envie de lumière chez certain qui est trop importante, leur ego surdéveloppé. Mais cela ne reste pourtant que du football.

Vos succès sur le continent africain ont rendu fier plusieurs peuples. Même après la Coupe du Monde 2018 qui s’achève rapidement, les Marocains étaient heureux d’avoir rivalisé avec les plus grands. Rendre fier la population d’un pays, n’est-ce pas là la plus belle victoire d’un sélectionneur ?

C’est la raison pour laquelle j’aime les équipes nationales. Il y a l’amour du pays, la fierté du drapeau à défendre. La possibilité de rendre des millions de gens heureux à travers le football, c’est magique.

Etait-ce un souhait personnel d’enchaîner comme sélectionneur après l’expérience marocaine ?

C’était mon objectif premier. Après, on ne fait pas toujours comme l’on veut dans ce métier. Rare sont ceux qui peuvent se permettre de choisir réellement.

Malgré une élimination rapide de la Coupe du Monde 2018, les supporters marocains et la presse nationale loueront le visage et le jeu proposé par les Lions de l’Atlas d’Hervé Renard (Photo : l’Equipe)

Par rapport à vos passages à Sochaux et au LOSC, que répondez vous si on vous dit qu’on a l’impression qu’Hervé Renard n’a pas encore apporté à un club français tout ce dont il est capable ?

Il est normal de faire un constat sur mes deux expériences en Ligue 1. À Sochaux, ce fut un parcours superbe, terminé avec une finale perdue à domicile lors de la dernière journée de championnat, après être revenu de nul part. A Lille, un goût d’inachevé après seulement 13 journées, avec 13 points à la clef. Il y en a qui ont fait pire, mais qui ont gardé leur poste et ensuite relevé la tête. C’était mon destin dans le Nord. Adviendra ce qu’il adviendra à l’avenir. Je ne suis pas devin et préfère vivre le présent à fond. Ma devise préférée, le meilleur reste à venir.

Vous donnez le sentiment de laisser une bonne image partout où vous passez. Quel est votre secret ?

Je suis quelqu’un de loyal, qui respecte tout le monde. Les valeurs humaines sont le moteur de mes relations. J’ai horreur des opportunistes qui agissent par intérêt. Je ne vendrai jamais mon âme, ma fierté.

Recueillis par Thomas Gucciardi

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