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Jean-Pascal Mignot « Le football amateur ? Il est de plus en plus compétitif »

03/04/2019 à 16:53

Sa carrière de joueur, sa reconversion, le football amateur... Jean-Pascal Mignot, ancien pro d'Auxerre passé par Saint-Etienne et Sochaux nous donne des nouvelles. Celui qui a joué la Ligue des Champions avec l'AJA se confie dans cette interview nostalgie. Touchant.

Jean-Pascal, quel regard portez-vous sur votre carrière et sur tout ce que vous avez vécu dans le football ?

Ce sont des moments incroyables que peu de métiers peuvent nous apporter, des moments avec des joies incroyables, des moments d’adrénaline très forts. Je suis chanceux déjà d’avoir eu ce parcours, je suis aussi fier, et je suis heureux de tout ce que j’ai fait et d’avoir gardé pas mal de contacts avec des gens bien.

Avez-vous des regrets ?

On m’a dit que j’étais trop sanguin et que cela m’avait empêché d’aller plus haut. Moi, je préfère dire que si je n’avais pas été comme cela, je pense que je n’aurais jamais percé dans le monde professionnel. Finalement, je n’ai pas de regrets. Ou alors peut-être un… le seul regret a été le carton rouge reçu sur le banc à l’Ajax d’Amsterdam en Ligue des Champions. Moi qui n’est joué qu’une fois dans ma carrière la Ligue des Champions… oui, effectivement de prendre deux matchs, comme ça, bêtement, c’est un regret. Mais cette action, malheureusement, montre aussi qui je suis : un compétiteur. Même sur le banc, je voulais que l’équipe soit la meilleure possible. Après, ça s’est mal traduit… C’est peut-être le seul vrai regret que j’ai.

Vous êtes aujourd’hui chargé de développement commercial au sein d’une agence de communication (Visionair Technology Projects), comment s’est passée votre reconversion ? C’était compliqué ?

La reconversion n’a pas du tout été évidente mais cela s’est plutôt bien passé pour moi contrairement à ma fin de carrière qui ne s’est pas très bien passée elle justement… J’ai fait une dernière année au FC Sochaux en réserve. Ça m’a permis de franchir le cap plus doucement finalement, que ce ne soit pas du jour au lendemain. Dans ma tête, j’avais déjà arrêté depuis 8 mois, j’ai pu faire le deuil proprement. Ça n’a pas été brutal. Ce n’est pas parce que je n’ai pas trouvé de club, c’est parce que je ne jouais plus et que mon corps l’a mal supporté. Mentalement, je n’avais plus les ressources pour continuer. Du coup, ça a été une transition bénéfique, parce que je n’ai pas senti la brutalité d’un arrêt de carrière. Aussi, pendant les 4-5 dernières années de ma carrière à Saint-Étienne puis Sochaux, j’avais  commençé à penser à ma reconversion. J’avais ouvert avec un ami une agence de communication, agence dans laquelle je suis toujours aujourd’hui.

Pourquoi une agence de communication ? On vous aurait plus vu dans le milieu du foot…

On m’a proposé un projet. Puis, comme je suis à l’aise avec les relations humaines, la communication m’a parlé tout de suite. Je me suis lancé dedans et ça a bien fonctionné tout de suite. J’ai lancé le concept et j’en ai fait mon travail. Ce n’est pas seulement un investissement, c’est un métier. Je pensais avoir des capacités techniques pour intégrer un staff professionnel de foot mais ça ne s’est pas fait. Je ne dis pas que je ne reviendrai jamais au foot, peut-être que j’y retournerai, on verra… Si un jour un copain venait à chercher un adjoint, je me positionnerai peut-être, tout en passant mes diplômes à ce moment-là.

Pourquoi ce projet en communication ?

C’est le support qui m’a intéressé. C’était de créer un groupe d’entrepreneurs. Qui dit groupe dit relation humaine et tout de suite ça a été clair dans ma tête. J’ai essayé de faire vivre le réseau, de fidéliser les clients avec l’image de joueur que j’avais. Puis, je suis quelqu’un qui parle facilement, je suis quelqu’un qui a la tête sur les épaules et donc j’ai fait les bonnes choses et dans le bon ordre. Je suis content d’en être arrivé là et de faire ce que je fais.

Y-a-t-il encore un lien avec le football ? Avez-vous des clients qui ont un rapport avec le monde du ballon rond ?

Bien sûr ! Je suis retourné dans la région qui m’a vu démarrer ma carrière et sur Auxerre. Je fais partie du réseau d’entrepreneurs du club de l’AJ Auxerre. Je vais voir les matchs dans les salons pour rencontrer les entrepreneurs et faire du business. Et puis, c’est un club que je connais bien car j’ai quand même joué 14 ans là-bas. On peut dire que c’est un petit peu mon club de cœur…

Peut-on parler de rôle d’ambassadeur du club ?

Officieusement, oui, forcément, j’ai un rôle d’ambassadeur car j’essaye de parler en bien du club, de ses équipes, de ses membres, de sa structure professionnelle. Par contre, je n’ai aucune fonction officielle. Il faut bien faire attention de ne pas se prendre pour quelqu’un qu’on n’est pas. Moi, je ne parle pas pour l’AJA, j’essaye de défendre du mieux que je peux l’image du club. Même si effectivement, par les temps qui courent, ce n’est pas facile…

Suivez-vous toujours les clubs de votre parcours ?

Oui pour Auxerre. C’est compliqué pour l’AJA, très compliqué même, car il y a un investisseur qui a mis beaucoup d’argent là-dedans et que pour l’instant il n’a toujours pas les résultats qu’il espère. C’est pour ça que c’est compliqué ! Par contre, il y a eu une refonte dans la structure professionnelle et les gens qui y travaillent auprès du président Graille font un énorme boulot au quotidien et donc ça, c’est super. Après, c’est le sportif… il faut qu’il suive…

En ce qui concerne Sochaux, je les suis un peu moins. J’ai vécu seulement 2 ans la-bas, j’ai gardé moins de contacts vu que la 2e année, je n’ai pas joué du tout. Je n’en garde pas forcément un bon souvenir et je n’y suis pas très attaché.

Par contre, j’ai gardé de très bons contacts à Saint-Etienne, que ce soit au niveau sportif ou extra-sportif. J’ai toujours des amis sur Saint-Etienne, j’y retourne souvent pour voir des matchs, je suis invité. Les anciens stéphanois sont d’ailleurs formidablement accueillis et je tenais à dire que l’ASSE, pour ça, c’est vraiment super. Bien sûr que je suis les résultats ! On s’envoie même des messages avec certains qui font toujours partie de l’équipe comme Loïc Perrin, Jessy Moulin ou encore Romain Hamouma. Ce sont des joueurs qui sont restés dans mon cœur. Et puis il y a les autres, ceux qui ne font plus partie des clubs où j’étais mais que je suis toujours comme Christophe Galtier avec qui j’ai gardé de très bons contacts ou encore Fabien Lemoigne qui est à Lorient.

Au final, je remercie ces trois clubs pour ce qu’ils m’ont apporté. Ils m’ont permis d’avoir cette carrière.

Suivez-vous le football amateur ? Qu’en pensez-vous ?

C’est une question difficile pour un joueur qui a beaucoup joué en professionnel. J’ai joué effectivement en réserve et en étant gamin contre des équipes amateurs. Je l’ai vu beaucoup évolué, il est de plus en plus compétitif. Il y a de plus en plus de joueurs qui ne sortent pas professionnels et qui quittent les centres de formation sans bagages sportifs et ces clubs amateurs les récupèrent. Après, ils peuvent faire de belles carrières amateur ou semi-pro comme par exemple Maxime Jasse qui a été pro à Auxerre, qui est passé amateur à Villefranche et qui vient de repasser semi-pro.

La carrière de Jean-Pascal Mignot
Avec près de 350 matches de haut niveau en L1, L2, coupes nationales et coupes d’Europe, l’ancien défenseur aura connu trois clubs durant sa carrière. Tout d’abord l’AJ Auxerre où il entre à 14 ans au centre de formation avant de connaître la Ligue 1 pour la première fois en 2003. Avec le club bourguignon, il remporte la Coupe de France en 2003 et 2005. Il dispute également la Ligue des Champions lors de la saison 2010-2011 sous les ordres de Jean Fernandez. Durant cette campagne européenne, il est expulsé pour contestations auprès de l’arbitre lors d’un match contre l’Ajax Amsterdam. En août 2011, il signe un contrat de trois ans chez les Verts de l’AS Saint Étienne et remportera la Coupe de la Ligue avec le même club en 2013. En 2014, il est en fin de contrat avec Saint-Étienne et manquant de temps de jeu, il quitte le club forézien pour le FC Sochaux-Montbéliard, relégué en Ligue 2 et s’engage pour deux saisons avec le club franc-comtois. Il joue seulement quatre matchs avec l’équipe professionnelle lors de sa dernière année de contrat.
Crédit photo : JEFF PACHOUD / AFP