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Incompréhension, colère et révolte : quand les clubs de N2 s’embrasent

05/03/2021 à 17:45

Hier, la FFF a officialisé la non-reprise des championnats National 2 et D2 Féminine. Malgré une dérogation accordée par le Ministère il y a deux semaines, le Gouvernement a fait volte-face. Les clubs de la 4e division nous ont fait part de leurs sentiments après cette annonce.

La stupéfaction a laissé place à la colère. Les clubs du 4ème échelon national retrouvaient du plaisir à l’idée de s’entraîner dans le but de la reprise du championnat. Oui mais voilà, hier, la FFF a pris acte de la décision des autorités de retirer les autorisations accordées aux championnats National 2 et D2 Féminine. « Les personnes décisionnaires du Ministère des Sports doivent se dire que de toute façon le football n’est qu’un jeu. Même si cela reste le cas, c’est aussi un métier pour les salariés des clubs de National 2. Cela représente quasiment 2 000 personnes à travers les soixante-quatre clubs engagés dans la compétition », défend le communiqué du RC Grasse.

Comme le RC Grasse, les autres clubs de National 2 se sont étonnés de ce revirement de situation. Du côté du SC Toulon, c’est « la frustration » et « l’incompréhension » qui prédominent. « C’est une grande déception, parce qu’on bossait, on travaillait dur pour cette reprise. J’ai appris ça mercredi après-midi, je me suis dit à moi même : « Ce n’est pas possible. » Hier matin, on a fait un match amical contre la réserve de l’OGC Nice et on en discutait un petit peu avec les coachs. On espérait que ça serait décalé justement, que ça s’arrête plus tard pour au moins faire les matches aller. Il nous restait 6 matchs, on n’était pas mal classé, on avait un objectif, tout ça vient de tomber à l’eau, on a clairement travaillé pour rien. Je suis complétement abattu. J’ai attendu cette décision comme si c’était ma sentence », a confié Luigi Alfano, le coach toulonnais à Actufoot 83.

Un grand manque de considération de la part des instancesFrançois Clerc, président d'Andrézieux-Bouthéon

Mais il n’y a pas que dans la région PACA que ça a fait réagir. L’ancien pro François Clerc, passé par l’OL et l’ASSE notamment, a manifesté son incompréhension. « Nous avons l’impression d’un grand manque de considération de la part des instances. Il y a 15 jours, on nous dit que c’est bon et maintenant on nous dit le contraire. On ne va pas me faire croire que la situation sanitaire a changé en 15 jours. C’est très agaçant, nous nous étions préparés, et du jour au lendemain on nous coupe dans notre élan. C’est comme si on reprenait un cadeau que l’on avait offert à un enfant », déplore le président d’Andrézieux-Bouthéon. « Il y a beaucoup d’incohérences. On nous considère comme des sportifs de haut niveau il y a 15 jours alors qu’aujourd’hui on nous dit de tout arrêter alors que nous suivons les mêmes protocoles que les pros ! À Chambly, avec 11 cas positifs dans l’effectif, les cas contacts n’existent pas. Ils ont donc joué et contaminé leurs adversaires. Il va falloir m’expliquer où est la logique », souligne François Clerc sur Actufoot 42.

« C’est symptomatique de la manière dont on est traité. J’espère que mes homologues vont réagir aussi, et qu’on va porter un peu la nécessité d’être traité différemment, moi j’ai besoin de parler à des gens. Je ne sais pas à qui mais j’ai besoin de parler à des gens. C’est particulièrement incorrect », a réagi hier Alain Nersessian, président du FC Martigues, dans une interview donnée à Maritima.

Finalement c’est de l’amateurisme, mais cela doit être normal pour notre monde amateur !Jocelyn Fontanel, président du GOAL FC

« C’est irrespectueux vis à vis de tous nos clubs de N2. Comment peut on changer d’avis en seulement deux semaines ? La pandémie on la connaît, ce n’est que politique… Nous avons tout remis en route, sorti les joueurs du chômage partiel, soldé certains congés, engagé des frais pour la remise en état des terrains, payé des frais de déplacements pour les matchs amicaux, communiquer avec nos sponsors maillots. Ça devient ingérable financièrement et administrativement. Le bénévolat ok, ça reste dans mes gênes, la prostitution non merci », s’emporte Jocelyn Fontanel, président du GOAL FC sur Actufoot 69. « Je ne veux ni condamner notre gouvernement ni notre chère FFF qui gère en conséquence car la période reste compliquée, mais quelle communication désastreuse ! Finalement c’est de l’amateurisme, mais cela doit être normal pour notre monde amateur ! Et pas facile de s’occuper de nous pendant la période électorale. Cela devient grand guignolesque », ironise le dirigeant du plus grand club d’Auvergne Rhône-Alpes en terme de licenciés.

On n’est pas des marionnettes !Lilian Compan, coach du Hyères FC

Club en pleine évolution, avec notamment l’arrivée de Mourad Boudjellal en tant que président et Nicolas Anelka comme directeur sportif, le Hyères FC nourrissait des ambitions dans ce championnat. L’annonce de la non-reprise laisse un goût particulier. « Ça ne me surprend pas du tout. Ils avaient pris la décision de reprendre, mais personnellement, je savais très bien que ça allait être très compliqué. Ce n’est pas une surprise mais ce qui est dommageable, c’est ce « on reprend, on arrête, on reprend ». Ils seraient capables de nous dire dans 15 jours que finalement on reprend. Les clubs ont déjà beaucoup de difficultés sportivement et financièrement, si en plus de ça tous les deux jours ça change… On n’est pas des marionnettes ! J’étais déjà très inquiet quant à une reprise il y a deux semaines par rapport à tout ce qui est physique, donc je suis un peu agacé de toutes ces décisions », confie Lilian Compan, coach du Hyères FC à Actufoot 83.

« C’est un coup dur auquel on ne s’attendait pas, et c’est vrai que émotionnellement ce n’était pas facile, notamment pour les joueurs. On est passé par toutes les phases, en commençant par la satisfaction de reprendre en Coupe de France, puis en championnat, et aujourd’hui on n’a pas de visibilité sur la suite de la saison. On prépare ce match de Coupe de France sans savoir si derrière on aura le droit de s’entraîner ou pas si on se qualifie. C’est le flou le plus total. Donc je ne vais pas non plus critiquer les uns et les autres. Aujourd’hui le Gouvernement nous empêche de poursuivre, on sera obligé de s’y plier. Mais ce serait quand même bien d’avoir un vrai calendrier concernant la suite. », confie Sébastien Dailly, entraîneur de l’AS Beauvais Oise qui reçoit ce soir l’US Boulogne pour le 16e de finale de Coupe de France.

Les joueurs également consternés

Si les coachs et présidents nous ont fait part de leurs sentiments, certains joueurs se sont exprimés sur les réseaux sociaux. Loïc Dufau, capitaine du Puy Foot, a même joué samedi dernier un match en retard. Il souligne le respect des protocoles stricts imposés pour cette rencontre et partage son amertume sur les réseaux sociaux. Comme Mehdi Mostefa, son homologue de l’AS Béziers, leader de N2 (D).