Candidat à la Draft MLSEtranger

Hugo Delhommelle : « Venir aux Etats-Unis, la meilleure décision de ma carrière »

09/01/2019 à 16:56

Vendredi, il sera le seul Français à prétendre à une place dans la Draft de Major League Soccer en 2019. Hugo Delhommelle, milieu défensif de 22 ans, est en passe de réussir le rêve d'une vie. Mais avant de, peut-être, voir briller les étoiles de la prestigieuse ligue américaine, le joueur de l'agence FFFUSA, passé par Rennes et Cannes, se concentre sur sa dernière chance de se montrer, aujourd'hui, à Orlando.

Comment se sent-on quand on est à trois jours de la Draft MLS ?

On est anxieux de savoir ce qui va se passer. Il reste encore un match demain (aujourd’hui, à 19 h 30, heure française) au Combine (rassemblement de 60 joueurs détectés en vu de la draft, qui se déroule pendant une semaine à Orlando, NDLR). Beaucoup de choses vont se jouer dessus. Quand je regarde mon profil et que je me compare, je me rends compte que beaucoup d’autres joueurs sont connus des coaches. Mais tout repose sur le match précédent disputé samedi dernier, l’entraînement d’hier (lundi) et le dernier match de demain. Avant de penser à la draft, je pense à bien jouer. Si je fais le taff, je serai rassuré par rapport à vendredi.

Êtes-vous content de votre prestation de samedi ?

C’était plutôt pas mal. C’est difficile de jouer avec des joueurs qu’on ne connait pas du tout, d’autant qu’on est tous en manque de rythme, puisque la  saison s’est terminée en novembre. Ce n’est pas tout de courir ou de jouer chez soi, donc là, ce n’est pas évident.

Avez-vous des échos de ce que pensent les coaches de vous ?

Je parlais avec Jérôme Méary (directeur d’Elite-Athletes Agency *, qui s’occupe des joueurs détectés par la structure FFFUSA), ils attendent ce petit quelque chose. Ca m’a mis un peu de pression. Je me suis fait repérer sur un entrainement, maintenant ils attendent de voir si ça se transforme en match.

Ca met la pression ?

Oui (sourires). Mais je trouve ça amusant quand on compare au système français, qui est totalement différent.

En quoi ?

Déjà, beaucoup disent que ce pourrait être le dernier Combine et l’ultime draft. Après, c’est intéressant. Des joueurs arrivent avec une forte valeur, mais ne se font pas drafter très haut. D’autres, avec un profil comme le mien, n’attendent pas grand-chose au départ, et, au final, le talent se dégage.

Comment parvenir à se mettre en avant ?

On a joué très bien joué notre premier match, on a mis beaucoup de pression sur l’autre milieu de terrain. Si c’est comme ça, c’est difficile pour l’adversaire de se montrer. J’étais assez satisfait. Mais je me mets à la place de mon adversaire, ça devient difficile pour lui. Plus globalement, c’est le système qui fait qu’on pense individuel, peu importe qui il y a en face. Je me concentre sur ma prestation personnelle. En plus, ils cherchent des joueurs polyvalents, vu qu’on vient du College. C’est ce qu’on essaie de démontrer en évoluant plus haut ou plus bas sur le terrain, on s’adapte.

Prétendre à cette draft, qu’est-ce que ça représente ?

C’est une fierté, dans le sens où c’est la raison pour laquelle je suis venu aux États-Unis. C’était un risque important. En France, en venant du Stade Rennais, j’aurais pu persévérer comme d’autres. J’ai choisi de venir ici, pour l’instant, ça se révèle payant, mais on verra vendredi.

« Être drafté, peu importe l’équipe et le contrat »

Quel est votre quotidien sur le Combine ?

Cette semaine, on est dans un des meilleurs hôtels des États-Unis, à Orlando, il fait 30 degrés, il y a quatre piscines. Tu descends prendre ton repas, il y a le staff des 24 équipes qui prennent leur café. C’est impressionnant, tu peux croiser n’importe qui. Hier (lundi), je me baladais, j’ai vu passer Rémy Garde. Je n’y attendais pas (rires).

C’est la belle vie…

Oui, mais il ne faut pas s’habituer non plus. Ce sont des moments à vivre, il faut profiter, mais on ne sait pas ce qu’il peut se passer vendredi. On garde un oeil sur le match de demain et les échéances qui arrivent.

Qu’attendez-vous de vendredi ?

C’est difficile à dire… Il y a 50 % de joueurs draftés, dont 30 % iront avec l’équipe seconde, et 20 % qui auront un contrat MLS et quelques minutes de jeu. Mon objectif est simplement d’être drafté, peu importe l’équipe et le contrat.

Le parcours de Paul Marie, choisi par les San Jose Earthquakes l’an dernier, vous inspire-t-il ?

Paul, c’est un de mes meilleurs amis ici. On a vécu deux étés à jouer ensemble, lors de Ligues d’été à Reading. Si lui l’a fait, je peux le faire aussi. Je suis allé à San Jose faire des essais, je vivais avec lui pendant une semaine.

Il vous a parlé de sa vie ?

C’est une vie difficile, avec des contrats de très court terme, pour lesquels on n’est jamais garanti, sachant qu’ils sont signés avec la Ligue. Tout se fait au jour le jour. Paul Marie me disait qu’il avait un contrat MLS. Or, il n’a pas pu beaucoup jouer pour plusieurs raisons. Pour le prolonger, ils peuvent se baser surtout sur les entraînements, pas sur les matches. Il faut donc tout mettre de son côté chaque jour avant, pendant et après l’entrainement, pour que le coach se dise « lui, il en veut ».

Quelle a été votre réaction en apprenant que vous étiez sélectionné pour le Combine ?

J’étais très content, car ce n’est pas évident. C’est très difficile, en tant qu’international, ayant joué seulement deux années en D1 et venant d’une petite équipe de D2, celle de Caroline du Sud. C’était un soulagement de me dire que j’ai ma chance. Être dans la liste me donne une opportunité de me montrer et de prouver que je ne suis pas dedans par hasard, mais aussi que je n’ai pas été transféré de la D2 à Syracuse pour rien. Avoir mis les choses en place pour me donner l’opportunité d’être transféré dans une grosse université de D1 comme Syracuse, a été un bon choix, car il y a un bon programme et un bon coach qui supporte les joueurs. Aujourd’hui, c’est une opportunité de montrer ce que je vaux.

Avec le recul, quel regard portez-vous sur les quatre ans en université américaine ?

Ca a été sans doute la meilleure expérience de ma vie, le meilleur choix que j’ai pu prendre. J’ai pu avoir aussi un bachelor (un diplôme) en développement humain, en psychologie, pour, pourquoi pas, devenir coach, en plus de l’opportunité de jouer en professionnel, ce qui est vachement intéressant, quand je regarde mes collègues en France qui ont galéré pour trouver une place.

Pouvez-nous nous raconter les circonstances de votre départ vers Syracuse, et la raison de ce choix ?

Il fallait que le coach de ma D2 donne une « release », qui libère le joueur. Après ma première saison, j’aurais pu partir, mais le coach m’a bloqué et m’a demandé de rester une saison de plus. Je lui ai dis, « ok, je reste, mais si on gagne le championnat, vous me donnez le papier ». La saison d’après, on gagne le championnat, et, en bons termes, il me donne le papier. En décembre, j’ai regardé les offres. Je voulais jouer en ACC (Atlantic Coast Conference). J’ai visité Clemson et Syracuse. Clemson était juste à côté de là où j’étais, Syracuse se trouve au nord de New-York. J’ai voulu me mettre en difficulté, je voulais être plus proche de la ville aussi, connaître un autre climat. J’ai eu un bon feeling avec le coach, et l’université a une histoire. Depuis cinq saisons, chaque année, au moins un joueur de Syracuse est drafté. Ça a beaucoup de valeur.

C’est porteur aux yeux des entraîneurs de MLS…

Exactement, quand on parle aux coaches, ça a une bonne image, car il y a un gros programme de soccer.

Pourquoi avoir fait le choix de rejoindre les Etats-Unis il y a quatre ans ?

Je n’avais pas été gardé au Stade Rennais. Le Directeur Sportif des jeunes de l’époque, Yannick Meunier, m’a donné le contact de Jérôme Méary, qui m’a expliqué la démarche. Je me suis dit que j’avais rien à perdre, que j’aurais, peut-être, un futur dans le foot et certainement un futur scolaire. Je voyais comment mes collègues galéraient pour avoir une opportunité. Or, c’est difficile, quand on galère, car la famille en prend un coup, en raison des voyages chaque année. En partant, je me suis dit, que, peu importe ce qu’il se passe, j’aurais un bachelor, une éducation, et que c’est le bonus qui s’ajoute à l’opportunité de jouer professionnel. C’était aussi le bon moment de surfer sur la vague de l’amélioration du soccer ici. En plus, côté finances, tout est inclus, puisqu’il y a une bourse assez conséquente en fonction du niveau sportif.

« Une expérience qu’on ne pourrait pas vivre autrement »

Il reste quelques détections prochainement. Que diriez-vous à un jeune qui hésite à s’inscrire ?

Quand je vois ce qui m’est arrivé depuis quatre ans, venir aux Etats-Unis, c’est la meilleure décision de ma carrière. C’est une expérience qu’on ne pourrait pas vivre autrement, qu’on ne pourrait jamais avoir ailleurs. C’est les USA, le foot, ce qui va avec.

Vous êtes passé par Rennes et Cannes, notamment. Qu’en retenez-vous ?

Je retiens beaucoup plus de Rennes, sachant que j’y ai passé huit ans. J’ai gardé des amis qui ont continué, qui sont pros, comme Ousmane Dembélé ou Jérémy Gélin. C’était des joueurs et des gars super bien. A Cannes, ça a été une année de transition. J’avais les USA en tête. Même si ça a été une année sportive très intense, en U19 Nationaux, dans le meilleur championnat de France, face à des équipes professionnelles, Marseille, Lyon, Monaco ou Nice, avec des matches sympas à jouer contre des joueurs qui sont devenus très grands. Mais Rennes m’a marqué, j’ai joué au centre de formation, j’ai pu grandir, avoir de la maturité. Avoir un encadrant comme Julien Stéphan, ce  sont des coaches qui marquent et qui sont aujourd’hui récompensés. Ca donne encore plus de valeur à ce passage.

Vous êtes encore en contact avec le club ?

Je sais que j’ai laissé une image assez positive. Le Stade Rennais est reconnaissant de ses anciens joueurs. Mathieu Le Scornet prend de mes nouvelles quand ma mère va au centre. J’échange, via quelques messages, avec Jérémy Geslin, aussi.

Être drafté vendredi, ça permettrait de vous dire que, vous aussi, vous avez réussi ?

C’est ça. Ca permettrait de montrer à ceux qui avaient un oeil négatif, au départ, sur mon choix d’aller aux Etats-Unis, qu’il y a un autre chemin. Au Stade Rennais, on nous disait qu’il y a une vie après le centre de formation. On se demandait de quoi ils parlent, après l’échec au dernier niveau. Finalement, ils n’ont pas tort. Il y a une vie après le Stade Rennais…

(*) Quatre autres joueurs d’Elite-Athletes Agency disputent les Combine : Patrick Bunk Andersen (Danemark), Mitchell Osmand (Australie), Simon Enstrom (Suède), Joel Rystrand (Suède).

Propos recueillis par Tom Mollaret

Trois détections pour tenter de décrocher une bourse pour étudier et jouer au Etats-Unis sont programmées :

A Paris

Détection FFFUSA à Paris pour rejoindre les Etats-Unis

A Lyon

Tentez de vivre une aventure football aux Etats-Unis avec la détection FFFUSA de Lyon

A Cagnes-sur-Mer (06)

Détection FFFUSA à Cagnes sur Mer pour étudier et jouer aux Etats-Unis