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Isaac Lihadji, un extraterrestre sur la planète Mars

10/04/2019 à 16:35

Tout le monde en parle en ce moment ! Ce matin, on apprenait même un intérêt du FC Barcelone pour lui. Isaac Lihadji, 17 ans, impressionne à l'OM et les observateurs ont déjà un œil voire deux sur la pépite marseillaise. Formé au FC Septèmes, le jeune attaquant avait déjà fait quelques essais à la Masia, centre de formation du club catalan, avant de rejoindre le club phocéen. Découvrez l'incroyable histoire de celui qui pourrait bien faire gagner du prestige à la formation olympienne.

A Marseille, depuis plusieurs années, ça ne bouillonne pas de jeunes talents « qui sortent » comme on dit dans le milieu du football. Le centre de formation n’est pas stérile mais… presque. A la fin de la saison 2017-2018, l’OM est même classé 17e du traditionnel classement des centres de formation des clubs professionnels. Les supporters ont vu sortir des Nasri, Flamini, Ayew mais depuis quelques temps, plus grand chose… Le  projet « Champions Project » a changé la politique de formation du club, place à l’« OM Next Generation » et les partenariats avec les clubs amateurs de Marseille et des alentours. En interne et au plus haut niveau, le club phocéen fait un peu plus confiance aux jeunes. Il faut dire que l’OM peut actuellement s’appuyer sur deux minots, Maxime Lopez et Boubacar Kamara, qui jouent régulièrement en Ligue 1 ou en Équipe de France de Jeunes. Ils représentent l’avenir phocéen. En tout cas, devant les caméras… Car derrière, dans les coulisses, se cache un troisième jeune joueur bourré de talent, le nouvel espoir marseillais. C’est un jeune attaquant que l’on n’a pas vu à la télé, sur Canal +, lors des matchs du week-end mais qui pourrait ne pas tarder à pointer le bout de son nez. Il se nomme Isaac Lihadji. Et à 17 ans, ce pur produit du FC Septèmes (comme un certain Samir Nasri) impressionne en interne. Lié à l’OM par un contrat aspirant jusqu’en juin 2020, le club a fait de la signature d’un nouveau contrat une priorité… Il le fallait avant de prendre le risque de voir la perle marseillaise terminer dans les mains d’un club européen.

Isaac Lihadji, le football comme don de la nature ?

Isaac Lihadji arrive au FC Septèmes, club des quartiers Nord de Marseille, en 2011. Il y découvre d’ailleurs le ballon rond. « On était un club jeune, on récupérait un peu les gamins du quartier grâce à un transport qui faisait le tour des cités et qui prospectait plus particulièrement à Septèmes-les-Vallons au Parc Kalliste. On lui a parlé, il s’est inscrit chez nous et s’est révélé être au-dessus du lot. Il n’avait jamais joué au foot. C’était ses premières années » se souvient Salah Nasri, le président du FC Septèmes. Et son entrée n’est pas particulièrement remarquée au club. A l’époque, c’est un joueur comme les autres nous explique son ancien président : « Il n’avait pas de club, pas d’équipe. A ce moment-là, il jouait le plus normalement du monde, comme les autres. Puis, grâce à notre formation, il a progressé et s’est révélé avec le temps. Il est sorti du lot assez rapidement mais au départ ça ne crevait pas les yeux. C’est plus tard qu’il a explosé ». Nabil Hannachi, son premier éducateur, l’accueille à 8 ans dans son équipe au FC Septèmes et contrairement au président, le coach remarque directement ses qualités : « J’ai tout de suite vu qu’il avait des qualités naturelles au dessus des autres mais qu’il fallait travailler. J’ai détecté directement son potentiel. J’étais même monté voir son père pour lui dire qu’il fallait faire attention à lui, qu’il ne fallait pas le laisser sortir en tee-shirt l’hiver. Je savais que c’était un joueur qu’il fallait protéger. Il avait un don, il apprenait très vite ». En effet, le jeune Isaac absorbe comme une éponge. Il accumule les conseils de son éducateur, les met en application, pour au final atteindre un niveau largement supérieur à celui de ses petits camarades.

Explosivité, dribbles, rapidité, une technique très largement au dessus de la moyenne… Le président du FC Septèmes connaît les qualités que le minot avait développé au sein du club. Son ancien éducateur se souvient, lui, d’un jeune à la vitesse d’exécution hors norme. « Quand on lui montrait quelque chose, il reproduisait à la perfection et très vite ce qu’on lui avait demandé de faire. Exemple, il a appris à jongler en deux mois du pied droit et du pied gauche. Il en faisait 30 du droit, 30 du gauche en si peu de temps » se remémore Nabil Hannachi. Le garçon avait beaucoup de potentiel et ça, tout le monde le voyait. Mais il restait encore beaucoup de chemin à parcourir afin de l’exploiter pleinement. Et l’apprenti footballeur faisait également preuve de faiblesses à travailler. Souvent en difficulté dans le jeu latéral, il peinait à casser les lignes. « Il avait du mal à récupérer son souffle. Et il devait un peu améliorer son intelligence de jeu. Au FC Septèmes, on faisait exprès de le mettre milieu de terrain. Ce n’était pas son poste, on le savait, mais on voulait qu’il utilise son cerveau plus que sa vitesse, explique celui qui est devenu son tuteur aujourd’hui, avant d’ajouter Vous savez, avec Isaac, le club du FC Septèmes n’a pas cherché à gagner des matchs mais à le faire évoluer. »

Isaac Lihadji, un caractère à la Samir Nasri ?

Et pour évoluer, il faut savoir réfléchir, être discipliné, avoir un bon état d’esprit. Le jeune marseillais d’origine comorienne avait tout ce qu’il fallait à ce niveau-là : « Il avait un état d’esprit exceptionnel ! C’était un petit discipliné, à l’écoute, jamais boudeur et travailleur. Honnêtement, il n’y avait pas grand chose à dire… Il n’avait pas un caractère de leader, c’est peut-être ce qui lui manquait un peu quand il était avec nous à Septèmes » regrette le patron du club du 15e arrondissement de Marseille. Nabil Hannachi le décrit, lui, comme un « fils que beaucoup de parents aimeraient avoir ». Tous ceux qui le connaissent ont cette image de lui. « C’est un bon gamin, quelqu’un qui ne se prend pas la tête, qui est très simple, très humble et très gentil » ajoute son tuteur. Isaac Lihadji ? Il vient de Septèmes, il est formé à l’OM, mais ce n’est pas Samir Nasri. Il ne faut pas prendre de raccourcis trop faciles. Ce joueur a sa propre personnalité, son propre style de jeu, ses propres rêves. Et son rêve justement, comme nous le révèle son tuteur, c’est de signer… au FC Barcelone.

Le rêve de jouer au Barça ? Isaac Lihadji va le réaliser grâce à un joli coup de pouce du destin. « Il perd son papa à 9 ans et demi et le club voulait lui faire un cadeau pour lui remonter le moral : un stage de foot à Barcelone. Le problème, c’est qu’on n’arrivait pas à trouver comment payer ce stage d’été. Alors qu’on était encore en train d’y réfléchir, on part faire un tournoi à Fréjus. Et c’est là, lors de cette compétition, qu’il est repéré par un observateur du club catalan. Cette histoire est vraiment incroyable, vraiment personne n’y croyait » raconte l’éducateur d’Isaac au FC Septèmes.

Le club catalan lui fait alors passer un premier test à Toulouse contre des joueurs plus grands. Essai concluant. Le jeune marseillais se déplace à Barcelone pour un deuxième test. Choisi par le Barça pour être capitaine, Isaac se retrouve aux côtés de Kaïs Ruiz (la perle du PSG) pour un petit tournoi. Isaac va alors éblouir les techniciens catalans. « Le gars de Barcelone nous courait même derrière à la fin pour nous réinviter à faire des tournois avec eux le week-end suivant. C’est le moment le plus magique que j’ai eu dans le football jusqu’à présent… » confie l’éducateur marseillais. Et comme le FC Barcelone a pour coutume de faire monter trois fois le gamin avant de valider la signature, l’espoir marseillais est donc invité une 3e fois pour un nouveau test. Le rêve était à porté de main mais, malheureusement pour lui, le destin allait en vouloir autrement…

De la Masia à l’OM !

« Malheureusement, il s’est cassé le tibia contre le Burel FC à un mois de monter à Barcelone pour la 3e fois. Son rétablissement a duré et comme le Barça avait pour obligation de le faire signer avant ses 13 ans, le transfert a été annulé. Finalement, il n’a pas signé là-bas et plusieurs grosses écuries françaises se sont penchées sur lui. Nabil Hannachi, son tuteur, l’a dirigé vers l’OM et est devenu par la même occasion recruteur du club phocéen » narre encore un peu déçu le boss du FC Septèmes, Salah Nasri. Le jeune Isaac est très triste, l’occasion de réaliser son rêve s’envole… « Il rêvait d’aller au Barça, il en a pleuré. Il a fallu lui faire comprendre que ce n’était qu’une question de temps et que si ça devait arriver, ça arriverait. Son objectif est clair ! Isaac veut jouer dans l’un des 5 grands clubs européens. Quand il a eu sa chance d’y aller et qu’il s’est fracturé le tibia, il en a beaucoup souffert » livre le président.

Mais pour l’instant, Lihadji est à l’OM ! Et les débuts de l’espoir marseillais ne sont pas convaincants aux yeux du club phocéen. Salah Nasri qui a suivi de près le joueur puisque son fils évoluait avec Isaac à son arrivée à l’OM avoue que ses débuts ont été un peu difficiles : « Les premières années, il a été un peu en difficulté. Il faut dire qu’il a été blessé et qu’il a eu du mal à s’en remettre. Il souffrait aussi de son manque de taille ». Des commentaires confirmés par son tuteur Nabil Hannachi : « C’est vrai que ça a été difficile au début. Je trouve qu’on ne cherchait pas trop à le faire progresser à l’OM, on ne croyait pas trop à son potentiel. La preuve, il a été pris en Équipe de France U16 alors qu’il n’était même pas en U17 Nationaux, il jouait en U17 DH… »

Mais Isaac progresse et petit à petit il gagne la confiance des entraîneurs marseillais. En U16, il passe un cap. « Aujourd’hui, il est plus grand de taille et il s’est aguerri. Il a progressé dans la latéralité, dans le le dribble vers l’avant, il est plus décisif » explique Salah Nasri. « Pour ma part, j’y ai toujours cru, les gens qui le connaissent y ont toujours cru. Et à l’OM, dans toutes les équipes où il est passé, ça a toujours été le plus fort » ajoute Nabil Hannachi. Désormais en U17 National, la perle phocéenne s’éclate et impressionne ses adversaires : « C’est un joueur offensif très talentueux. Il a cette capacité de maîtriser le ballon et de l’utiliser pour faire la différence. Il a une qualité de percussion importante et enchaîne vite. C’est un joueur de premier plan, un international français » avoue Johan Roubault, entraîneur de la U17 National du Pays d’Aix FC qui l’a affronté au début de saison avant que l’attaquant soit essayé en U19 National.

Isaac Lihadji, un avenir à l’OM ?

Aujourd’hui, le Septémois a fait ses preuves dans les équipes de Jeunes de l’OM au point d’avoir attiré les regards des plus grands d’Europe. Barcelone, Manchester United, la Juventus, le Milan AC et l’Inter de Milan sont à l’affut et l’OM n’espère qu’une chose : blinder son minot et gommer le risque de le voir partir ailleurs. « L’OM ? Ça peut être un bon choix ! A mon avis, il devrait rester en France pour exploser. C’est prouvé qu’un petit qui part aussi jeune à l’étranger est déstabilisé. Le taux de réussite n’est pas très élevé. Il faut qu’il reste pour continuer sa progression, pour s’imposer dans un championnat de France moins relevé que les autres grands championnats européens. Ce serait bien qu’il suive le même chemin que Lopez, Kamara ou plus loin Samir Nasri » conseille son ancien président. Comparé dans son style de jeu à Di Maria, Ousmane Dembélé ou encore Neymar, il est normal que cette pépite marseillaise attise les convoitises mais cela ne nous dit pas si Isaac réussira sa carrière. Beaucoup de jeunes, malgré leurs talents, leur don, sont passés à travers. Et les choix de parcours y sont pour quelque chose… « Tous les gens pensent que c’est facile d’y arriver, c’est totalement faux. C’est un bon espoir mais il n’a pas encore réussi. On avait des supers joueurs en 2002, il y en a beaucoup de cette génération sur Marseille qui réussiront car c’est une génération qui a de l’envie : Naouir Ahamada, Pedro Brazão, Soudeysse Kari, Yassine Benhattab… et Isaac Lihadji. Ce sont des joueurs qui ont un avenir » s’avance Nabil Hannachi. Espérons pour le football français et le futur de la Ligue 1 que ce soit d’abord à Marseille…

Keevin Hernandez

Crédit photo Une : Actufoot