Dossier

Jouer en semaine : seule solution pour terminer les championnats amateurs ?

03/12/2020 à 18:31

Quand les compétitions de football reprendront-elles ? Pourront-elles aller à terme normalement ? Pour répondre à ces questions, la rédaction d'Actufoot s'est penchée sur la solution de jouer en semaine. Cela sera-t-il possible ? Si oui, pour tous les championnats ? Dossier.

L’étau se resserre sur les compétitions de football, notamment au niveau des seniors. Ces derniers, ayant (sauf exception dans le Grand Est) des championnats plus grands que les jeunes, devront jouer plus en un temps réduit. Si la situation sanitaire ne se dégrade pas à nouveau, les compétitions devraient reprendre courant janvier ou début février. Après deux mois d’arrêt ou plus, les dates risquent donc de manquer en fin de saison. Parmi les solutions à l’étude, jouer des matchs en semaine. Cela pose tout de même de nombreuses problématiques.

« En semaine, très honnêtement, nous n’envisageons pas les déplacements. Déjà, de par les règlements qui nous l’interdisent, mais également parce que ce ne serait pas viable. Ce qu’on peut imaginer, pour deux équipes proches avec un match en retard, c’est de jouer exceptionnellement, et après négociations, pendant la semaine », explique Gérard Loison, président de la Ligue des Pays de la Loire.

Cet avis est partagé par d’autres présidents d’instances du football. « Au niveau régional, c’est impossible de jouer en semaine. Les distances sont trop grandes, les joueurs qui ont un travail doivent être au stade 1h avant le match. Il n’y a pas non plus beaucoup de terrains qui ont les homologations au niveau de l’éclairage. L’entraînement, c’est une chose, pour un match, il faut un éclairage réglementaire pour respecter le football et les joueurs », défend M. Delamotte, président du District Côte d’Azur.

Jouer en semaine, les coachs sont divisés

Disponibilité des joueurs, conditions météorologiques, déplacements, accès aux installations, éclairage… Les problématiques sont plus nombreuses qu’on pourrait le penser et les instances sont là pour tout étudier. Du côté des clubs, on est dans l’attente des décisions et notamment du Bureau Exécutif de la LFA, le 11 décembre, qui pourrait en dévoiler plus. « Si on veut aller au bout d’un championnat, d’une façon ou d’une autre, sur sa totalité ou partiellement, sans parler des intempéries, je pense qu’il faudra qu’on joue en semaine », confie Alain Savelli, président de l’UA La Valette (R2, Var).

Steve Farley, entraîneur du SC Saint-Nicolas (R3 Hauts-de-France), veut, lui, absolument retrouver rapidement les terrains. « Les indisponibilités liées au travail ou aux blessures font partie du monde amateur. Qu’on joue peu importe l’endroit, peu importe l’équipe, peu importe à quelle heure mais qu’on joue. Quand j’entends les pros pleurer parce qu’ils jouent tous les 3 jours alors qu’ils font le meilleur métier du monde, je ne suis pas d’accord. Nous donnerions tout pour être à leur place », confie l’entraîneur du club du Pas-de-Calais.

En Ile-de-France, ça semble en revanche plus compromis pour Selim Ameyoud, éducateur de jeunes U11 et des séniors de l’Entente Sportive Paris XIII : « Pour les jeunes, ça peut être intéressant. Par contre à partir des U16 jusqu’aux séniors ça sera compliqué. J’ai les deux cas de figure avec des U11, sans réelles contraintes à jouer les matchs après 16h30 et avec des séniors, en pleine période de bac ou des joueurs plus âgés qui travaillent et rentrent tard. Ceux-là ont déjà du mal à venir à l’heure lors des entraînements habituels. Il y a aussi des contraintes pour les parents qui travaillent en semaine et qui doivent emmener leurs enfants au foot. »

Mahamadou Niakaté (Les Ulis, N3) est également mesuré : « Je pense qu’il sera possible de jouer en semaine mais à une fréquence très faible, sachant que la plupart des équipes ont des joueurs avec des obligations professionnelles et familiales. Il est certain que cela mettrait la majeure partie des clubs en difficulté. » Pour Carlos De Vasconcelos (PSG B, N3), c’est la santé qui doit primer : « On verra pour faire au mieux. Me concernant, le plus important est l’humain et que ce virus disparaisse pour que l’on puisse reprendre au plus vite. »

« Les effectifs seraient en péril pour pas mal d’équipes ! » Thibault Forgez, entraîneur du Ligny FC (D2 Escaut, Nord)

Ces rencontres en semaine pourraient ne concerner que certains championnats, ceux dont les poules sont supérieures à 14. « N’ayant plus que 13 matchs à jouer pour terminer le championnat j’espère ne pas être concerné par cette éventualité », confie Thibault Forgez, entraîneur du Ligny FC (D2 Escaut, Nord). Jouer en semaine, ce n’est pas évident car l’équipe est moins compétitive puisque nous retirons une séance pour mettre un match, donc moins de temps et moins de séances pour le préparer correctement. En plus, certains sont étudiants, d’autres travaillent jusqu’à 18h, 19h ou même 21h… Les effectifs seraient donc en péril pour pas mal d’équipes, et ça jouerait en leur défaveur. »

Si en district, les distances sont réduites, au niveau régional et national, ça risque de poser plus de problèmes. En N2, par exemple, il reste 21 journées et donc 21 dates à trouver, sans oublier la tenue des 6ème, 7ème, 8ème tour de la Coupe de France voire plus.

La météo, facteur inconnu

Comme nous l’avions évoqué le 20 novembre dans notre dossier « Covid et hiver », la météo devrait impacter la reprise dans plusieurs régions de France (Hauts-de-France, Grand Est, AURA, etc.). « Le problème, c’est le mauvais temps. Si le temps fait qu’on ne peut pas jouer, il faudra organiser des matchs en semaine. On se débrouillera, de toute façon on sera tous logés à la même enseigne », réagit Alain Savelli (UA La Valette). Dans le Var certes, mais aussi et surtout dans des régions froides ou pluvieuses où on ne joue pas ou peu, habituellement, à cette période de l’année. Mardi, pour le 1er décembre, le club de Jura Sud a justement posté une photo de son stade… sous la neige. Chaque territoire ne pourra reprendre les activités en même temps et le groupe de travail sur la reprise des compétitions l’a pris en compte dans sa réunion.

A lire aussi : Covid et hiver : nouvelles problématiques pour les calendriers de football

Les matchs en semaine favorisés en District ?

« Au niveau District, ce n’est pas trop grave de jouer en semaine car les équipes ne sont pas loin l’une de l’autre, mais au niveau Ligue, c’est plus compliqué en effet. Il y a ceux qui travaillent et donc on ne sait pas si on pourra regrouper une équipe pour jouer le mercredi par exemple, mais il faudra compter sur la chance pour pas qu’il y ait d’intempéries. Après, on a un peu de marge quand même », confie Edouard Delamotte (District Côte d’Azur).

Cette vision n’est pas partagée par le président de la Ligue AURA, Pascal Parent : « Si le calendrier l’exige : pourquoi pas. Mais cela ne concernera que des équipes aux plus hauts niveaux régionaux. Dans les Districts, cela parait plus compliqué même si on aurait pu imaginer jouer des rencontres lors de jours fériés ou lors de week-ends de trois jours, le samedi et le lundi par exemple. Aujourd’hui, la solution des matches en semaine est plutôt envisagée pour des niveaux comme le N3 par exemple. » A noter, en 2021, le 1er et le 8 mai tombent un samedi et ne pourront donc pas servir pour ajouter des matchs au calendrier. Le jeudi 13 mai (ascension) pourrait lui être utilisé par de nombreuses instances pour placer une journée ou des matchs en retard.

Qu’en est-il des éclairages ?

La question des éclairages revient aussi au niveau district. « Pour les amateurs, c’est très compliqué de faire jouer le mercredi, les mecs bossent. Et puis, il y a aussi le problème des terrains en conformité avec l’éclairage. Jouer en semaine, pourquoi pas mais comment on fait quand les stades n’ont pas les lumières qu’il faut ? On a quand même la 2e ou 3e plus grande ville de France (Marseille) et il manque vraiment des stades de football », explique Erick Schneider, président du District de Provence. La FFF ne s’est pas encore prononcée à ce sujet. Selon des indiscrétions, des dérogations pourraient éventuellement être accordées en ultime ressort pour répondre à la nécessité de finir les championnats.

L’utilisation des stades, y compris en soirée, restera soumise à l’accord des municipalités. Pour rappel, un couvre-feu à 21h avait également été annoncé par le président de la République mardi dernier pour la période entre le 15 et le 31 décembre. Les adultes amateurs pourront-ils s’entraîner collectivement dès le 15 décembre ? Si oui, pourront-ils déroger à cette règle pour s’entraîner en soirée ? Rien n’a encore été communiqué en ce sens mais les prochains jours s’annoncent décisifs. La prochaine échéance à retenir est celle du 11 décembre. L’Assemblée Générale de la LFA se tiendra ce vendredi là et pourrait permettre d’éclaircir l’horizon des compétitions de football. Selon nos informations, trois grands scénarios ressortent du groupe de travail sur la reprise des compétitions de football.

☟ CONTINUEZ VOTRE LECTURE ☟